06/04/2012

Mabut et la censure non-justifiée

Je ne me tairai pas plus longtemps.

Certains l'avaient remarqué, l'un de mes articles a disparu peu de temps après sa publication, il y a plusieurs semaines. Il s'agissait d'une lettre ouverte, que je destinais à une Procureure. Quelques heures après l'avoir publié, j'ai reçu un e-mail de la part du Rédacteur en Chef des blogs de la Tribune de Genève, Jean-François Mabut, dans lequel il m'invitait à « dépublier » mon article.

Voici son argument : « Je ne suis pas certain que vos démêlés avec la justice doivent se retrouver dans votre blog, surtout lorsque vous accusez nommément une magistrate qui ne saurait se défendre étant tenue par le secret professionnel. Je vous prie donc de bien vouloir dépublier cette lettre ouverte.
Au plaisir de vous lire sur des sujets d’intérêt public. »

C'est un point de vue intéressant, mais purement arbitraire. Il dit ne pas être certain, or il recourt malgré tout à la censure, ce qui, entre nous, n'est pas la moindre des décisions. Surtout lorsque nous voyons fleurir sur le site des blogs des articles comme ceux d'Éric Stauffer, contenant des propos ou des allusions à caractère homophobe, par exemple. (Voir mon article sur le sujet)

La suite de son argumentation, toujours aussi pauvre : « Il ne s’agit pas de savoir si ça me gêne ou pas. Votre affaire relève manifestement du domaine privé. Or la Tribune héberge en principe des blogs citoyens dont le contenu est d’intérêt général et public.  Vous êtes personnellement impliqué dans cette affaire, vous ne pouvez donc pas décider en toute impartialité si elle est ou non au fait de société. »

Je dénonçais, dans cette lettre ouverte, l'immobilisme de la Justice à l'égard des affaires de maltraitance. Il me semble, et je ne suis d'ailleurs pas le seul à le penser, qu'il s'agit d'un fait de société relativement répandu. Ouvrir le débat sur la question est donc bien d'ordre général et public !

« Ne jouez pas sur les mots. Ce n’est pas de la censure. Votre remarque sur Stauffer vs Maudet montre en tout cas  que vous avez de la peine à distinguer entre ce qui relève du domaine privé et ce qui relève du domaine public. Une élection relève manifestement du domaine public, ce qui n’exonère pas les blogueurs de respecter les règles du débat citoyens et de s’abstenir d’accusation ad hominem. Malheureusement tout le monde ne respecte  pas la courtoisie minimale. Vous qui considérez à raison que l’internet doit revitaliser la vie politique, merci de contribuer à la qualité de la blogosphère de la Tribune de Genève. »

Si ce n'était pas de la censure, Monsieur Mabut aurait bien évidemment agrémenté son argumentaire d'articles de loi, ou à défaut de la charte qu'il m'a fallu accepter pour m'inscrire parmi les contributeurs du site de la Tribune de Genève, pour signifier que mon billet sortait du cadre toléré par le site voire par la Justice. Or il n'en est rien, et c'est dommage.

Un confrère l'a contacté à ce sujet, pour comprendre sa démarche. Mabut n'a, malheureusement, pas donné suite à cette interrogation. De surcroît, depuis ce regrettable incident, je n'ai étrangement plus été cité dans la revue des blogs. Sans aucune prétention de ma part, bien sûr, je relève ceci comme une forme d'ostracisme à mon égard, car peu de temps avant cela, j'étais régulièrement cité (à raison d'au moins une fois par semaine). Je puis bien évidemment me tromper, mais n'ayant jamais cru au hasard, je ne doute pas que cette exclusion relève d'un choix délibéré de la part du Rédacteur en Chef de la section blog du site de la Tribune de Genève.

Il sera dès lors intéressant de voir combien de temps je me devrai d'attendre avant de recevoir un e-mail me demandant de dépublier cet article, également. Peu importe, si cela arrive, je m'exprimerai par d'autres moyens, comme la radio, par exemple. C'est d'intérêt public et général que de comprendre les critères et l'arbitraire des censures effectuées par Monsieur Mabut, eu égard à la proportion importante de visiteurs quotidiens qui écument les pages des blogs de la Tribune de Genève. Gageons que je ne serai plus jamais cité après avoir osé publier ceci. Tant pis, personne n'a suffisamment de pouvoir pour m'empêcher de m'exprimer.

Edit : je précise avoir proposé à Monsieur Mabut de ne point nommer la magistrate en question afin de pouvoir conserver mon article en ligne. Ce qui n'a rien changé à sa décision.

Edit 2 : Monsieur Mabut ne supporte visiblement pas la critique. Pour cette raison, mon article a disparu du référencement des blogs citoyens. Une nouvelle censure à ajouter sur son palmarès...

Grégoire Barbey