29/05/2012

L'amour des mots

 

Chronique, 29.05.12 14h54

 

Les mots. Rien que les mots. Pour comprendre et décrire le monde. Pour s'élancer dans d'habiles réflexions, dans la construction d'une pensée structurée, pour convaincre, pour dépeindre et relater des faits, pour imaginer, inventer, créer et déconstruire, pour perfectionner ou tout détruire. Pour s'aimer ou se détester. S'accomplir ou se replier sur soi. Guérir ou alourdir les maux. Les mots, disait Nietzsche, sont des préjugés. L'évidence même de cette affirmation est bouleversante. Elle interroge. Un culot démesuré. Nous sommes un univers fait de mots. Nous en mettons sur tout et rien. C'est notre lien entre le spirituel et le physique. La métaphysique des mots, voilà ce que nous sommes en réalité. Nos fondations reposent sur le langage. Sans lui, nous végéterions. Nous ne serions en aucun cas les êtres évolués que les âges ont fait de nous. Mais plus que tout, nous ne verrions pas le monde de la même façon.

 

Les mots constituent notre rapport à ce que nous nommons, à tort probablement, le réel. En vérité, ils sont biaisés, car en prétendant décrire voire étiqueter une chose ou un être, ils font abstraction de son tout. Le vocabulaire renvoie à un imaginaire, un ensemble de signes et de représentations mentales. Qui peut affirmer que nous percevons, à travers le langage, la même définition du monde qu'un autre individu ? Personne ne le peut. À mon sens, nous sommes à nous seuls des myriades d'univers, aussi riches et diversifiés les uns des autres. Pourtant, les mots nous mettent d'accord, même lorsque naissent des désaccords. Non parce qu'ils ont raison ou tort. Non parce que nous les comprenons exactement de la même manière. Tout simplement parce qu'ils décrivent un élément, le façonnent, l'imaginent. L'étude des mots, domaine qui m'est partiellement étranger, doit être Ô combien passionnante. Comprendre le langage est essentiel pour plonger dans l'intimité intellectuelle de l'humanité.

 

Combien de mots mal interprétés ont changé le cours de l'Histoire ? Je me le demande. Qui sait si nous nous faisons entendre tel que nous le voulons ? Je ne sais même pas si le lecteur qui suit ces lignes sera en mesure d'arriver au même raisonnement que moi. C'est tout l'art de l'écriture. Son plus grand défi, aussi. Se faire comprendre, n'est-ce pas l'œuvre de toute une vie ? Écrire, c'est partager une intimité unique avec le langage. Nous pouvons, à travers une constellation de règles et de limites définies, repousser l'originalité. Les mots sont autant de combinaisons possibles qu'ils ont de significations. Ils ne sont pas que mots. Ils sont une musique, qui résonne à notre oreille, et en cela, leur agencement n'en est que plus délicat. Ils permettent de transmettre des messages et de nous faire rêver. L'art des mots, et l'amour qui en découle, est pour moi ce qu'il y a de plus curieux et merveilleux dans ce monde. J'aime la communication, l'inventivité qui va de pair avec l'utilisation de la langue. Je me prends souvent à écouter les mots, lors d'une conversation, et les voir s'imprimer en toutes lettres dans mes pensées. Quand bien même ils ne sont que des préjugés, les mots me transportent et m'interrogent. Ils m'intriguent et me passionnent. De l'orthographe à la calligraphie, en passant par les sons, ils sont d'infinies questions. Pourquoi ? Comment ? Je ne cesserai jamais d'aimer les mots. Et ils me le rendent bien !

 

Grégoire Barbey

 

15:21 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Écriture, mots, langage, interrogation, réflexion, nietzsche |  Facebook | | | |

19/03/2012

Des distractions superficielles

 

Invraisemblance : la proportion affligeante du commun des mortels qui perd son temps à commenter des résultats sportifs et à défendre les couleurs de leur patrie. Non pas que je renie l'intérêt du sport – bien au contraire. Mais de grâce, soyons cohérents ! Si nos semblables dépensaient autant d'énergie à protéger et promouvoir leurs intérêts et la nécessité du bien commun, nul doute que le visage de la politique en serait drastiquement changé.

Mais il va de soi que certains préfèrent la passivité du spectateur à la difficulté des responsabilités de l'acteur.

Que je me prenne, une fois de plus, à espérer que la tendance s'inverse un jour, ne me surprend guère. Ce qui serait plus étonnant, c'est qu'il y ait un véritable changement en la matière.

Alors je retournerai, comme à l'accoutumée, à mes occupations, le cœur lourd d'une certaine déception, celle de voir que des événements sans grande importance concrète surpassent – et de loin – la propension qu'ont mes contemporains à s'occuper de ce qui devrait les animer, à savoir la prise en main de leur destinée, et l'implication qui va de paire avec un investissement inconditionnel pour la sauvegarde de ses droits, de ses intérêts et de ses valeurs.

Peut-être, et je dis bien peut-être, suis-je trop rêveur pour prendre conscience que la vie est suffisamment courte pour ne pas devoir de surcroît perdre en temps précieux des années à débattre en politique ?

Il est tout-à-fait possible que cela soit moi qui me fourvoie, à vouloir croire dur comme fer qu'il y a plus important que les distractions superficielles. Pour un épicurien, cela paraît pourtant contradictoire.

Aller, je cesse d'être de mauvaise augure, ne serait-ce qu'un instant...

 

Grégoire Barbey

11:54 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : interrogation, réflexion, politique, intérêt, bien commun |  Facebook | | | |

La jeunesse politique

Cinquantième note, déjà !

La jeunesse fait peu à peu sa place en politique, c'est un fait. Je trouve cela même réjouissant. Cependant, il me faut hasarder une réflexion en la matière. Je m'interroge sur la pertinence des « sections jeunes », qui se sont imposées dans presque tous les partis.

Je remets ici en cause la légitimité d'opposer deux « classes », à savoir la jeunesse, et les plus vieux, comme s'il fallait impérativement dissocier ces différentes catégories d'âge. N'est-ce pas, au fond, donner un os à ronger à ces jeunes impudents qui veulent prendre part à l'activité des grands ?

Pour ma part, j'aime à croire que toutes les générations se doivent d'avancer main dans la main, et d'arriver à des accords librement consentis afin d'offrir aux jeunes un avenir décent. Il est ainsi l'heure d'inverser une tendance, la vieille croyance de la verticalité des idées, cette métaphore platonicienne qui perdure depuis longtemps, où les idées descendent et pénètrent les esprits humains. Dans les faits, cela justifie la tradition de l'hérédité, à savoir que les Anciens incarnent la Sagesse que doit nécessairement s'approprier la jeunesse pour prétendre accéder au stade supérieur, celui du pouvoir décisionnel et idéologique. Pourtant Corneille disait si bien que « la valeur n'attend pas le nombre des années », dès lors il est primordial de remettre en cause cette méthode.

Loin de moi l'idée de vouloir supprimer toutes les jeunesses partisanes, ou en imposer l'illégitimité. Mon objectif est plutôt d'émettre une réserve quant à cette propension, certes révélatrice d'un désir de notre jeune génération à vouloir entrer dans la compétition politique, et de relativiser le rôle que nous – car je fais partie de celle-ci – pourrions avoir concrètement au sein des partis principaux eux-mêmes.

Il faudrait donc songer à composer avec la jeunesse, dès maintenant, pour offrir une véritable table d'écoute à des voix qui peuvent tout autant être entendues que les autres.

 

Grégoire Barbey


00:29 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : réflexion, jeunesse politique, interrogation |  Facebook | | | |