13/04/2012

Initiative sur le Revenu de Base pour tous : débat avec Pascal Décaillet

Suite de mes entretiens épisodiques avec le journaliste indépendant Pascal Décaillet, dont le sujet traité aujourd'hui porte sur l'initiative de l'association BIEN-CH. Bonne lecture.

GB – Monsieur Décaillet, seriez-vous à ce point opposé à l'autonomisation de vos semblables ? Pensez-vous donc qu'un revenu de base inconditionnel soit défavorable à la population ? Mais dites-moi, seriez-vous un fervent adepte du darwinisme social – ou seuls les plus forts et les plus aptes peuvent survivre ? La loi de la jungle, sans État ?

PaD – Entre 2500 francs par mois pour tous, parachutés par l’Etat, et le darwinisme social, il y a peut-être un entre-deux, non ? Autant je suis favorable à ne laisser personne sur le bord du chemin, à aider les plus faibles, à financer par l’impôt l’Etat social, autant ce « revenu inconditionnel » me semble délirant. Je le condamne au même titre que j’ai toujours condamné, de l’autre côté de l’échiquier, la spéculation : l’argent doit provenir du travail, du mérite, de l’effort, pas du ciel.

GB – Voyez-vous ça ! Qui parle de ne point travailler ? En tout cas, l'initiative ne fait nullement référence à une quelconque possibilité de cesser toute activité professionnelle pour vivre avec la faible somme de 2500 francs par mois. Au contraire, qui, à Genève, pourrait se permettre ce luxe ? L'argent n'est pas une fin en soi, il n'est qu'un moyen, vous dis-je !

PaD – Le texte est clair : 2500 francs par mois, qu’on travaille ou non. 2500 francs, juste parce qu’on existe. Pour ma part, je travaille depuis l’âge de vingt ans pour gagner ma vie, puis celle de ma famille, puis pour financer mon entreprise. Sur le bénéfice qui me reste, à la fin de l’année, une fois payées toutes les charges, je trouve tout à fait normal de payer des impôts. Et ces impôts financent l’Etat social. Pour la protection des plus faibles, à laquelle je suis attaché. Mais pas pour une sorte « d’allocation d’existence », au reste impossible à financer. A ce texte-là. Je voterai non.

GB – J'entends bien vos doléances, Pascal. Pour ma part, je conçois la libéralisation des individus et leur droit à la dignité. Celles et ceux qui ne peuvent pas, pour des raisons diverses et variées, travailler de la même façon que vous ne doivent pas pour autant subir l'humiliation d'un capitalisme sauvage. De surcroît, je suis ouvertement favorable à la réduction de l'administration sociale, et donc restreindre la bureaucratie dans notre pays, moins de paperasse et plus d'efficacité pratique. C'est ça, pour moi, une société qui fonctionne !

PaD – Je déteste le capitalisme sauvage, le dénonce depuis 25 ans, crois en l’Etat comme régulateur des inégalités. Pour les plus faibles, les infirmes, les personnes âgées ne pouvant pas tourner, et d’ailleurs aussi les jeunes en formation, c’est entendu : il faut les aider. Mais les autres, ceux qui ont la santé, la force de l’âge, leur dignité, c’est justement par le travail (entre autres) qu’ils pourront l’arracher. Je crois à la philosophie du travail, ce qui me rapproche à la fois des radicaux et des socialistes. J’ai vu la génération de mes parents, de mes grands-parents, en Valais, s’affranchir par le travail. Je les respecte infiniment. Ils ont construit la prospérité d’aujourd’hui.

GB – Mais alors nous sommes sur la même longueur d'onde. Oui, le travail peut permettre de s'épanouir, j'y crois également. Toutefois cette initiative n'occasionnerait pas soudainement l'arrêt, même momentané, de travailleurs. Lisez l'étude du Professeur Dr. Friedrich Schneider, directeur d’étude et professeur de l’Université Johannes Kepler de Linz, en Allemagne. C'est très instructif, et cela met fin à la désinformation sur les conséquences de ce Revenu de Base Inconditionnel !

PaD - Je la lirai volontiers. Chacun, en Suisse, a le droit de lancer une initiative. Si celle-ci obtient les cent mille signatures, le peuple et les cantons voteront, et c'est très bien. Et, si elle est acceptée, elle devra être appliquée. Mais j'ai la certitude qu'elle sera balayée. Le peuple suisse se révèle, sur ces questions-là, d'une étonnante maturité : il refuse les baisses d'impôts, ou même deux semaines de vacances supplémentaires. Il a intégré, profondément, la corrélation travail-mérite-argent. Cela n'en fait en aucun cas un peuple égoïste : le même corps électoral a permis, depuis la guerre, la création d'un Etat social que beaucoup nous envient.

11:57 Publié dans Débats pascaliens | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : pascal décaillet, journaliste, débat, politique, suisse, initiative |  Facebook | | | |

21/02/2012

Entretien avec Pascal Décaillet : la morale en politique ?

Voici un article que Pascal Décaillet (journaliste indépendant, animant notamment l'émission Genève à Chaud sur Léman Bleu) a publié sur son blog. Discussion calibrée en 4'000 signes, soit 350 signes par intervention. D'autres dialogues sont à venir !

J'inaugure ici une série d'entretiens avec le jeune écrivain Grégoire Barbey - Bonne lecture! - Mardi 21.02.12 - 17.16h

 

GB - Pourquoi pensez-vous qu'un élu du Peuple, dans une démocratie telle que la nôtre - qui a ses grandeurs comme ses faiblesses - ait droit de prétendre au luxe de ne point divulguer ses actes dans une affaire juridique qui somme toute appartient désormais à l'ensemble de la population ? N'avez-vous donc pas d'égard pour l'éthique ?



PaD - Un élu du peuple répond de ses actes publics. Mark Muller doit rendre des comptes sur son bilan politique, assurément loin d'être parfait, d'ailleurs ! L'affaire du réveillon est d'ordre privé. Seriez-vous à ce point acharné à vouloir sa perte, s'il était un élu de gauche ? Ou du centre ? Tiens, un gentil Vert. Ou un gentil PDC. Votre hargne ne serait-elle pas - allez, au moins un peu  - de l'ordre d'une vengeance de classe ?

 

GB - Nullement, mais vous faites bien de le demander ! Qu'une telle affaire soit à gauche, au centre ou à droite n'a guère d'importance. Néanmoins, j'étais sûr que vous invoqueriez la notion de « privé ». Définissez-la moi ! Soyons clairs, ce monsieur a des responsabilités, et le MàD n'est pas un lieu où le privé peut faire office de barrage face aux débauches d'un politicien quel qu'il soit !

 

PaD - Débauche ! Vous voilà glissant sur le terrain de la morale. La vie sentimentale, voire charnelle, d'un politicien ne m'intéresse pas. J'attends de lui qu'il soit un bon politicien, dans le sens de la Cité, l'intérêt public. Pas qu'il soit un saint. Ni un eunuque. Qu'il dérape dans un bar, un soir de réveillon, ne m'enchante certes pas. Mais n'est pas, à mes yeux, une cause de démission.

 

GB - Eh quoi ! Devons-nous faire abstraction de la morale en politique ? Ce n'est pas de ses rapports sentimentaux ou charnels dont il est question, mais de son comportement violent et de ses mensonges sciemment proférés pour protéger ses intérêts ! N'a-t-il pas lui-même avoué avoir triché sur ses allégations ? Oui, cela mérite une démission, et vite !

 

PaD - Âme sensible, je vous choque, désolé : oui, il est possible qu'il faille faire un peu abstraction de la morale en politique. La politique est une chose. La morale, une autre. Que l'une et l'autre se nourrissent, s'interpellent. Mais la politique, ça n'est pas la morale. Ni l'immoralité, bien sûr. Elle est d'un autre ordre, d'un autre horizon d'attente. Machiavel, dans Le Prince, a écrit de fort belles pages sur ce sujet.

 

GB - Machiavel est d'une autre époque ! En démocratie, il ne faut pas se considérer comme un Prince, bien que cette dérive soit commune à quelques-uns. Non, l'éthique et la politique ne sont pas dissociables. L'une et l'autre sont nécessaires. Le Peuple est en droit, et a même le devoir de demander des comptes à ses élus. Diantre, ne faudrait-il pas pouvoir les révoquer en cas de dérives ? Allons !

 

PaD - L'addition présentée par le peuple aux élus, c'est tous les quatre ans : cela s'appelle les élections. Révocation en cours de mandat ? N'existe pas, pour l'heure, dans notre ordre juridique. Ce qui m'inquiète, c'est votre mot : « dérives ». Nous revoilà dans le jugement moral ! La pire dérive, pour un magistrat, c'est de faire une mauvaise politique. Le reste ne m'intéresse guère.

 

GB - Je suis un citoyen, et en tant que tel, je donne mon avis. Pour moi, cette affaire rentre clairement dans le cadre d'une dérive. Un politicien a des responsabilités envers son électorat. Il n'a pas le droit de se comporter à son aise. Il représente le Peuple, et doit agir en tant que tel. La révocation devrait être une option, la démocratie n'en serait que grandie !

 

PaD - L'éthique protestante - éminemment respectable - va dans votre sens. Elle a beaucoup influencé, en 450 ans, la notion qu'on se fait à Genève d'un « magistrat ». Pour ma part, je suis indifférent à la vie privée. Mais très exigeant sur la performance politique ! A cet égard, il me semble qu'on pourrait porter une certaine sévérité à certaine collègue libérale de M. Muller, responsable de la police. Mais c'est une autre histoire !

 

GB + PaD

À ces quelques-uns qui nous mentent et profitent !

 

Le copinage et l'avarice n'excusent pas tout.
Ainsi ils sont plusieurs, toujours les mêmes, dont plusieurs élus, à profiter de notre démocratie, y abusent et comble de l'ironie, salissent, insultent, vomissent leur acrimonie sur celles et ceux qui ne se plient point à leurs règles, à leurs codes et à leur bienpensance.
Ils renoncent aux promesses liées à leurs fonctions, occultant sciemment le serment qu'ils ont fait envers la Constitution et le Peuple afin de ne veiller que sur leurs propres intérêts au dépend du plus grand nombre.
Le journalisme et la politique de ces quelques-uns ne profitent pas ou peu au bien commun. Plutôt que d'informer et de faire évoluer les mœurs et les mentalités, ils préfèrent se cacher derrière des mensonges tout en adulant un conservatisme barbare.

Informer, diriger, protéger et aider, disent-ils ? Ils ne savent tout simplement plus ce que ces mots veulent dire. Ou ne l'ont jamais su.
Les vérités ne sont décidément pas toutes bonnes à exprimer, mais il est malgré tout essentiel de le faire. C'est un exercice complexe qui demande un investissement personnel total.
Les fonctions qu'exerce ce petit nombre, à savoir le journalisme, la politique, la direction d'entreprises/de conseils d'administration se mêlent étrangement, dans notre ville, de manière fortement incestueuse.

Qu'ils pensent berner l'ensemble de la population n'est guère étonnant, leur autosuffisance est inversement proportionnelle à leur intégrité. La manipulation est leur arme de prédilection. La mienne, enfin la nôtre devrais-je dire, est la franchise. Se taire face à ces attitudes inacceptables revient à coopérer avec des criminels, même indirectement.

Qu'ils continuent à se croire intouchables et indélogeables. Leur ego les perdra, et peu à peu, ils tomberont un à un sous les assauts répétés des voix tonitruantes divulguant les non-dits et les mensonges. La trahison des valeurs démocratiques ne peut être tolérée.

Parce que ce sont toujours les plus pauvres et démunis qui finissent par trinquer sur l'autel de l'oisiveté et de l'opulence de ces quelques pontes, il est impératif de renverser ceux qui bafouent les droits propres à chaque être humain, quitte à y laisser des plumes.

Le Peuple n'est pas aveugle, il n'oublie pas non plus et ne pardonne jamais la méprise de ceux qui prétendent parler au nom de l'autorité.

Désormais, ces manipulateurs doivent savoir que leurs déviances ne seront plus acceptées et encore moins cautionnées.

Ils ont beau être d'excellents bluffeurs, la sincérité finira par triompher.

Qu'ils soient journalistes indépendants, politiciens ou chefs d'entreprise, à la tête d'obscurs conseils d'administration ou dans l'ombre à tirer les ficelles, nul n'est inatteignable. Leur heure viendra, et probablement bien plus vite qu'ils ne l'espèrent.

Je sais que certains d'entre eux liront cela, et se reconnaîtront inévitablement.

Ceci n'est pas une déclaration de guerre, ni un avertissement. Nous ne sommes que des gouttes d'eau, et eux des parois rocheuses. L'érosion est un processus naturel.

Le Peuple finit toujours par avoir le dernier mot.

Les émissaires du libéralisme et de l'accumulation n'auront jamais gain de cause.

Mieux vaut l'avoir en tête.

L'insurrection commence.

Le Léman restera bleu, à chaud ou à froid, et le lait ne caillera point.

 

Grégoire Barbey

11:21 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : manipulateurs, politique, journaliste, autorité, insurrection |  Facebook | | | |