05/04/2012

Tendre vers le surpassement de soi

 

Réfléchir, c'est se projeter au-delà de soi-même et se contempler. Or, cela reste une perception tout-à-fait subjective, qu'il convient de relativiser. Il est pourtant nécessaire d'être en mesure de se regarder avec le moins d'apparat possible, de se mettre à nu, au moins face à notre propre regard.

Pourquoi devoir poser sur soi un œil critique ? Cette question implique de rentrer dans le fondement de ma philosophie, à savoir le dépassement de soi, qu'il est également envisageable de formuler le surpassement de soi. C'est une réflexion déontologique, qu'il convient de comprendre comme étant propre à ma vision personnelle, que je tire de mes propres expériences empiriques. J'établis ce cheminement intellectuel depuis des années déjà, et je n'en suis qu'au commencement.

Cela constitue mon ontologie. Je réfléchis ici pour comprendre comment se réaliser soi-même, ou plus succinctement, tendre vers « l'amélioration ». Cette approche n'est pas des plus aisées, car elle requiert non seulement une connaissance de ses propres limites, mais également d'un minimum de culture eu égard aux états d'âme des autres, pour ne pas proposer une piste de recherche qui soit en décalage complet avec la réalité ontologique du commun des mortels. Et puis, plus important peut-être encore, offrir une piste de réflexion qui ne soit pas que théorique. Il y a toujours ces deux oppositions qu'il est difficile de concilier dans la recherche philosophique : la pratique et la théorie. En effet, lors de la mise en application d'une théorie quelconque, la pratique peut bien souvent se révéler loin des attentes premières. Pourquoi ? À mon sens, réfléchir implique une abstraction de certains éléments, parfois imperceptibles, qui peuvent peser lourd dans la réalisation des objectifs.

Métaphoriquement, il faut concevoir l'être de la même manière que la vie. Elle est un mouvement constant, et tout frein à celui-ci engendre généralement la mort, ou de façon imagée, la disparition de la vie. L'être doit tendre vers un changement perpétuel. Je reprendrai ici l'analogie du serpent et de l'esprit, empruntée à Nietzsche. S'il ne peut pas changer de peau, c'est-à-dire muer, il finit par mourir. Il en va de même pour un être qui ne se réalise pas, ne s'épanouit pas. À force d'évoluer dans la même prison sensible, avec les mêmes peurs et les mêmes certitudes, l'esprit n'a de cesse de s'autodétruire. Peut-être la dépression n'est-elle rien d'autre qu'une automutilation de l'être envers lui-même, pour tenter de s'extraire de sa condition « pressurisée », si j'ose dire. Enfermé dans une cellule de détention intellectuelle, l'esprit requiert d'en sortir, car le risque de son immobilité, de son incarcération en lui-même, n'est autre que son propre anéantissement. Une connaissance m'a rapporté que pour Cioran, un fou est celui qui a tout perdu, sauf sa raison. Je trouve cette définition très proche de la réalité, d'autant plus de ce que j'essaie de dépeindre à grand peine. Nous avons toutes et tous une raison, à n'en point douter, mais elle est différente pour chacun d'entre-nous. Elle se fonde, comme tout le reste de l'être, selon l'environnement dans lequel elle évolue. Il nous est vraisemblablement impossible d'attribuer à quiconque le jugement d'être « irraisonné ». Ce serait une erreur. Tout être humain, à défaut de pouvoir le certifier pour les autres espèces, possède une raison qui lui est propre, intimement reliée à son parcours, à son vécu. Comme précédemment employé par mes soins, je considère la réflexion comme l'abstraction d'une certaine proportion (relative) de la réalité. Lorsque nous jugeons autrui, nous avons tendance et à nous projeter, et à faire abstraction des traits spécifiques de la cible de notre jugement. Ce qui conduit inévitablement à un constat erroné sur la personne. Le meilleur objet d'étude pour comprendre les autres, c'est nous-même. En s'extrayant de tous préjugés moraux, nous pouvons tenter de nous mettre à la place de celui que nous avons face à nous. Ainsi, bien souvent, si la méthode utilisée est dénuée de tout a priori inadéquat, il sera plus aisé de saisir l'attitude de l'autre. Et pourquoi pas de la comprendre.

Le surpassement de soi, c'est justement cette capacité à pouvoir se regarder soi-même, comme entre quatre yeux, et à reconnaître ses torts. C'est avoir la volonté de tendre vers l'avant, en s'améliorant, en essayant de dépasser nos errements, car ils sont nombreux. Ne pas rester dans un carcan fait de convictions. Je perçois les certitudes avec une certaine réserve. Je les conçois comme des raccourcis intellectuels, qui permettent aux esprits fainéants de ne point se poser davantage de questions. Il est bien plus démonstratif de sa persévérance de pouvoir fracasser les idoles, pour reprendre une fois de plus une métaphore chère à Nietzsche, d'être en mesure de dépasser ses a priori, que de rester tel un chien de garde sur ses positions et ne plus s'en départir.

Alors, le dépassement de soi, c'est en partie vouloir s'améliorer, et affiner ses approches. Toujours s'interroger. Au fond, ce n'est rien de plus qu'une longue discussion avec soi-même, à nu.

Cela n'est rien d'autre qu'un avant-goût, mais cela permet déjà de déblayer quelques zones poussiéreuses.

 

Grégoire Barbey

23/03/2012

De notre humanité

 

Il ne faut pas craindre son humanité.

Ni de dévoiler ses émotions, ni de reconnaître ses faiblesses. La perfection n'est donnée à personne, et c'est tant mieux. De l'imperfection de notre être, nous créons, nous vivons et nous exultons le plus merveilleux des Arts. Il serait fâcheux de n'en plus vouloir, de s'en départir. Eh ! Quel être humain serait suffisamment prétentieux pour ne désirer point s'épancher dans la gestation d'un art qui lui est propre ? Il faut garder à cœur que nous sommes des êtres en devenir, la finitude est étrangère à notre ontologie. Il faut se surpasser, à chaque instant, et aller toujours de l'avant. Nous nous épanouissons dans l'action, tout autant que dans la réflexion. Ne sombrons pas dans le piège qui nous est tendu, celui de nous définir uniquement par nos actes. De grâce, nous sommes plus vastes, compliqués et merveilleux que peuvent en témoigner nos faites et gestes.

Ne craignons pas d'être ce que nous sommes, ni de nous réaliser dans la construction de nous-mêmes. Œuvrons, si possible, pour être exactement ce que nous sommes, sans la crainte de vouloir-être, ou de devenir ce qu'autrui veut que nous soyons. De l'être ou du néant, je choisis d'être.

La grandeur n'est qu'une image. Ce qui importe n'est pas la taille de notre ego, mais le bien-être qui nous lie, de l'âme au matériel, du métaphysique à la physique, de l'abstrait au concret, et qui nous épanouit dans la transversalité de notre faculté de vivre.

Nos choix, nous devons les assumer, et être en mesure de les justifier, non en s'offrant l'armure d'un soldat d'acier, mais en acceptant toujours que se tromper fait partie du jeu et que le reconnaître, c'est faire avancer l'humanité.

L'honnêteté intellectuelle est le propre d'un humanisme pleinement vécu.

Écoutons-nous et faisons tomber les masques.

Vivons ad vitam æternam, dans l'infinie spirale du devenir plutôt que du pouvoir. Gardons-nous d'exister ad nauseam. Réalisons-nous.

 

Grégoire Barbey

14:11 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : réflexion, humanité, humanisme, réaliser, devenir, être, ontologie |  Facebook | | | |