13/03/2012

« Ce n’est point ma façon de penser qui a fait mon malheur, c’est celle des autres. »

Pensée nocturne.

« Ma façon de penser, dites-vous, ne peut être approuvée. Et que m’importe ? Bien fou est celui qui adopte une façon de penser pour les autres ! Ma façon de penser est le fruit de mes réflexions ; elle tient à mon existence, à mon organisation. Je ne suis pas le maître de la changer ; je le serais, que je ne le ferais pas. Cette façon de penser que vous blâmez fait l’unique consolation de ma vie ; elle allège toutes mes peines en prison, elle compose tous mes plaisirs dans le monde et j’y tiens plus qu’à la vie. Ce n’est point ma façon de penser qui a fait mon malheur, c’est celle des autres. » Donatien Alphonse François de Sade

Cette phrase, sur laquelle je tombe au hasard de mes pérégrinations littéraires, me plaît, bien qu'écrite de la main d'un personnage que je n'apprécie guère. Elle me fait réfléchir sur la pensée unique, qui atteint des sommets encore inexplorés de mémoire. Je ne désire point développer une réflexion en cette nuit qui pourtant me remplit d'inspiration. Toutefois, j'appréciais tant ce passage qu'il me fallait le rapporter. Et d'ailleurs, je partage cette idée que bien souvent, la cause du malheur des uns, est la pensée des autres... Cela mérite d'être compris, car même les théories les plus abordables et humanistes ont parfois de fâcheuses conséquences sur le bien-être de certaines personnes. Comment donc concilier toutes les sensibilités en une même société ? Je laisserai mes lecteurs tenter d'y répondre et reviendrai plus tard sur cette interrogation qui, croyez-moi, me passionne au plus haut point.

Grégoire Barbey

01:09 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sade, marquis, pensée, philosophie, réflexion, nocturne, uniformisation |  Facebook | | | |

12/02/2012

Bilan de ce mois et remerciements

 

Un mois après avoir créé mon blog sur le site de la Tribune de Genève, dont deux semaines de réelle activité, je constate qu'il a pris un essor que je ne soupçonnais pas. Déjà plusieurs milliers de visites, quantité de retours constructifs, ainsi que des dizaines de rencontres édifiantes, plus encore un passage à la radio. Bref, je ne m'attendais pas à un tel « succès ». De nombreuses personnes rentrent quotidiennement en contact avec moi, et je dois reconnaître être quelque peu dépassé par les événements. En effet, je suis plutôt discret, en-dehors de mes écrits souvent virulents, qui m'ont d'ailleurs valu d'être considéré par quelques-uns comme étant un insolent. Peut-être est-ce effectivement l'impression que je donne à travers mes articles. Poser les questions qui dérangent, c'est mon leitmotiv.

 

Je n'appartiens à aucun parti, ni aucun courant de pensée

 

Ces derniers jours auront pour le moins été épanouissants. J'ai très vite compris qu'il y avait des intérêts en jeu, et plusieurs partis ont essayé de me convaincre afin que je rejoigne leurs rangs. En vain, bien évidemment ! Mon choix est fait, je ne me lierai à aucun parti, quel qu'il soit. Je n'appartiens à personne, et si je désire aujourd'hui m'investir dans le domaine politique, je compte le faire à ma manière, quand bien même cela pourrait déplaire à certain-e-s. Je suis un électron libre, et n'ai de compte à rendre à personne, sinon à moi-même. J'ai toujours eu en horreur les clivages, et cela vaut également pour la politique. Très vite, plusieurs personnes ont voulu m'assimiler à la « gauche de la gauche ». Pourquoi pas la « gauche de la gauche de la gauche » ? Tout ça n'a aucun sens pour moi. Il semble que pour beaucoup, il faille se rassurer en m'étiquetant un courant de pensée, ou des positions précises. Or, je suis indivisible. Même moi, à l'heure où j'écris ces lignes, je découvre encore où se situent mes intérêts, et les causes que je souhaite défendre. Il serait certainement très mal venu de me revendiquer de quoi que ce soit. Je n'en ressens pas l'envie, de surcroît. Je veux arracher les étiquettes, non m'en coller une !

Toutefois, il est très intéressant d'observer avec quelle verve nos semblables ressentent le besoin de nous cataloguer. Pourtant, encore faut-il que cela serve à quelque chose, concrètement. C'est, à n'en pas douter, une forme d'aliénation. Mon but premier est de déconstruire nos idoles, regarder au-delà de nos habitudes, car souvent les automatismes nous font oublier de penser.

Je n'ai pas besoin d'avoir une carte de parti pour faire de la politique. Si je désire me présenter à des élections, je peux le faire en tant qu'indépendant. C'est sûr, une telle initiative dérangerait. Sortir des schémas standards a souvent pour effet de déstabiliser. Et puis, diantre, comment soumettre quelqu'un qui n'a pas d'intérêt supérieur à ses propres idées ?

Je me revendique d'aucun parti et d'aucun courant de pensée. J'évolue quotidiennement, et mes positions s'affinent peu à peu. Tant pis pour celles et ceux qui se sentent menacé-e-s par ma non-appartenance. Je ne veux en aucune façon m'affilier à quoi que ce soit, je me sais susceptible de changer. Je préfère être libre et pouvoir assumer mes erreurs, sans craindre les foudres d'un parti !

Je suis un indépendant. Personne ne me récupérera ni ne m'achètera. Et j'userai des moyens nécessaires pour le faire comprendre à quiconque tente de démontrer le contraire. Je n'apprécie guère d'être mis en bouteille.

 

Valeurs humanistes : écoute et respect d'autrui

 

Selon moi, la base de notre société doit se construire sur des valeurs humanistes, bien que ce terme renvoie implicitement à l'idée que l'être humain est le centre du monde. Ce n'est pas ça que je désire faire passer comme message en l'employant. Nous sommes toutes et tous différent-e-s, c'est une évidence. Néanmoins, nous avons des besoins incompressibles, et ce malgré nos divergences. De ce fait, je fonde toute mon éthique politique sur cette nécessité d'offrir à l'ensemble des êtres humains (et j'aimerais l'étendre aux animaux aussi, mais c'est difficile d'amener ce sujet dans un domaine politique) un traitement égal, pour qu'aucun ne souffre d'un manque quelconque. Je désire entreprendre la déconstruction de l'imaginaire hérité de quatre cents ans de capitalisme. Ma réflexion sur le sujet s'étaie de jour en jour. Ce que je souhaite avant tout, c'est d'offrir une éducation significativement différente à nos enfants. Notre système actuel est basé sur la compétition et est un modèle standardisé. Or, il faut reconnaître que chaque individu a des facilités dans certains domaines et des difficultés dans d'autres, ainsi qu'un rythme d'assimilation notoirement différent. De ce constat, il est impératif de donner à chacun de nos bambins la possibilité de développer leur potentiel et de s'épanouir là où ils se sentent à l'aise. Il s'agit, de mon point de vue, d'une nécessité pour l'évolution de notre société. De ma petite et modeste expérience, je sais que nous avons fondamentalement besoin des autres. Nous sommes interdépendants, j'en suis aujourd'hui convaincu. C'est pourquoi tout doit être égalitaire et, quoi que certains en disent, il faut promouvoir le respect entre les êtres humains, quand bien même nos sociétés actuelles sont individualistes. J'aimerais également que tout un chacun ait accès à la connaissance, et qu'elle ne soit pas l'apanage d'une élite.

Bref, je ne désire pas m'étendre sur le sujet, ce n'était pas mon but premier.

 

Remerciements

 

Je souhaitais remercier toutes celles et tous ceux qui participent à mon aventure, en se rendant régulièrement (ou non) sur mon blog. J'accepte avec grand plaisir toutes les critiques, bien que j'avoue avoir une préférence pour celles qui sont constructives ! Je ne réponds pas à tous les commentaires, néanmoins je les lis avec la plus grande attention. Je suis véritablement flatté de l'ampleur qu'a pris mon petit blog, et je suis très touché par tous ces témoignages de soutien. Que vous ne soyez pas d'accord avec moi me ravis, m'enchante même ! C'est uniquement à ce prix-là que je peux aller de l'avant, alors j'invite toutes mes lectrices et mes lecteurs à me fournirent leur avis sur mes prises de positions. Je continuerai de donner suite à toutes vos interventions et également à répondre à vos prises de contact.

Vous êtes nombreuses et nombreux à m'avoir rajouté parmi vos amis sur Facebook. C'est un plaisir de faire votre connaissance. Je me sens vraiment très flatté par tout cet intérêt que l'on me porte, et je ferai de mon mieux pour en être à la hauteur.

Du fond du cœur, merci !

 

Grégoire Barbey

 

Mon profil Facebook : http://www.facebook.com/gregoiresapereaude

20:32 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : remerciements, politique, genève, parti, indépendant, pensée |  Facebook | | | |

02/02/2012

Réflexion sur la non-violence : la résistance

 

Résister, oui, mais pas n'importe comment !

Pour ma part, il est impératif de respecter une éthique précise, et celle-ci trouve son terreau dans la non-violence. J'ai souvent entendu des discours grandiloquents qui tentaient de me faire adhérer à l'idée que la brutalité, c'est la nature de l'être humain. Bien essayé, cependant pour ma part, je ne suis pas sûr que l'être humain soit réduit à un quelconque « état de nature », duquel il serait incapable de s'extraire. Je suis même persuadé du contraire, pour être franc. Considérer qu'il existe un prototype humain dont il est impossible de s'émanciper me semble être une pensée saugrenue. Je ne comprends pas très bien la portée d'une telle conclusion, sinon de justifier toutes les pires atrocités qui soient.

S'il fallait absolument étiqueter une « nature humaine », je la définirais comme étant versatile, impropre à la stagnation et par essence en constante évolution. C'est cette qualité unique qui a permis à l'être humain d'évoluer sur le plan intellectuel. L'adaptation est, à tout point de vue, son meilleur outil.

Les comportements varient d'un individu à un autre. La violence n'est ni une fatalité, ni une nécessité. Par le passé, j'ai déjà tenté d'apporter quelques éléments de réponse dans une entreprise visant à déconstruire la violence. L'essai s'intitule « questionnement sur la violence ».

J'aimerais compléter celui-ci par un petit traité de résistance non-violente. Je me suis toujours considéré comme étant quelqu'un de pacifique. Cependant, ce terme n'est pas assez fort, et même, il est flou. Être pacifique ne signifie pas adopter une attitude de cloisonnement à l'égard de soi-même, et de tous comportements violents. Or, mon désir est très exactement de ne jamais recourir à la violence. C'est pourquoi j'adopte cela sous la dénomination de « non-violence ».

Il est important d'en définir les contours.

Mon implication dans ce rapport non-violent s'étend jusque dans mon assiette. J'ai décidé de ne plus consommer de viande pour des raisons évidentes. Premièrement, afin d'être en accord avec ma prétention d'égalitarisme envers les êtres humains et les animaux, et deuxièmement, pour ne plus consommer de la nourriture issue de la brutalité.

Dans ma conception de la non-violence, concéder à consommer de la nourriture qui implique la mise à mort d'un être vivant sensible, quel qu'il soit, c'est-à-dire un animal ou un humain, est une forme, même passive, de violence. Le fait de tuer relève évidemment d'un acte violent. Je n'emploierai pas le terme de cruauté, car il serait malavisé d'en faire l'usage dans un cas comme celui-ci.

Cette volonté de ne pas accepter la violence, sous ses formes les plus habituelles, part d'un constat personnel : si dans mon comportement, j'ai recours à la violence, comment pourrais-je souhaiter ne pas en être victime ?

Concernant ce qui nous intéresse, à savoir la résistance, j'applique l'attitude non-violente comme étant un point d'ancrage de toute forme de contestation, de protestation et d'opposition. Je pars du principe qu'un mouvement, quel qu'il soit, se doit de ne céder à la violence sous aucun prétexte, sous peine d'en être victime également. Même face à une agression quelconque, la violence ne doit jamais être une réponse. Elle ne saurait être favorable à quiconque. En fait, la violence engendre la violence. Une phrase d'Albert Einstein me semble très appropriée pour défendre mes propos : « on ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l'ont engendré ».

Résister à l'oppression peut s'avérer coûteux en utilisant le cours à la violence. L'oppresseur peut, à tout moment, empirer la situation de ceux qui s'opposent à lui. La résistance non-violente permet à la fois de faire passer un message, d'agir et de ne pas s'attirer les foudres de l'oppresseur. Bien sûr, ce dernier peut utiliser la brutalité à sa guise. Combattre le feu par le feu ne le fera sûrement pas déposer les armes. Les conséquences peuvent parfois être catastrophiques. Dans un pays comme le nôtre, en Suisse, appliquer cet impératif de non-violence est probablement beaucoup plus facile qu'ailleurs, dans des nations où règne la dictature et la violence en permanence.

Il serait difficile pour moi de dogmatiser la non-violence. Personnellement, je n'ai envie d'utiliser la violence en aucune façon, mais l'imposer comme nécessaire relève peut-être d'un fantasme.

Je n'ai pas encore d'avis définitif à ce propos. Je crois malgré tout qu'adopter un comportement non-violent apporte beaucoup de bien-être pour celui qui s'investit. Cela permet aussi de se sentir libéré d'un joug qui ne nous correspond pas forcément. L'essentiel est d'agir tout en ne faisant pas aux autres ce que nous n'aimerions pas qu'ils nous fassent.

Être cohérent avec soi-même.

22:44 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : non-violence, réflexion, pensée, résistance, protestation, contestation |  Facebook | | | |

23/01/2012

Crise financière... et idéologique !

23 janvier 2012. Aujourd’hui, les médias ne parlent plus que d’une chose : la crise économique. Récession, inflation, paupérisation, assainissement, misère, menace de la Zone Euro, tensions entre les pays dominants et émergents, bref, il y a de quoi faire en la matière.

Mais nous n’entendons pas parler d’un autre constat pouvant être fait à l’orée de cette nouvelle année : la crise idéologique.

Consultez vos mass media : allumez votre télévision, ouvrez votre journal préféré, écoutez la radio. Les discours sont potentiellement les mêmes, alors que nous n’avons jamais connu dans toute l’Histoire de l’humanité un si grand mélange socio-culturel. C’en est alarmant. Nous parlerons ici « d’uniformisation des esprits ». « Pensez comme nous, ou nous vous rejetterons ! » paraît être le nouvel adage de notre société de consommation. Les moyens de communication et de partage des idées ont évolué à une vitesse fulgurante, personne ne dira le contraire. Mais très sincèrement, où est la communication, celle qui vient du cœur ? La conscience de l’autre disparaît peu à peu face à la nécessité préfabriquée de notre système : la loi du plus fort, ou comment écraser l’autre pour se hisser au sommet de la pyramide hiérarchique.

Cette loi, impérieuse et faussée, relève tout simplement d’un paradigme, ou pour reprendre un terme sociologique, d’ailleurs cher à feu Bourdieu, constitue l’habitus de notre société. Pourtant, s’en extraire est tout à fait faisable. Sans trop m’avancer, pour un bonheur individuel, je pense même que s’en éloigner est de prime importance. L’autre, c’est nous, et nous, ce sont les autres.

« L’enfer, c’est les autres » s’exclamait Sartre dans huit clos. Pour ma part, je pense inversement. L’enfer, c’est soi-même. Je m’explique : nous nous enfermons toujours plus dans des pensées toutes faites, des idéologies qui ne nous appartiennent pas, vivons dans des certitudes qui ne sont pas empiriques, et arborons des slogans prémâchés. Et ce comportement nous pousse bien souvent à accepter tacitement et passivement des attitudes que nous n’oserions jamais tolérer consciemment.

Et les mass media font office de sacrosaint commandement au cas où les bons soldats du néolibéralisme, appelons-le capitalisme du XXIe siècle, se questionneraient sur le bon fondement des leçons apprises en récitant gaiement. Adopter un modèle de pensée différent du courant communément admis et respecté manu militari est un péril social. Les préjugés vont bon train, et chacun d’entre nous pouvons nous glisser dans la peau d’un policier de la bien-pensance, gardien-esclave de la ligne de conduite à adopter.

Pensez-vous vraiment que l’existence humaine se résume à des paradigmes sociétaux ? Nos coutumes, nos traditions, nos habitudes peuvent être aussi néfastes que salvatrices. Répéter mécaniquement des faits et gestes, des façons de réfléchir peut sembler normal et propre à l’espèce humaine. Pourtant, bien souvent, il en va tout autrement. Je pense que l'humanité n’est pas un acquis de naissance, c’est un but à atteindre, une perfection, ou pour réutiliser le terme du philosophe suisse Alexandre Jollien, une construction de soi. Je ne suis pas de ceux qui vous diront qu’il y a une façon de penser meilleure que d’autres, je ne vous chanterai pas les louanges d’un modèle unique, Ô non ! Je vous répéterai plutôt mille et une fois : pensez ! pensez ! bon sang mais pensez par vous-mêmes ! Nous ne sommes pas des assistés intellectuels, nous avons le droit d’user de notre matière grise pour créer, pour répandre joie et bonne humeur, pour nous révolter, pour acquiescer s’il le faut. J’irai plus loin encore : il s’agit d’un devoir.

J’aimerais prendre un exemple qui me tient à cœur : l’excellent ouvrage de Jean Ziegler : « Destruction massive », qui fait un état des lieux concernant la faim dans le monde.

Ce livre est une perle, non parce qu’il traite d’un sujet agréable, tout au contraire, mais bien parce qu’il recèle des informations triées sur l’ongle et témoigne une expérience empirique sur la question. Le lire, c’est déjà un pas en avant, même si la pensée qui s’y trouve appartient à quelqu’un d’autre. Je ne vous dirai jamais de vous affranchir entièrement de l’apport intellectuel que nos ancêtres et nos contemporains nous apportent. Je vous encourage même à vous y référer, et à y puiser un maximum d’informations. Soyons sceptiques, n’acquiesçons pas sans preuve.

Le travail de monsieur Ziegler est phénoménal. Après avoir lu toutes ses conclusions et ses témoignages, force est de constater que nous sommes toutes et tous responsables, individuellement et globalement, à cette appauvrissement d’une catégorie de la population terrestre.

Ce bouquin est un appel à la révolte et à l’indignation. Son auteur cherche à nous ouvrir les yeux, et nous faire sortir des habituelles perceptions manichéennes de la « réalité » que nous renvoient les mass media, les élites et autres. Gandhi disait très justement « soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ». Mon adage personnel s’en rapproche beaucoup : la révolution commence par soi-même. Pour cela, il faut accepter qu’il n’y ait pas que du noir et du blanc, bien au contraire, et que le système est composé de multiples nuances de gris. Il faut accepter notre part de responsabilité, même passive, même tacite, face à cette réalité. Certaines sciences humaines, comme la psychologie, tentent de nous déresponsabiliser face à nos mauvaises habitudes, ou nos comportements abusifs. En jargon psychiatrique, cela s’appelle « pathologie », tiré du Grec ancien, signifiant « étude des passions ». Je ne compte pas rentrer dans le domaine de la critique de ce domaine, je tente seulement d’extraire des faits qui peuvent conduire à une déresponsabilisation comportementale. La « pathologie », très souvent reprise à tort comme un synonyme de « maladie », existe probablement bel et bien, mais à mon sens ce n’est pas un témoin d’une fatalité naturelle, indissociable à notre existence, plutôt un symptôme de multiples paradigmes sociétaux. Je ne suis évidemment pas sociologue, je puis me tromper et je l’admettrai sans rechigner. Mes analyses n’engagent que moi, je tiens à le préciser.

Ce qui me semble important ici, c’est de dénoncer les déviances que de tels paradigmes peuvent engendrer. Il existe des pseudo-scientifiques qui prennent parti pour certaines paraphilies, en affirmant qu’il s’agit notamment d’un comportement strictement « naturel » et « saint » pour l’appareil reproductif de notre espèce. Comprenez la dangerosité d’une telle manipulation de la pensée. Il ne faut en aucun cas se soumettre à un quelconque argument d’autorité, c’est-à-dire émanant d’une institution reconnue, qu’elle soit scientifique ou étatique, d’autant plus si notre intuition nous porte à croire qu’il n’est pas fondé.

Je repense à une phrase de Friedrich Nietzsche : « si vous ne pouvez être des saints de la connaissance, soyez en au moins les guerriers ».

C’est évidemment imagé, pour ma part, les saints font référence à ceux qui se réclament scientifiques, ou de toute autre fonction autoritaire. Être le guerrier de la connaissance, dans cette interprétation, revient à encourager chacun d’entre nous à veiller à ce que la connaissance soit utilisée à des fins propices, qu’elle ne soit pas travestie par des manipulateurs qui font leur foin au détriment d’enseignements et de constats pourtant importants.

Je vous enjoins donc à prendre les armes idéologiques et à vous servir, à utiliser votre pensée pour bâtir de nouvelles fondations !

La crise idéologique, comme je l’appelle, je la constate dans divers comportements. Actuellement, la propension qu’ont les gens à se rattacher à une pensée forte, très souvent extrémiste, en ces temps de crise, croît de façon inquiétante. Ces périodes difficiles pour la masse se traduit trop souvent dans une exacerbation du sentiment d’appartenance à sa nation, et dévie malheureusement en xénophobie, islamophobie (actuellement très en vogue, il s’agit de l’ennemi idéologique numéro un sur la liste des combats de la sacrosainte pensée occidentaliste), homophobie, racisme, fascisme, et j’en passe et des meilleurs. Tout cela relève d’une pensée politique spécifique, avec des intérêts financiers conséquents.

L’économie périclite, et cela induit une peur omniprésente dans l’esprit des gens. La terreur du lendemain grandit continuellement, et fait parfois prendre des décisions hâtives à bon nombre de personnes.

Je n’ai pas la science infuse, mais je fuis cela comme la peste. Mon conseil, c’est de rester attentif et de ne surtout pas se précipiter. Recouper les informations, se renseigner, calculer si nécessaire les données qui nous sont fournies, bref, faire un véritable travail d’archéologue pour extraire le bon du mauvais. C’est dans ces moments-là que les propagandistes peuvent développer au mieux leurs armes de destruction massive, invisibles, et pourtant si dangereuses.

Il ne faut pas croire que notre système est le meilleur possible. D’ailleurs, ne pas croire non plus que c’est le pire (bien qu’il nous est possible de le penser), plutôt reconnaître que tout changement est bon à prendre, car la vie est un mouvement perpétuel. Je pense que l’être humain est perfectible et ne doit jamais se reposer sur ses lauriers. C’est une erreur qui pourrait s’avérer fatale.

Il ne faut pas se fier aux apparences. Certains discours peuvent sembler remplis d’humanité et cacher en réalité un venin mortel…

Cette crise idéologique, s’il en est, doit être combattue. Non par la violence, je m’y oppose catégoriquement, mais par la foi en la capacité humaine de se perfectionner, d’aller toujours vers l’avant, quand bien même certains contempteurs de la vie souhaiteraient nous rendre la pensée cynique et acerbe. Croyez en ce qui vous fait plaisir : soyez animistes, bouddhistes, musulmans, juifs ou chrétiens, théistes ou athées, que sais-je, sans jamais oublier qu’il n’y a pas de pensée unique, que les normes ne sont pas une fatalité ni une Vérité irrémédiable.

Prenez conscience que nos habitudes et tout ce qui s’en suit sont intimement liées à des paradigmes/habitus sociétaux. Un enchevêtrement de conditionnements qui, superposés l’un à l’autre, forment des comportements spécifiques, toujours différents selon les individus. Ne vous laissez pas abuser par des bienpensants qui vous diront que ceux qui ne réfléchissent pas de telle façon sont des réactionnaires, des parvenus ou des marginaux. C’est une atteinte à vos droits fondamentaux. Ce ne sont en tout cas pas des hommes médiatisés, journalistes ou rédacteurs de magazine qui détiennent la connaissance suprême. Il n’y en a pas.

Mon objectif avec ce texte est de vous aider à vous libérer des dogmes qui se réclament de la pensée unique.

Je ne suis pas un saint de la connaissance, je me reconnais d’ailleurs davantage dans le rôle du guerrier, mon but est noble.

Pour ma part, je pense que nous devons nous rattacher à certaines habitudes que nous avons perdues. Considérer les autres avec un regard bienveillant, accepter de partager, de donner sans compter, de rendre service, d’être à l’écoute, de sauver si possibilité se montre, d’être humain, en somme !

Je suis confiant, contrairement à beaucoup de mes contemporains, malheureusement, dans la capacité évolutive de l’humanité. Il n’y a pas de fatalité, et tant qu’il y aura de la vie, les changements se produiront inévitablement.

Je n’ai pas de religion à proprement parler, cependant j’ai foi en l’être humain, et son meilleur outil face aux ténèbres : la pensée.

C’est important d’avoir des valeurs, quand bien même cette façon d’être semble révolue. Il y a encore plus impératif : la versatilité de nos idées et idéaux. Aucun concept n’est éternel, jusqu’à preuve du contraire.

Alors, mes ami-e-s, mes sœurs et mes frères, soyez votre propre instrument dans l’évolution de notre communauté humaine.

 

18:05 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : crise, politique, philosophie, idéologie, idée, pensée, réflexion, humanité |  Facebook | | | |

10/01/2012

Du bonheur d'être soi

Qu’est-ce que le bonheur ? Une excellente question, à laquelle de nombreux auteurs ont tenté, tant bien que mal, d’apporter quelques éléments de réponse.

Pour ma part, je pense qu’il s’agit avant tout d’un sentiment personnel, qui ne peut se décliner sous des appellations spécifiques. Il n’y a, il faut le dire, pas de véritable chemin qui y conduise, néanmoins il existe des outils pour en saisir le sens et peut-être – qui sait ? – l’effleurer.

Certains sages, parmi les plus célèbres, recommandent l’ascèse. C’est une possibilité, mais je crois qu’il y en a d’autres, qui ne nécessitent pas obligatoirement la maîtrise de ses envies ou de ses douleurs.

À ce propos, Alain disait « le bonheur n’est pas le fruit de la paix, le bonheur c’est la paix même ». Mon interprétation de cette phrase différera peut-être de celle que s’en fera le lecteur, cependant il me semble évident qu’il ne faut pas courir après la paix en espérant y trouver ensuite le bonheur, comme si l’un permettait l’accès à l’autre, car ce serait une erreur, de compréhension comme de trajectoire, que de perdre du temps de la sorte.

En somme, et toujours selon ma propre interprétation de la citation susmentionnée, le bonheur est une forme de paix, ce qui équivaut à dire que le bonheur est la paix même, puisque la différence ne serait qu’une question conceptuelle voire de rigueur dans les termes.

« Sur les flots, sur les grands chemins, nous poursuivons le bonheur. Mais il est ici, le bonheur. »

Voilà ce qu’écrivait Horace à ce sujet. Cela peut être compris de mille façons, mais l’évidence s’impose d’elle-même. Chercher, c’est indubitablement se tromper, car le bonheur n’est pas caché, il ne se tapit pas en de sombres recoins, au contraire, il est à portée de nous, encore faut-il être en mesure de le voir ! Une fois encore, j’en reviens à la sagesse des anciens en citant Marc-Aurèle : « celui qui aime la gloire met son propre bonheur dans les émotions d'un autre. Celui qui aime le plaisir met son bonheur dans ses propres penchants. Mais l'homme intelligent le place dans sa propre conduite. » Cette vision me séduit, car je crois que le vieil empereur de Rome a saisi l’essence même que représente le bonheur, c’est-à-dire la cohérence entre nos actes et ce que nous sommes.

Et là, nous abordons le thème principal de cet essai, qui se résume en cela : « le bonheur d’être soi ».

Qu’est-ce qu’être soi, alors ? De mon point de vue, et là je parle de ma propre expérience, être soi, s’accepter soi-même, c’est se laisser épanouir par ce qui nous attire, ce qui nous passionne, ce qui aiguille notre curiosité, mais ce n’est pas seulement ça. C’est un engagement à prendre en soi, pour soi et avec soi, c’est un contrat qui ne saurait être violé, sans quoi rien n’est possible. Nombreuses sont les petites contrariétés de l’existence, et plus encore les conflits intérieurs. Il arrive, malheureusement pour beaucoup, qu’il faille taire cette petite voix qui résonne au fond de chacun, passer outre ses propres répugnances, ses propres convictions et pis encore, sa propre humaine morale, tout cela dans le but de plaire, convenir à une norme ou se cacher lâchement derrière l’attitude communément admise comme étant la meilleure.

Pour comprendre ce qu’implique le bonheur d’être soi, il faut saisir le cheminement qui nous conduit à l’épanouissement de ce « soi » dont il est question. À considérer les autres êtres humains, nous sommes tous plus ou moins semblables, à quelques détails près, au moins du point de vue de l’apparence externe. Or, nous avons la conscience d’être, nous nous savons être, ceci en paraphrasant Albert Jacquard, et nous détenons de merveilleux outils qui nous permettent de façonner en nous, dans nos pensées, toute une constellation où sont liés nos désirs, nos goûts, nos connaissances, nos représentations, notre imagination, bref un incroyable enchevêtrement de petites choses qui font que chacun possède une personnalité unique. Selon moi, le bonheur d’être soi, c’est justement consentir à exprimer ce sublime ensemble qui fait que nous sommes ce que nous sommes. Il s’agit avant tout de s’accepter tel que nous sommes, s’écouter, et mettre en symétrie nos actes avec nos pensées. Pour prendre un exemple qui m’est personnel, c’est laisser libre cours à sa sensibilité, quitte à être en désaccord avec notre entourage et la norme en vigueur ; refuser de faire ce qui nous avons en horreur. J’ai entamé ce long chemin qu’est l’acceptation d’être soi-même en décidant de ne plus manger de viande par respect pour les animaux, dont la souffrance m’a toujours ébranlé au plus haut point. D’une certaine façon, le premier pas vers cette épopée en soi-même, c’est se (re)connaître. En mettant un cran d’arrêt sur une attitude que nous avions toujours eue mais dans laquelle nous ne nous reconnaissions pas, c’est le meilleur moyen de s’exprimer soi-même, d’invoquer notre personnalité et dire haut et fort « non, je ne veux pas faire ça, ce n’est pas moi, cela ne me correspond pas ».

Il faut également savoir ce que nous aimons, ce qui nous fait vibrer, nous motive, pour l’exercer dès qu’il nous est possible de le faire, et ce qu’importe le « qu’en dira-t-on », dans la mesure où ce qui nous plait ne porte pas atteinte à l’intégrité de qui ce soit, entendons-nous bien. Ce n’est pas chose aisée dans notre société, j’en conviens volontiers. Mais c’est plus qu’un besoin, c’est une nécessité.

Pour atteindre le bonheur, il faut chérir ce que nous avons et ce que nous sommes. Bouddha nous l’enseigne : « soyez à vous-mêmes votre propre refuge ; soyez à vous-mêmes votre propre lumière ».

En agissant ainsi, non seulement nous trouvons cette paix intérieure, ce bonheur, mais plus encore, nous nous sentons mieux dans la place que nous occupons par rapport aux autres, et il nous est possible alors de vouloir en faire autant pour eux. Il faut voir en l’Autre le prolongement de Soi, et faire en sorte de lui transmettre ce qui est important pour nous, car cela se peut qu’il en soit de même pour lui.

À chaque fois qu’agir est nécessaire, il est impératif de se demander la manière dont nous aimerions le faire pour être en accord avec le regard que nous nous porterons à ce propos ultérieurement. Si un doute s’installe, alors mieux vaut agir autrement, car porter sur ses actes un jugement méprisant est le meilleur moyen de saper le bonheur d’être soi, et de nous contraindre à ne plus être en paix avec nous-mêmes. Donner un sourire à un Autre, c’est se sourire à soi-même.

Le bonheur d’être soi est probablement la sensation la plus forte que nous puissions ressentir, celle qui nous lie à la vie de la façon la plus intense qui soit.

Alors n’attendez plus et suivez le conseil de Nietzsche : « deviens celui que tu es » !

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Thèse de la liberté restreinte

Une question qui a fait couler beaucoup d’encre au cours de ces derniers siècles et qui a profondément marqué la philosophie et la politique est celle de la liberté.

Rousseau est l’auteur de la célèbre phrase « l’Homme nait libre et pur, c’est la société qui le corrompt ».

Il faut comprendre le terme « société » dans son acception globale. Une société est donc la construction d’un ensemble de règles qui relient des individus entre eux, schématiquement dirons-nous. À l’heure actuelle lorsque nous parlons de société nous pensons à ces grandes institutions étatiques dans lesquelles nous vivons. Néanmoins en poussant la réflexion plus loin nous pourrions aisément concevoir une société constituée de quelques dizaines d’individus uniquement. Nous pouvons aussi considérer une communauté restreinte. Ma méthode ici est de définir où apparaissent les contraintes liberticides. Imaginons une famille constituée d’un père, d’une mère et de leur enfant, vivant en autarcie. Ce que les parents enseigneront à leur fils peut être considéré comme un facteur influent sur la formation de son esprit critique et de ses valeurs, le prédéterminant ainsi à certaines formes de comportement et de réflexion, d’attitudes automatiques etc. Je veux dire – et cela je ne l’ai lu nulle part – qu’il me parait évident que toute emprunte sur le développement psychique d’un individu (contrainte externe) est un coup porté à la notion de liberté dans son acception philosophique. Consultons le Vocabulaire technique et critique de la philosophie1 à propos de la liberté :

« Sens primitif : l’homme « libre » est l’homme qui n’est pas esclave ou prisonnier. La liberté est l’état de celui qui fait ce qu’il veut et non ce que veut un autre que lui ; elle est l’absence de contrainte étrangère. (…) »

Ici apparait donc avec une certaine évidence les arguments présentés dans mon précédent essai Critique de la notion de Libre-Arbitre et éloge du déterminisme et que maintenant je désire élaborer de manière plus précise : la théorie d’une liberté restreinte.

Rappelons au lecteur que le déterminisme tel que je l’entends n’est pas issu de la doctrine philosophique dont il a été l’objet. Il faut ici rapporter une acception propre à ma définition et mon utilisation de ce terme. Nous dirons donc que le déterminisme est l’ensemble des causes qui influencent les comportements humains, par des nécessités intérieures ou des contraintes externes.

Le meilleur exemple de déterminisme latent dans notre époque est l’omniprésence des médias dans notre quotidien. Il serait de très mauvaise foi que d’affirmer qu’ils n’ont aucun impact sur notre comportement. La société est en elle-même un facteur déterministe important – peut-être même le plus grand et le plus influent sur notre volonté. L’endoctrinement consiste à déterminer de l’extérieur le comportement interne d’un individu lambda. Chez Chomsky, les médias sont l’expression d’une propagande qui veut imposer sa vision des choses. Ici, la méthode est plus perverse et sous-terraine, car nous vivons dans des sociétés de type démocratique, ce qui, à l’inverse d’un État totalitaire, présuppose qu’imposer explicitement une ligne de comportement et de conduite est antinomique à la constitution de ce système. Cependant, Chomsky met l’accent sur le fait que les médias, et j’adhère personnellement à ses propos, ne font pas l’objet d’une censure gouvernementale systématique, mais sont dans la même ligne productiviste que les gouvernements eux-mêmes, donc appliquent des autocensures à leurs plateformes d’expression pour des raisons de politique intérieure et de business. En somme, leurs intérêts concordent plus ou moins avec ceux de l’État. Mettons donc de côté les habituels lieux-communs sur une quelconque Théorie du Complot, tout à fait hors de propos. L’important ici n’est pas de tenir un procès aux institutions et à notre système. D’autres l’ont fait mieux que je ne saurais le faire. Ce qu’il faut retenir, c’est l’influence des médias dans notre perception de la réalité. Il est aisé de constater à quel point nous sommes tous victimes des propagandes à grandes échelles. Il y a actuellement dans la société de consommation une agression – et le terme est un euphémisme – externe due à la quantité impressionnante d’informations qui défile perpétuellement. Je ne pense pas trop m’avancer en affirmant que nous devenons essentiellement des capteurs sensoriels qui reçoivent une masse toujours plus importante d’information en tout genre. Majoritairement, notre échange avec le monde – la réalité dirons-nous – se fait à sens unique. Malgré l’essor des moyens de communication, nous nous exprimons de moins en moins. Dès lors, trier l’information de la désinformation devient une tâche si ardue qu’une très faible proportion de la population en est capable. Imputons cela en grande partie à l’éducation – l’enseignement scolaire principalement. Nous reviendrons sur ce sujet ultérieurement.

Rajoutons à cet océan d’information le facteur du quotidien. Dans la société capitaliste la norme est d’exercer un travail. Celui-ci nous accapare une très grande portion de nos journées. En moyenne, il faut compter un tiers voire plus. Je ferai ici intervenir Nietzsche qui dit « celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour lui-même est un esclave, qu'il soit d'ailleurs ce qu'il veut : politique, marchand, fonctionnaire, érudit ». Comme à son habitude, il est franc, la chose est dite sans plus de tergiversation. L’évidence s’impose d’elle-même, mais dans une société qui se dit « libre », il est difficile d’exprimer un tel point de vue sans se heurter à un mur impénétrable. Ainsi, l’individu lambda qui travaille huit heures par jour n’a pas le temps de remettre en question le flux d’information continu que ses sens perçoivent. D’autant plus s’il allume la télévision lorsqu’il rentre chez lui. Le vertige, c’est réaliser à quel point tout est information. Dans les magasins, les rues où sont placardées affiches politiques, publicités, slogans et autres, chez soi, dans son frigo, dans les journaux, à la télévision, sur l’ordinateur, à la radio, même dans la musique que nous écoutons. Je puis donc certifier que l’afflux incessant d’éléments extérieurs qui viennent irrémédiablement se loger dans nos pensées, conscientes ou inconscientes, influencent très sérieusement notre rapport au monde, et également à nous-même. Ce sont ce que j’appelle des facteurs déterminants – c’est-à-dire qu’ils s’intègrent dans notre processus psychique et ce faisant, déterminent nos actes et notre manière de penser dans une situation donnée – et ceux-ci peuvent être observés à tous les stades de l’évolution d’un être humain. Certains le savent déjà, et utilisent cette malléabilité de l’esprit pour leurs propres intérêts. Prenons par exemple certaines multinationales, ici la façon de procéder est sournoise. Des statistiques sont faites pour prendre la température de l’opinion publique sur un produit spécifique, ce sont bien sûr des recherches qui sont menées avec une rigueur extrême, il s’agit là de l’avenir de l’objet qui sera mis à la portée des consommateurs. Si les études concluent à une opinion plutôt défavorable, il faudra alors mettre en œuvre la façon dont sera vendu le produit (il peut s’agir d’une technologie, d’un traité, d’une nouvelle loi, d’une guerre, bref le champ est large) pour contourner la désapprobation du public. Les techniques sont multiples, nous pouvons noter la restriction d’un champ lexical précis qui sera intégré par les consommateurs de façon positive. L’image est également très importante et peut constituer en elle-même la mise en valeur. La perversité est constatable par exemple dans le cas d’une technologie dont le consommateur n’a pas besoin. Néanmoins pour qu’il achète le produit en question, il faut qu’il ait la sensation que cela lui est nécessaire. Tout sera misé là-dessus. Chomsky, dans une interview, donne une très belle illustration de cette méthode d’influence : à l’époque, les femmes ne fumaient pas. Mais après la première guerre mondiale, des publicités ont jailli en nombre incroyable. Il fallait désormais donner envie à la gent féminine de fumer. Pour cela, rien de très sorcier : quelques stars se délectant de leur cigarette à l’écran et sur les affiches, et le tour est joué. L’art de cette duperie est de vendre non pas le produit, mais l’image de ce dernier. Toute l’esthétique prend alors une place prépondérante afin d’enjoliver la chose et donner envie à d’autres de la posséder. Tout cela met en lumière les mécanismes internes qui nous déterminent. La publicité est matraquée sans discontinuer afin de conditionner les consommateurs à s’intéresser à l’objet de sorte qu’ils en oublient les contours négatifs pour n’avoir plus qu’en tête les aspects positifs. Il serait alors possible de vendre à peu près n’importe quoi dès lors que la mise en valeur du produit a été travaillée avec rigueur.

Pour obtenir l’approbation du peuple afin de mener une guerre, il faut impérativement jouer avec les faiblesses de celui-ci. De nos jours, la médiatisation a apporté une autre image de la guerre, et de nombreuses personnes savent ce que peut réellement représenter en termes de vies humaines et de dégâts une confrontation militaire. Le meilleur moyen de manipuler l’opinion publique en lui faisant accepter la guerre, c’est lui servir continuellement et à toutes les sauces une information qui finira par le déstabiliser. Nous savons aujourd’hui que les thèmes principaux utilisés par les grandes puissances sont la peur et l’insécurité. Les États colonialistes, comme les États-Unis d’Amérique, ne peuvent pas partir en guerre contre un autre pays sans l’acceptation de la masse, ce sont les règles de la démocratie. Le meilleur moyen de procéder sous couvert d’agir démocratiquement est d’offrir aux masses la sensation d’être libres de choisir, alors qu’en réalité le choix fut fait bien avant qu’elles soient prises à parti. Plusieurs possibilités s’offrent aux intéressés pour obtenir une opinion favorable à une guerre, nous pouvons mettre en exergue quelques exemples : diaboliser un dirigeant, comme ce fut le cas en Libye avec Kadhafi. Pour cela, il faut invoquer les plus grosses atrocités qui peuvent être imaginées, la cible doit devenir un monstre inhumain et menaçant pour le reste du monde et en particulier le pays concerné. Il en fut de même pour l’annexion de l’Irak après les attentats du 11 septembre 2001, mais également pour le Cambodge, le Viêtnam, et bien d’autres victimes de l’empirisme américain. Pour en revenir à Chomsky, celui-ci a permis d’établir très clairement qu’elle a été la politique gouvernementale dans ces cas précis, allant jusqu’à clamer haut et fort que la guerre contre le terrorisme voulu par les États-Unis n’était qu’une hypocrisie faramineuse puisqu’ils étaient d’autant plus coupables que n’importe quel autre pays à travers le monde. Là, les médias prennent une place nécessaire dans la mise en place de la manipulation de masse puisqu’ils ont tout intérêt à parler de sujets sensationnels. À ce propos, Chomsky nous révèle une information capitale : « La propagande est à la démocratie ce que la matraque est à la dictature. »

Et cela fonctionne d’autant plus que le peuple se croit libre de choisir. Il est important de noter la rupture qui s’effectue dès lors entre l’impression d’être libre et le véritable mécanisme sous-jacent qui s’opère, celui-là même que je nomme détermination. Prenons une citation qui fera la lumière sur cette sensation que les êtres humains ont face à leur impression de liberté totale :

« … Plus je recherche en moi-même la raison qui me détermine, plus je sens que je n’en ai aucune autre que ma seule volonté : je sens par-là clairement ma liberté, qui consiste uniquement dans un tel choix. Ce qui me fait comprendre que je suis fait à l’image de Dieu ; parce que, n’y ayant rien dans la matière qui le détermine à la mouvoir plutôt qu’à la laisser en repos, ou à la mouvoir d’un côté plutôt que d’un autre, il n’y aucune raison d’un si grand effet que sa seule volonté, où il me paraît souverainement libre.2 »

Cette citation est d’autant plus significative qu’elle permet de démontrer avec pertinence la valeur que prend la liberté. Celle-ci ne doit en aucun cas être considérée comme le décor de la condition humaine, au contraire, elle tient le premier rôle dans le rapport de l’humanité au monde.

Nous accorderons volontiers à Bossuet, auteur de la phrase précitée, notre humble compréhension pour avoir écrit cela, puisqu’il était lui-même déterminé par le christianisme, sans lequel il n’aurait probablement jamais rien dit de tel en ces termes. Il a vécu au XVIIe siècle, il lui était donc difficile d’avoir autant de recul sur son époque que nous, d’autant plus que la science n’avait pas mis au jour ce que nous savons aujourd’hui. Les neurosciences, la génétique, l’embryologie etc. n’existaient pas en ce temps-là, et l’implication de la culture chrétienne était si importante que s’extraire des présupposés religieux relevait du génie.

Néanmoins, il est fondamental, pour saisir la clef de l’influence déterministe, d’étudier cette phrase.

Il semblerait qu’en écrivant cela, l’auteur ne prenait pas la problématique dans la bonne direction. Il ressentait visiblement que ses actes étaient dénués de tout déterminisme – interne comme extérieur – alors qu’il est très facile de deviner que pour rédiger cette certitude, il lui a d’abord fallu être prédéterminé par le langage humain et la pensée, donc l’ensemble de sa composition biologique, et en même temps d’avoir été déterminé par son époque, par l’enseignement intrinsèquement lié à la religion et donc au dogmatisme, la situation sociale et plus encore des connaissances qui étaient à portée de sa pensée.

Pour illustrer mes propos, prenons ce que Confucius disait : « N’oublie pas que ton fils n’est pas ton fils, mais le fils de son temps. »

Cette phrase proverbiale suppose qu’être le fils de son temps, c’est évidemment être déterminé par l’époque en question, donc par l’ensemble des composantes qui la constituent : les mœurs, l’enseignement, l’avancée de la connaissance, la politique, le système social, la localisation, etc.

Ne peut-on pas conclure que démontrer la pertinence du Libre-Arbitre revient à être déterminé par la nécessité de le faire ? Soyons moins obscurs : pour en être arrivé à écrire cette phrase, Bossuet a dû inévitablement vivre dans une société dont les présupposés sont impossibles à anéantir totalement – même le plus libre des penseurs ne saurait se dire lavé de toute prédétermination, cela n’aurait pas de sens, et au contraire plutôt qu’une liberté de penser, cela serait l’incarcération de son esprit au sein d’un système réflectif qui l’empêcherait de s’évader de façon significative – et il s’est donc prélassé dans la doctrine chrétienne selon laquelle Dieu a donné à l’Homme le Libre-Arbitre et que donc, ses choix sont le résultat de sa seule volonté et non d’un enchevêtrement de conditionnement génétique et biologique ainsi que des déterminations issues de l’extérieur ce qui me paraît insoutenable intellectuellement. Même Chomsky, pour qui j’ai un profond respect pour tout le travail incroyablement sensé qu’il a apporté, tombe dans le piège du labyrinthe « Libre-Arbitre » en affirmant qu’il serait peut-être impossible d’y répondre un jour sérieusement, et qu’il s’agit sûrement de la limite de la pensée humaine.

Je ne le répéterai jamais assez au cours de la rédaction de mes réflexions sur le sujet, mais il est d’une extrême complexité d’aborder cette thématique sans blesser l’égo de l’être humain et probablement que certains lecteurs auront aussitôt fait de se détourner de mon approche.

Pourtant, il est d’une importance toute philosophique que de se pencher rigoureusement sur cette problématique, car elle englobe bon nombre de présupposés, à commencer par l’enseignement, les méthodes punitives de la Justice, la structure sociale, l’acheminement de la pensée humaine, etc.

Tous ces thèmes et beaucoup d’autres encore, je les aborderai chacun à leur tour dans la suite de cet essai. Il faut rendre compte de nos connaissances, aujourd’hui suffisamment avancées, pour définir si oui ou non la liberté telle qu’elle nous est enseignée et telle que nous la comprenons à notre époque et durant celles qui ont précédé la nôtre n’est pas erronée.

Pour terminer cette introduction à mon projet, je propose une petite illustration qui répond à la question que certains ne manqueront pas de poser : « Pourquoi remettre en cause la liberté ? »

La liberté idéologique peut être comparée à de l'eau pure : cette dernière, dans la situation d'une température qui descend au-dessous de zéro degré, ne gèlera pas. Néanmoins, dès la moindre bactérie, la réaction sera instantanée. L'eau n'est alors plus de l'eau mais de la glace. Il en va de même pour la liberté : dès lors qu'une contrainte survient, comme je l'explique par les déterminations internes et externes, nous ne pouvons plus parler de liberté au sens philosophique, c'est pour cela que j'ai développé ma théorie de la liberté restreinte.

 

1 «Vocabulaire technique et critique de la philosophie », Paris, 2010 p. 558, art. Liberté

2 Traité du Libre-Arbitre, chap. II. Bossuet

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Critique de la notion de Libre-Arbitre et éloge du déterminisme

Cet essai se veut comme étant une critique de la notion de « Libre-Arbitre », et s’appuiera donc sur des définitions précises afin de mettre en exergue les aspects qui me semblent inadéquats avec la véritable condition de l’être humain.

Premièrement, qu’est-ce que la notion de « Libre-Arbitre » ?

Voici une définition, obtenu dans le dictionnaire « Vocabulaire technique et critique de la philosophie » d’André Lalande1 :

Liberté, Libre-Arbitre

« F. 1° Puissance d’agir sans autre cause que l’existence même de cette puissance, c’est-à-dire sans aucune raison relative au contenu de l’acte accompli.

« … Plus je recherche en moi-même la raison qui me détermine, plus je sens que je n’en ai aucune autre que ma seule volonté : je sens par-là clairement ma liberté, qui consiste uniquement dans un tel choix. Ce qui me fait comprendre que je suis fait à l’image de Dieu ; parce que, n’y ayant rien dans la matière qui le détermine à la mouvoir plutôt qu’à la laisser en repos, ou à la mouvoir d’un côté plutôt que d’un autre, il n’y aucune raison d’un si grand effet que sa seule volonté, où il me paraît souverainement libre. »

(BOSSUET, Traité du Libre-Arbitre, chap. II.)

« L’homme se croit libre : en d’autres termes il s’emploie à diriger son activité comme si les mouvements de sa conscience et par suite les actes qui en dépendent… pouvaient varier par l’effet de quelque chose qui est en lui, et que rien, non pas même ce que lui-même est avant le dernier qui précède l’action, ne prédétermine pas. »

(RENOUVIER, Science de la morale, I, 2.)

L’indétermination de la volonté relativement à son objet sous cette forme s’appelle en général liberté d’indifférence*.

2° Pouvoir par lequel le fond individuel et inexprimable de l’être se manifeste et se crée en partie lui-même dans ses actes, – pouvoir dont nous avons conscience comme d’une réalité immédiatement sentie, et qui caractérise un ordre de faits où les concepts de l’entendement, et notamment l’idée de détermination, perdent toute signification.

« On appelle liberté le rapport du moi concret à l’acte qu’il accomplit. Ce rapport est indéfinissable, précisément parce que nous sommes libres : on analyse en effet une chose, mais non pas un progrès ; on décompose de l’étendue, mais non pas de la durée… C’est pourquoi toute définition de la liberté donnerait raison au déterminisme. »

(H. BERGSON, Essai sur les données immédiates de la Conscience, p. 167.) »

La définition que voici, agrémentée de citations d’auteurs célèbres, permet une meilleure approche de l’acception qui lui a été donnée. Dans la réédition que je possède de cette encyclopédie technique, une approche plus longue explicite mieux encore les diverses approches de cette notion. C’est bien de le savoir, cependant je n’ai pas jugé nécessaire (bien qu’utile) de recopier la totalité de sa définition par soucis de lisibilité. Cependant, il est possible au lecteur de se procurer l’ouvrage susmentionné pour étudier la question avec la totalité de l’apport offert par ses définitions.

Ce qui nous intéressera ici, c’est la citation relevée de Bergson, qui dit explicitement que toute tentative de définir la liberté donnerait raison au déterminisme.

Un nouveau terme qu’il va me falloir définir également, toujours en citant le même ouvrage, afin de clarifier les deux termes fondamentaux qui seront opposés durant cet essai.

Déterminisme2

« A. Sens concret : ensemble des conditions nécessaire à la détermination (au sens D), d’un phénomène donné.

« Le médecin expérimentateur exercera successivement son influence sur les maladies dès qu’il en connaîtra expérimentalement le déterminisme exact, c’est-à-dire la cause prochaine. »

(Claude BERNARD, Introd. à la médecine expérimentale, 376.)

B. Sens abstrait : caractère d’un ordre de faits dans lequel chaque élément dépend de certains autres d’une façon telle qu’il peut être prévu, produit, ou empêché à coup sûr suivant que l’on connaît, que l’on produit ou que l’on empêche ceux-ci.

« La critique expérimentale met tout en doute, excepté le principe du déterminisme scientifique. »

(Ibid., 303)

C. Doctrine philosophique suivant laquelle tous les événements de l’univers, et en particulier les actions humaines, sont liés d’une façon telle que les choses étant ce qu’elles sont à un moment quelconque du temps, il n’y ait pour chacun des moments antérieurs ou ultérieurs, qu’un état et un seul qui soit compatible avec le premier.

D. Improprement, fatalisme : doctrine suivant laquelle certains événements sont fixés d’avance par une puissance extérieure et supérieure à la volonté, en sorte que, quoi qu’on fasse, ils se produiront infailliblement. On dit parfois en ce sens « déterminisme externe », et l’on oppose alors au « déterminisme interne », ou liaisons des causes et effets constituant la volonté. »

Pour le déterminisme, j’utiliserai le terme selon l’acception A. et C. car c’est celle-ci en particulier qui m’intéressera pour mon étude.

Nous avons donc patiemment extirpé les définitions des notions de Libre-Arbitre et de déterminisme, ce qui va dès maintenant nous permettre de rentrer dans le vif du sujet.

 

Le Libre-Arbitre est issu du christianisme, et tend à prouver la responsabilité du mal que chacun commet. Il s’agit donc d’un terme théologique. Manifestement, cette notion avait été dégagée afin de désengager la responsabilité de Dieu dans les actes criminels desquels peuvent se rendre coupables ses créatures, les êtres humains. Cette notion n’était pas appelée à rester dans l’unique patrimoine théologique, mais s’est propagée rapidement. Dans notre société judéo-chrétienne, la loi se fonde sur l’axiomatique du Libre-Arbitre, puisqu’elle condamne et punit les personnes responsables de leurs actes. La portée de son évolution est donc complexe, parce qu’elle est ancrée dans une culture qui tient tête depuis deux millénaires à toute autre culture extérieure, en gardant bien de se remettre en question. Ceci n’étant pas une accusation mesquine mais une réalité que je ne développerai pas ici car là n’est pas la question, mais que bon nombre d’auteurs ont décrit et mieux que je ne saurais le faire. Politiquement, le Libre-Arbitre a donc son impact, et culturellement également. Ce qu’il faut mettre en avant ici, c’est que cette notion est un lieu-commun de la doxa, ou opinion publique. Peut-être même le lecteur se fait de la liberté une perception proche ou strictement identique à la définition effectuée au-dessus. Qui ne s’est jamais octroyé en lui-même la portée d’une liberté d’action totale ? Personne, j’ose penser, et c’est humain.

Je me permets ici de citer Albert Einstein, qui par sa maxime entamera l’essence même de cet essai :

« Je ne crois point, au sens philosophique du terme, à la liberté de l'homme. Chacun agit non seulement sous une contrainte extérieure, mais aussi d'après une nécessité intérieure. »

Paroles très sages. Rappelons que ce génie mathématicien et physicien était profondément déiste.

Pour ma part, malgré mes jeunes années, et d’ailleurs le lecteur ne saura m’en tenir rigueur, j’ai pu observer à de nombreuses reprises la justesse de ces propos. Pour apporter une analyse correctement agencée, je vais diviser en deux temps l’explication des contraintes, les internes et les externes à l’être humain. J’aborderai en fin d’étude les conclusions qui s’imposent concrètement par rapport aux différents aspects que j’aurai préalablement distingués sur ces contraintes présupposées par la phrase citée plus haut.

 

I. Les contraintes internes

Elles sont multiples, et je ne me propose donc pas d’en faire une énumération exhaustive, car cela serait une perte de temps puisque cet essai se veut relativement court.

Néanmoins, il est intéressant d’en mettre à jour quelques-unes et les contextualiser pour démontrer l’impact qu’elles ont sur la liberté d’action d’un individu donné.

Tout d’abord, l’instinct. À lui seul, il permettrait de mettre en lumière que le libre-arbitre n’est que chimère inaccessible à la condition inhérente à tout être humain, et si nous prenons en considérations les autres êtres vivants tout comme j’aime à le faire, car je vois en eux mes semblables d’un point de vue biologique, inapplicable aux animaux également.

Relevons ici un paradoxe, et pas des moindres, qui est à mon sens un truisme. Ceux qui voyaient en l’animal la conception cartésienne (c’est-à-dire émise par Descartes) de l’animal-machine n’avaient aucune difficulté à les déterminer comme soumis à leurs instincts, et donc leur soustrayaient par-là même toute accession à la notion de Libre-Arbitre. Absurde à première vue, mais le christianisme peut expliquer cette apparente contradiction dans les faits, puisque d’après les écrits saints de la Bible, l’âme n’a été donnée qu’aux êtres humains, ce qui impliquait évidemment le Libre-Arbitre vendu avec, tel qu’il serait présenté s’il s’agissait d’un lot promotionnel comme il nous arrive d’en voir dans divers supermarchés. Ironie mise à part, je prends les arguments théologiques comme étant irrecevables, car ils sont issus d’une dialectique éristique à laquelle je ne puis adhérer, philosophiquement parlant. Pour celles et ceux qui désirent un approfondissement de la notion d’argument éristique puis de dialectique éristique, je ne saurais trop recommander le Ménon de Platon pour le développement premier de ce qui constitue l’éristique, et ensuite l’Art d’avoir toujours raison d’Arthur Schopenhauer qui renvoie toutes les formes de dialectiques (comme elles ont été approfondies par Aristote dans ses Topique) à la seule acception de dialectique éristique.

Victor Egger écrivait, selon ses dires sous la dictée de son père Émile Egger « le mot instinct signifie un aiguillon intérieur, une piqûre intérieure. » de par sa racine latine, instinctus.

Cela concorde bien avec cet aspect inaltérable de l’instinct tel que nous le ressentons en tant que contrainte, je veux dire lorsque nos passions primaires refont surface et prennent le contrôle de nous-mêmes. Cependant il est nécessaire de noter que nos instincts primordiaux sont nettement anesthésiés dans notre société où l’opulence fait taire pour beaucoup celui de la survie, bien que l’animalité qui se terre en chacun de nous s’exprime toujours sous des formes diverses, maquillées le plus souvent par nécessité. Rentrons dans une conception freudienne, sans pour autant trop m’y avancer, l’instinct serait influencé par le surmoi, en quelque sorte, et par le préconscient.

Donc l’instinct, indissécable de notre condition d’être humain, veille à la conservation de l’espèce (survie) et à son expansion (sexuelle). Il ne serait pas de trop de dire que, en gardant un certain recul, à la lumière des faits, nous sommes soumis à lui et qu’il agit sur nous à sa manière, nous prédéterminant ainsi à certaines passions et émotions, tout contexte restitué, dans un but précis. Ceci est biologique, nullement métaphysique, je le souligne, car je ne saurai que trop être indigné à l’idée d’être catégorisé parmi les métaphysiciens par une espèce de dialectisation de mes propos.

Je vais également m’aventurer sur un domaine que je ne connais que peu, mais qui me semble indispensable en l’occurrence pour étayer mon étude : les avancées scientifiques en neuroscience.

Nous entrons là dans le domaine de la neurochimie inhérente à notre cerveau. De ce qui suivra dans ce domaine, il ne s’agit pas d’établir une thèse scientifique, mais de dépeindre des arguments favorables au déterminisme lié à ces fameuses contraintes intérieures dont il est présentement question. Mes connaissances en la matière, je le rappelle, sont restreintes, et ne sauraient donc se substituer à de véritables ouvrages qui traitent de la neuroscience cognitive. Avertissement effectué, je puis continuer mon développement.

L’humeur est donc affectée par la neurochimie de notre cerveau, et plus particulièrement par la sérotonine qui est entre autre un neurotransmetteur. Cette molécule aurait une influence sur l’état émotionnel, donc l’humeur, dans les deux sens. Comprendre : chimiquement et psychologiquement. Ce qui peut se traduire par une interconnexion psychosomatique et somatopsychologique.

Sans entrer plus en profondeur dans le vif du sujet, il est donc imputable à la chimie de notre cerveau, facteur interne tout comme la psyché en constitue un autre, une palette de réactions comportementales et cognitives, plus ou moins prédéterminées3 d’après les assemblages moléculaires. La sérotonine serait particulièrement déterminante dans la dépression.

Nos émotions sont également constituées d’après de tels assemblages chimiques, évidemment selon une série de déterminations précise que je ne saurais malheureusement énumérer ici-même et qui interfère sur d’autres aspects. Tout cela relève d’une science et ce que je me propose de disputer dans cet essai n’implique pas que je développe plus avant toute cette problématique.

Néanmoins, les lumières émises au-dessus nous démontrent aisément que nous sommes soumis à des réactions qui dépassent notre volonté propre, et que nous ignorons totalement.

Le plus souvent, nous n’avons pas conscience de nos contraintes intérieures, et c’est par ces mots que je conclurai ce sous-chapitre.

 

II. Contraintes extérieures

Ici j’aborderai les éléments externes qui peuvent influer sur nos actions, notre fonctionnement, notre réflexion, bref sur tout ce qui constitue notre être.

Le thème principal se trouve être l’environnement, qui d’après moi est une constante indissociable de la psychologie humaine, ce que Freud a plus ou moins occulté dans ses travaux. Je ne vais bien sûr point procéder à une critique de ce dernier, je n’en ai ni l’envie ni les moyens, et ce n’est pas dans mon intérêt de remettre en cause les découvertes fondamentales de ce monsieur, que je ne présente pas. Je préfère être circonspect, qualité qui me semble indispensable.

Je m’efforcerai de présenter diverses causes environnementales qui ont une influence directe (ou très proche) sur notre comportement.

Tout d’abord, la principale cause qui nous détermine, et ce indépendamment de notre volonté et de notre liberté, tenons-le pour dit, est notre naissance. Qui prétendrait le contraire ? Naître dans un milieu privilégié ou dans la misère, de parents intellectuellement épanouis, conscients d’eux-mêmes ou limités, l’éducation reçue, les événements extérieurs tels que décès d’un proche, violences physiques, psychologiques, les valeurs enseignées, la culture imprégnée, tout cela détermine un être humain, cependant de manière relative, et cette constatation est d’importance fondamentale, car je ne crois pas à un déterminisme fataliste qui impliquerait que dans les mêmes situations au détail près, deux personnes distinctes seraient semblables d’après leurs comportements en conséquence de ce déterminisme environnemental. D’une part car il s’agit de deux êtres foncièrement différents, ce qui implique qu’ils ont en eux-mêmes des (pré)déterminations étrangères à l’autre et vice-versa, et d’autre part car chacun réagit différemment face à une situation, ce qui peut d’ailleurs être directement lié au précédent point, les déterminations intérieures et tout ce qu’elles comportent.

Cependant, le mélange de ces deux facteurs déterministes, environnemental (dans la totalité de son acception, pas uniquement l’environnement parental, précisons-le) et intérieur, qui lui-même se décompose en facteur physiologique et psychologique, crée un déterminisme global, auquel nous sommes tous, d’après moi, soumis consciemment ou non, bien que celui-ci soit entièrement différent d’un individu à un autre. Je reviendrai sur cela plus tard.

Il y a donc l’environnement familial qui se trouve impliqué directement et de façon importante dans le processus de détermination de l’être. Plus extérieure encore, il me semble qu’une grande part se situe dans l’information qui lui sera imposée dès ses premières années. Cela est indépendant de toute volonté, si ce n’est celle des parents eux-mêmes qui, avec une limite évidente, peuvent minimiser certains impacts et inversement. De nos jours, le débit quasi-inaltérable d’informations soumises à un individu lambda vivant dans une société, mettons occidentale, pour parler d’expérience, est considérable. Tout cela est inévitablement réceptionné et traité par le cerveau, l’impact occasionné étant relatif selon chaque individu. Au XXIe siècle, de nombreuses institutions influent directement sur le développement infantile et continuent de le faire tout au long de la vie de notre vie. Les médias sont majoritairement responsables de cette influence, bonne ou mauvaise, qui détermine les êtres humains touchés par eux une forme spécifique de la pensée. Cette prééminence des médias au quotidien induit des lieux-communs, des préjugés et une certaine normalisation stricte de réactions face à tel ou tel aspect de la vie. Je me risquerai à dire que cet amour de nos ancêtres, de la sagesse des anciens, est une forme d’expression de cette détermination extérieure, puisqu’environnementale. Par le passé, certains peuples cultivaient uniquement les enseignements de leurs ancêtres au détriment de toute évolution, leur liberté était-elle synonyme de la notion qui convient au Libre-Arbitre ?

Bien évidemment, et je m’évertue à le répéter, tout est relatif. Ce qui fonctionne parfaitement bien dans une démonstration pourra en être tout à fait autrement dans une autre, je veux dire l’expérience du déterminisme est très compliquée puisque inhérente à nos vies tout en étant différent pour chacun d’entre nous !

Les préjugés peuvent être particulièrement utiles pour donner un exemple commun à tous. Par essence, le préjugé précède la réflexion, et souvent, celui qui s’en rend coupable, s’il réfléchit par ses propres moyens, se sentira honteux d’avoir avancé un tel propos par automatisme.

Là aussi, il y a matière à creuser, en psychologie les réponses automatiques constituent une partie importante de la psyché humaine. Toujours par déduction logique, et sans se risquer à une quelconque dialectique éristique, dont j’aimerais me prémunir au maximum, les automatismes sont prédéterminés tout en étant également déterminés par un contexte précis.

En effet, la liste est longue, et plus je creuse, plus d’éléments m’apparaissent comme une évidence dans la conception du déterminisme de la condition humaine, qui je le répète, est propre à chacun.

À la lumière de ce qui a été relevé précédemment, je conclurai ce paragraphe en disant que nous sommes tous, à notre façon, l’expression d’un univers unique, déterminé par des facteurs tant externes qu’internes.

 

III. Développement et conclusion

Tout ce que j’ai énuméré et développé préalablement apporte une évidence : notre liberté est bien plus restreinte que nous ne voulons l’admettre.

Bien sûr, accepter d’être déterminé et d’avoir une liberté limitée de ce fait est une atteinte profonde à l’égo, et plus encore à l’amour propre. C’est, je pense, une blessure narcissique très importante, pour reprendre une formule freudienne. Il faut mettre de côté ses intérêts, et son rapport égocentré au monde, pour se concilier avec cette détermination qui nous constitue. Ce n’est pas une fatalité, contrairement à ce qui a pu être opposé à ce déterminisme par le passé, car comme je l’ai dit, nous jouissons malgré tout d’une liberté d’action, bien que restreinte, et d’une volonté qui peut nous soustraire à certaines prédéterminations.

Cependant, pour mettre fin à une superstition qui galvanise la pensée magique au détriment du rationalisme, resituons l’idée commune de chance. Un exemple pour les joueurs de loteries, lorsqu’un individu lambda tire un ticket d’un quelconque jeu, puis le gratte et gagne, ou à contrario, perd. Il s’exprimera soit qu’il a de la chance, soit qu’il n’en a pas, selon le cas. Pourquoi ? Parce que ce dernier voit devant lui, et non en arrière. Or, pour contextualiser le déterminisme, il faut penser à rebours. Il a gagné ou perdu parce que certains événements l’ont poussé à aller s’acheter son billet à ce moment précis, et pour une raison intérieure, il a tiré celui de gauche plutôt que celui de droite. Peu avant, un autre joueur avait fait de même. De ce fait, par certaines déterminations indépendantes de sa volonté, il lui a fallu acquérir celui-ci (puisque les autres avaient déjà été tirés), et en conséquence le résultat qui s’impose : gain ou perte.

Néanmoins, je reste persuadé que d’une manière ou d’une autre, nous pouvons, en y réfléchissant préalablement, influencer sur le déterminisme des choses, et celui des êtres, de par sa volonté propre, sans pour autant nécessairement en deviner toutes les conséquences liées.

Tout cela est bien évidemment de l’ordre de la supposition.

Pour conclure, sans trop m’étendre futilement, je dirais que pour ma part, et d’après les analyses qui précèdent, la notion de Libre-Arbitre est non-avenue dans son acception citée au début de cet essai et que nous sommes au contraire, comme le disait déjà Einstein, déterminés par des contraintes internes et externes, ce qui n’exclut pas pour autant une forme restreinte de liberté, un champ d’action spécifique sur lequel nous avons le pouvoir d’influer.

Je me rappelle, avant de mettre fin à cette étude, qu’un oracle répondait au protagoniste d’une épopée fantastique, ce dernier lui ayant précédemment demandé pourquoi il était là s’il ne pouvait changer ses choix, prédéterminés, qu’il était justement venu non pour les transformer, chose impossible, mais les comprendre… Ce qui, je l’espère, laissera le lecteur sur sa faim et lui donnera l’envie de réfléchir à cette question, que sommairement étudiée par mes soins.

 

1 « Vocabulaire technique et critique de la philosophie », Paris, 2010 p. 558, art. Liberté, F : libero arbitrio

2 « Vocabulaire technique et critique de la philosophie », Paris, 2010 p. 221, art. Déterminisme

3 Sous réserve de confirmation scientifique.

11:27 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : liberté, critique, déterminisme, philosophie, pensée |  Facebook | | | |