09/08/2012

La fugue des chiens fous

Suite de mes entretiens avec le journaliste Pascal Décaillet, aujourd'hui en plein dans l'actualité politique de la Ville de Genève, 09.08.12 15h16

 

PaD – Malgré ma grande sympathie (qui lui demeure acquise) pour la candidature de Jean-Marc Froidevaux, je dois avouer que l’obstination d’Olivier Fiumelli à se maintenir, ne pas se laisser faire, force le respect. Il montre qu’il a très envie: pour un candidat, c’est une vertu cardinale.

 

GB – Oui, il a un sacré mérite, et je suis l'évolution de sa candidature avec beaucoup d'assiduité. Tenez, il ne s'est jamais laissé démonter, quand bien même son parti l'a désavoué en l'ignorant totalement. D'ailleurs, sa persévérance pourrait bien payer, puisqu'il a déjeuné avec Pierre Maudet. Ce dernier a peut-être revu sa position quant à une candidature unique de l'Entente. Fiumelli pourrait-il remporter l'élection, d'après vous ?

 

PaD – Je n’en sais rien. Je n’ai aucune idée de l’issue de cette élection, nous en sommes encore trop loin. Mais les deux candidats PLR me plaisent. Les deux montrent une puissante envie d’aller au combat, ça fait plaisir à voir. Aucun des deux ne se laisse décourager. En politique il faut non seulement avoir envie d’être élu, mais aussi envie d’être candidat.

 

GB – Tout l'intérêt d'Olivier Fiumelli et de Jean-Marc Froidevaux réside dans l'éventualité de mettre en échec la stratégie mise en place par les appareils politiques du PDC et du PLR. Arriveront-ils à convaincre les leurs ? Si le déjeuner de Fiumelli et Maudet a fait changer d'avis le nouveau conseiller d'État, les jeux ne sont pas encore terminés.

 

PaD – J’espère, pour M. Fiumelli, que la cuillère, lors de ce repas que vous mentionnez, était assez longue. Il est des commensaux dont il faut diablement se méfier. Ce qui est extraordinaire, avec ce duo de candidats têtus qui se maintiennent contre vents et marées, c’est qu’ils agissent, comme vous le relevez, contre les préceptes et consignes de leur propre formation. Laquelle roule pour le candidat d’un autre parti ! Surréaliste. Sacrés personnalités, ces Froidevaux et Fiumelli: des têtes de lard ! Donc, exactement ce qu’il faut pour siéger, seul de droite, face à quatre de gauche. Ils ont le profil !

 

GB – Oui, il faut des personnalités fortes pour siéger à quatre contre un, c'est sûr ! Et je trouve très bien que ces deux-là s'opposent à cette politique de manigances. Raisonnablement, nous pouvons estimer que le PDC a le droit de prétendre au siège. Mais ces combines, dans l'ombre et cachées des électeurs, m'exaspèrent. Je discutais avec Froidevaux, il y a peu, et nous partageons une même vision : c'est à l'électeur, et à lui seul, de désigner qui le représente. Non l'inverse. C'est ça, non, la démocratie ?

 

PaD – Ah bon, il y a un candidat PDC, en plus ? Je m’y perds ! Mais le poste laissé vacant, celui de Pierre Maudet, était bien un poste PLR, non ? L’un des rares dont ce parti dispose encore dans l’exécutif d’une grande ville suisse.

 

GB – Il y a deux candidats PDC : Guillaume Barazzone, qui abandonnera si le PLR ne soutient pas sa candidature, et Alain de Kalbermatten, qui sera présent pour porter les couleurs de son parti si le PLR renonce à sa promesse – dont il ne faut pas parler – et qu'il envoie l'un de ses deux prétendants. Compliqué ! En tout cas, si le PLR cède son siège, il risque d'en perdre un second lors des élections cantonales de 2013. Au profit, peut-être, d'un deuxième PDC. Je verrais bien Serge Dal Busco et Luc Barthassat au Conseil d'État. Rochat ne repassera pas, de toute façon. Et le PLR, survivra-t-il ?

 

PaD – Ah bon, il y aurait eu des promesses ? Je n’en reviens pas ! Ca change évidemment tout, parce que les promesses, en politique, sont toujours respectés à la lettre, c’est bien connu. Quel que soit le commensal. Et quelle que soit la longueur de la cuillère. Dans ces conditions je serais reconnaissant à MM Froidevaux et Fiumelli de bien vouloir retirer, séance tenante, leurs candidatures. Et venir demander pardon. Comme des chiens fous. Qui, après une courte fugue, retournent vers le collier du Maître.

GB – Oui, il y a eu des promesses, c'est un fait, que certains ne veulent pas reconnaître. Parce qu'au fond, les promesses n'engagent que ceux qui y croient. J'aime les chiens fous, les personnes imprévisibles, et c'est pourquoi je suis satisfait de voir des candidats à contre-courant comme MM. Froidevaux et Fiumelli. S'ils peuvent, par leur action, scier les dents longues d'un certain personnage, ma joie n'en serait que plus grande. À bon entendeur, et que le meilleur gagne !

 

Grégoire Barbey + Pascal Décaillet

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07/08/2012

Une fusion libérale aux conséquences radicales

 

Chronique 06.08.12 14h13

 

Au début des années 2000, certains s'en souviennent sûrement, le Parti Radical genevois manquait de disparaître, avant d'être repris par François Longchamp puis Pierre Maudet, tous deux actuels conseillers d'État dans la République et Canton de Genève. Puis vint, il y a plus d'un an, la fusion entre les Libéraux et les Radicaux, qui ne fut pas de tout repos au sein de la Cité de Calvin, sachant que les rapports de forces opposant les deux partis étaient diamétralement inversés par rapport à la configuration fédérale. Ainsi, Les Libéraux étaient majoritaires au bout du Lac Léman, ce qui était loin d'être le cas dans le reste du pays.

 

Aujourd'hui devenu le Parti Libéral-Radical, nombreux sont celles et ceux qui clament la réconciliation entre les deux formations fusionnées, arguant volontiers qu'il n'y a plus lieu de confronter les identités politiques propres à chacune. Mais ce discours fédérateur ne fait pas nécessairement consensus pour quelques personnalités, principalement ex-libérales. Pourquoi ? Tout d'abord, une incompatibilité philosophique de taille : pour les tenants de la pensée Radicale, l'État se doit d'être présent, et assurer des responsabilités spécifiques, tandis que les Libéraux sont au contraire pour un État plus discret, dont l'ingérence au sein de la sphère privée et des décisions individuelles soit réduite au maximum.

 

Il y a peu encore, deux des sept sièges du Gouvernement cantonal étaient occupés par des Libéraux – Mark Muller et Isabel Rochat – alors qu'un seul était aux mains des Radicaux, tenu par François Longchamp. Depuis la fusion, les choses ont changé radicalement. Mark Muller, nul ne l'ignore, a quitté son poste le 29 février dernier, suite à de nombreux scandales qui ont éclaté à son encontre, dont la désormais célèbre affaire du « Moulin à Danses ». Lui-même affirme avoir été trahi par ses propres collègues de parti, dont deux d'entre eux lui auraient sciemment savonné la planche, et à dessein. Le 17 juin, Pierre Maudet, ancien Président du Parti Radical genevois, a été élu au poste de Conseiller d'État pour remplacer son prédécesseur Libéral.

 

Au fond, pour un observateur politique, cette situation a quelque chose d'extraordinaire, tant la stratégie qui a prévalu après la fusion a véritablement transformé les rapports de forces, avec en prime une communication basée sur une désinformation totale. Qui n'a pas lu, vu ou entendu l'un des pontes du Parti Libéral-Radical affirmant que tout allait bien au sein de la nouvelle formation ? Personne qui ne soit un tant soit peu informé du contexte politique genevois. Et les quelques dissidents au sein du parti qui ont osé s'exprimer contre cette hypocrisie se sont vus outrageusement marginalisés par les leurs. Noyer le poisson en espérant que les vagues cesseront avec le temps. Cette attitude est malheureusement révélatrice d'une incapacité à faire face aux questions que soulève cette unification, et cette volonté de taire à tout prix les luttes intestines qui se déroulent au sein du parti n'est pas pour arranger les choses.

 

Surtout qu'il y aura, dans quelques mois, les élections cantonales, qui verront les trois postes détenus par le Parti Libéral-Radical remis au concours. Sans trop s'exposer, il est possible de voir les conseillers d'État sortants Pierre Maudet et François Longchamp réélus sans trop de difficulté. Mais qu'en est-il d'Isabel Rochat, désavouée par ses paires, et reléguée à un autre poste ? Si celle-ci décide, avec l'approbation de son parti, de se représenter pour une nouvelle magistrature, convaincra-t-elle les électrices et les électeurs malgré le signal fort qui leur a été envoyé ? Il est permis d'en douter. Dans le cas où Rochat n'est plus candidate, quel autre membre du Parti Libéral-Radical serait susceptible de lui succéder ? Il y aurait bien, a priori, un ou deux noms pour y prétendre, mais ceux-ci ne sont pas issus des rangs de l'ancien Parti Libéral.

 

Dès lors, que se passera-t-il s'il devait y avoir un troisième Radical placé au Gouvernement ? Oh, quelques convaincus de la fusion ne manqueront pas de me faire savoir que mon analyse est erronée, m'affirmant que tout va bien dans le meilleur des mondes. Mais ça, je n'y crois guère. Car l'identité, au sein de ces deux formations, est importante. Et nul ne peut se résoudre à l'idée de voir les siens mis sur le banc de touche en toute impunité. Et pire encore, si le parti devait perdre son troisième siège au Conseil d'État, au profit par exemple d'une formation politique comme le Mouvement Citoyen Genevois, quelles seront les conséquences à moyen terme pour le Canton et également pour la pérennité du Parti Libéral-Radical ?

 

Toutes ces questions, soigneusement étouffées dans la presse, méritent d'être posées et, si possible, de trouver quelques réponses valables, sans mentir ni distraire. Ce qui est certain, c'est qu'en terme de stratégie politique, il aurait été difficile de faire mieux pour renverser les rapports de forces qui prévalaient avant la fusion, tout en gardant, en apparence, un semblant de cohésion. Mais il y a longtemps que je ne crois plus aux miracles, et ces manigances ne seront pas tolérées par tout le monde, et même les plus obtus finiront pas se rendre à l'évidence : il y a un problème.

 

Grégoire Barbey

 

 

10:12 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : analyse, problématique, fusion, plr, maudet, longchamp, rochat, aellen, dissidence, parti |  Facebook | | | |

05/08/2012

Des manipulations politiques en Ville de Genève

 

Chronique 03.08.12 15h27

 

Les médias, ces derniers temps, n'ont pas pratiqué l'analyse politique avec le même engouement que lors de la candidature de Pierre Maudet à l'élection partielle au Conseil d'État. Et pourtant, si cette nouvelle élection partielle, cette fois-ci dans le but de pourvoir le siège laissé vacant par le nouveau Ministre de la Sécurité, ne concerne que la Ville de Genève, elle n'en est pas moins cruciale. Genève est la première ville de Suisse romande, et la seconde au niveau fédéral. Comme le dit si bien Jean-Marc Froidevaux sur son profil Facebook, l'objectif d'un parti, quel qu'il soit, est de gouverner. C'est par essence sa raison d'être. Quel message instille à ses sympathisants et militants le parti Libéral-Radical en renonçant à partir à la conquête d'une place stratégique pour faire opposition à une gauche toute puissante ? Qu'au fond, se battre est vain ? Un signal qui pourrait être mal interprété au sein de la base.

 

Extrapolons quelque peu. Il y a l'année prochaine le Gouvernement cantonal à réélire. Le PLR a actuellement trois sièges, mais peut-on affirmer qu'il les conservera tous ? Eu égard à ses derniers résultats électoraux, en-dehors de celui de Pierre Maudet pour le Conseil d'État, nous pouvons légitimement en douter. Acceptera-t-il de sacrifier deux places sans plus de bataille ? Alors, qu'un certain personnage, fort de son statut de « prodige politique », ait manigancé quelques stratégies obscures en promettant à plusieurs personnes la place qui n'était d'ailleurs même pas au concours à l'époque où il mit en place son jeu, cela ne doit pas pour autant occulter la réalité politique, celle des rapports de force. Céder à des stratagèmes aussi crapuleux, irrespectueux des gens qui font vivre le parti, non pas celles et ceux qui en tiennent les rennes, et veulent se placer sur d'importants sièges, comme l'a récemment dévoilé Cyril Aellen à la presse, n'est pas digne d'un parti qui occupe actuellement la première place au sein du Gouvernement.

 

Ces manipulations, qui sont le fait de quelques-uns qui pensent être les meilleurs à même de choisir pour les autres, sont passées de date. Aujourd'hui, la politique doit être transparente. L'opacité de certains ne puis demeurer davantage. Et qu'untel veuille écarter ses rivaux pour son dessin de siéger au sein du Conseil Fédéral, ne doit aucunement influencer négativement l'ensemble d'une politique cantonale. Je me demande donc pourquoi des journaux comme la Tribune de Genève, si prompte à esquisser de longues analyses et autres éditoriaux sur la candidature de Pierre Maudet au Conseil d'État, font la sourde oreille concernant la conjoncture actuelle en Ville de Genève, et ne consacrent pas davantage d'articles sur les manigances de ces « grands pontes » du PLR, qui croient, du haut de leur tour d'ivoire, décider. Gouverner, ce n'est pas ça, et je les renvoie donc à Machiavel, qu'ils ont lu bien avant moi. Il faut choisir. Méprisez la base, mesdames et messieurs, et celle-ci finira par vous envoyer la facture. Dès lors, il ne faudra pas se plaindre. Pour ma part, je soutiens la candidature de Jean-Marc Froidevaux, qui a le mérite de poser le doigt là où ça fait mal. Et rien que pour ça, les médias devraient en parler.

 

 

Grégoire Barbey

11:45 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : jean-marc froidevaux, politique, plr, maudet, aellen, analyse, tribune de genève |  Facebook | | | |

19/07/2012

À Genève, les politiciens n'aiment pas les kebabs

 

Chronique, 19.07.12 21h25

 

Il y a, actuellement, une polémique concernant les drapeaux qui sont exposés sur le pont du Mont-Blanc. En effet, ceux-ci représentent des visuels de « Döner Kebab », réalisés par un artiste qui a remporté le concours annuel du Quartier des Bains, ce qui ne semble pas être du goût de tous au sein de notre bonne vieille ville de Genève. À tel point qu'Alain de Kalbermatten, sur son profil Facebook, nomme cette affaire le « kebabgate ». Veut-il, en qualifiant ce travail artistique d'insignifiant, faire changer d'avis les pontes du PLR pour l'élection complémentaire au Conseil administratif qui ne le trouvaient pas suffisamment à droite ? C'est une éventualité.

 

Il est néanmoins évident que cette exposition ne mérite pas un tel engouement de la part de nos politiciens, qui auraient meilleur temps de régler des problèmes beaucoup plus urgents, notamment en matière de logement ou de mobilité. L'été oblige, la chaleur monte vite à la tête. Mais quand même, en arriver-là pour si peu, c'est affligeant.

 

De surcroît, si les drapeaux avaient représenté une cuisine qui ne provienne pas du Moyen-Orient, nous n'aurions sûrement pas eu à subir cette vague de discours plus creux les uns des autres. Ni tomber sur des publications de la sorte sur les réseaux sociaux. Bref, une saisissante histoire de caniveau, qui démontre une fois de plus les intérêts qui poussent nos représentants à s'émouvoir. Rien de nouveau sous le soleil, en somme. Ou alors, si, quelques drapeaux, qui ne resteront pas longtemps dans la mémoire des automobilistes trop occupés à s'énerver dans les bouchons interminables du pont du Mont-Blanc, point névralgique de l'immobilité genevoise.

 

 

Grégoire Barbey

 

 

Kalbermatten.PNG

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18/06/2012

L'après 17 juin en Ville de Genève

 

Chronique, 18.06.12 15h00

 

Au lendemain du résultat des votations cantonales et fédérales ainsi que l'élection partielle au Conseil d'État, l'heure est aux analyses. Pierre Maudet, ex-Maire et actuel conseiller administratif en Ville de Genève (PLR) s'est vu élire haut la main avec 39,8% des voix, soit plus de 40'000 bulletins, devançant ses deux principaux adversaires, la candidate socialiste Anne Emery-Torracinta et le tribun du Mouvement citoyen genevois Éric Stauffer avec plus de douze points.

 

Pierre Maudet, une victoire inespérée

 

Alors qu'à gauche comme à droite, un large consensus voyait Mme Emery-Torracinta remporter l'élection partielle sans trop de difficultés, Pierre Maudet a littéralement renversé les pronostics et démontré qu'en politique, l'arithmétique n'est certainement pas un indicateur fiable sur lequel se reposer grassement. Avec près de 40% des suffrages, nul ne pourra contester la légitimité de son élection, qui le place au sein du Gouvernement cantonal à l'âge de 34 ans, une première historique pour le pays. Un succès que l'intéressé n'est pas près d'oublier. Cependant, celui-ci ne peut se permettre de se reposer sur sa réussite et doit désormais faire preuve de célérité afin d'arriver à convaincre son électorat de la justesse de son choix : seuls 16 mois lui permettront de faire ses preuves en tant que conseiller d'État avant de rentrer à nouveau en campagne pour conserver son siège. Le Peuple sera amené fin 2013 à restructurer l'actuel Gouvernement, et de nouvelles têtes pourraient surgir pour redonner de l'espoir aux citoyennes et citoyens genevois.

 

Le parti Socialiste, une « erreur de casting » ?

 

Nombreux sont celles et ceux qui, dès la désignation d'Anne Emery-Torracinta par son parti lors de l'Assemblée Générale qui l'opposait au conseiller national Manuel Tornare, parlaient d'une « erreur de casting ». Inconnue du grand public, elle n'en restait pas moins une candidate crédible et compétente pour occuper un poste de magistrat à l'exécutif cantonal. Mais, peut-être par excès de confiance, la gauche a pêché, et n'a pas su réunir son électorat, laissant la favorite de cette élection avec un score relativement faible (28,4% des voix), talonnée de près par Éric Stauffer (27,6%). Quelles conclusions doit en tirer le parti socialiste et son jeune Président Romain de Sainte Marie ? La question est ouverte et se posera jusqu'aux prochaines élections, fin 2013. Néanmoins, ce revers magistral encaissé par la gauche ne sera pas facile à gommer. Donnée gagnante dès le début de la campagne, la député socialiste, pourtant reconnue pour son excellent travail, n'aura pas mobilisé les foules ni convaincu ses propres troupes. Les facteurs sont divers. À droite, quelques-uns pointent du doigt son discours, selon eux trop radicalisé pour son électorat centriste, qui a peut-être préféré Pierre Maudet, d'ailleurs vainqueur sur son propre territoire, en Ville de Genève, fief pourtant connu comme étant majoritairement à gauche, en témoigne le Conseil administratif de la commune en question. Désormais, l'alliance rose-verte n'a plus que seize mois pour tirer les conséquences de son cuisant échec et réussir à rassembler une gauche qui semble aujourd'hui peu encline à la réunification. Gageons qu'il y aura des surprises ces prochains temps !

 

Une partielle en Ville de Genève

 

Pierre Maudet élu, c'est une place à l'exécutif de la Ville de Genève qui se libère. L'élection partielle devrait s'achever le 14 octobre, cependant la Chancelière n'excluait pas un report au mois de novembre, la votation pour le projet de la nouvelle Constitution devant se tenir sans interférence. Pour remplacer la place laissée vacante par l'ancien Maire, quelques noms sont déjà sortis. Adrien Genecand, ancien libéral et conseiller municipal PLR, sera probablement opposé ce lundi 18 juin à son collègue et chef de groupe Olivier Fiumelli lors de l'Assemblée Générale de leur parti. D'autres candidats ne sont pas à exclure. Du côté du PDC, l'heure est aux comptes. Il est évident que sans l'Entente bourgeoise, Pierre Maudet n'aurait pas réuni suffisamment d'électeurs pour se voir accorder le siège de magistrat cantonal. Dès lors, le PDC peut légitimement réclamer sa part et parachuter un candidat. Son Assemblée Générale se tiendra ce mercredi 20 juin, tout comme celle du parti Vert'Libéral. D'autant qu'un accord semble s'être tenu entre le PDC et le PLR, pour le soutien du candidat Maudet à l'élection du Conseil d'État. Si celui-ci n'était pas respecté, quelles seraient les conséquences pour l'Entente ? Quant à l'union MCG-UDC, c'est visiblement Éric Bertinat qui représentera la droite populiste. La gauche, de son côté, a indiqué ne pas vouloir d'un exécutif mono-colore. Mais des bruits de couloir n'excluent pas qu'un candidat serait proposé si le PLR Olivier Fiumelli devait être plébiscité par son parti. À peine l'élection partielle au Gouvernement cantonal terminée, les rapports de force se restructurent déjà pour une nouvelle campagne, tout autant stratégique, puisqu'elle donnera deux ans et demi de législature à celle ou celui qui sera élu l'automne prochain.

 

Grégoire Barbey

15:38 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : ville de genève, élection, partielle, campagne, plr, maudet, torracinta, stauffer |  Facebook | | | |

07/06/2012

Les médias genevois, organe de propagande politique ?

 

Chronique, 07.06.12 10h24

 

L'élection partielle pour le Conseil d'État de la République et Canton de Genève est très instructive, pour plusieurs raisons. Il y a, dans cette course électorale, un facteur qui ne peut passer inaperçu plus longtemps : l'inceste entre le rôle du politique et du journaliste. En effet, ça n'aura échappé à personne, plusieurs journaux ont décidé de soutenir, au moins officieusement, un candidat précis. À cela, ma première objection sera d'ordre déontologique. Les médias ont une mission, et pas des moindres. Ils représentent le contre-pouvoir, et ne devrait en aucun cas s'allier avec quiconque dans la sphère politique. Au risque de sombrer dans un schéma politico-médiatique comme celui de nos voisins français qui, à n'en pas douter, ne plairait guère aux citoyennes et citoyens suisses qui n'ont déjà plus confiance en la fonction politique. Pourtant, nous nous rapprochons de cette fatalité à grands pas. C'est ce qui me pousse à rédiger ces lignes qui apparaîtront peut-être vitriolées à l'encontre de deux professions que je respecte et j'admire. Qu'importe.

 

Le troisième pouvoir est incarné par la communication. Le journalisme est un métier difficile, car celui qui l'exerce doit se méfier de lui-même, mais également de l'interprétation qui pourra être faite de son travail. Actuellement, celles et ceux qui assument cette tâche semblent, à l'égard du monde politique, l'avoir oublié. Et ce n'est pas faute d'avoir tenté de leur offrir le bénéfice du doute ! Quand un journal comme l'Hebdo décide ouvertement de soutenir le candidat du pouvoir en place, à savoir Pierre Maudet, je ne puis m'empêcher de soupirer. Certes, c'est un média privé. Et alors ? La déontologie est-elle soumise à une hiérarchie entre le domaine public et privé ? Non, je ne le crois pas. Anne Emery-Torracinta, lorsqu'elle a également été interviewée par un journaliste de l'Hebdo, a souhaité savoir si celui-ci avait suffisamment de matière pour rédiger six pages, comme cela avait été précédemment fait pour le candidat PLR. À cela, il a rétorqué que le journal avait officiellement décidé de soutenir Maudet et qu'elle n'aurait donc pas droit au même traitement.

 

Une telle démarche, noble ou non, ce n'est après tout qu'une question de point de vue, m'apparaît dangereuse et pis encore, malsaine. Finalement, à quoi cela sert d'exercer un métier dans l'information si c'est pour être à la solde d'un pouvoir ? Je ne vois aucune raison valable de s'en prévaloir. Et d'en être satisfait. De nombreuses études, toutes plus intéressantes les unes que les autres, ont été menées à l'égard des médias. Notamment, pour ne parler que de lui, l'éminent professeur Noam Chomsky, qui a publié un ouvrage que je recommande à tous mes lecteurs : « La fabrication du consentement ». Une analyse qui pourra sembler de prime abord indigeste, mais qui est tout simplement nécessaire pour comprendre les enjeux et le fonctionnement de l'information. Le candidat Pirate, Alexis Roussel, tente d'ailleurs d'apporter au sein du débat public la question qui, dans une ère nouvelle où règne la communication, s'impose : comment maîtriser notre avancée dans le monde de l'information et de l'internet ? Dommage qu'il ne soit pas pris au sérieux par les messieurs-dames qui organisent les débats dans divers médias que je ne citerai pas.

 

Il y a encore Bourdieu, qui a rédigé un petit ouvrage sur la télévision, mettant en exergue les différents intérêts qui s'affrontent dans le domaine, le tout sous la loupe d'une analyse sociologique. Bref, il ne manque pas d'auteurs de qualité pour s'informer de cet univers. Et pour en comprendre les nombreux aspects qui s'entrechoquent. Il suffit d'avoir l'envie et la curiosité de s'intéresser à cela. Il faut impérativement saisir l'importance de tenir les médias à l'écart des politiciens. Sinon ces derniers finissent par en user au gré de leurs besoins électoraux, et la machine ne fonctionne plus. Dès lors, nous nous retrouvons avec des articles de piètre qualité, souvent orientés. Mais il ne faut pas le dire. Sous peine d'être perçu comme un vil paranoïaque qui voit des complots partout. Ce n'est pas vrai. Il ne s'agit pas d'imaginer des théories rocambolesques. Non, seulement de percevoir les blocages, là où ils sont.

 

Enfin, il ne faut pas trop s'exaspérer face à cette tendance qui se démocratise gentiment dans divers rédactions. C'était couru d'avance. L'évidence même. Il serait peut-être temps de concevoir, pour informer les citoyennes et les citoyens, une parade. Par exemple en proposant la création d'un organe fédéral de communication, une chaîne de télévision nationale ne traitant que de politique, comme l'a très justement suggéré William K. Rappard. Bien évidemment, sans aucune partialité, pour que le jeu en vaille la chandelle. Offrir une information de qualité, qui puisse mettre à jour l'ensemble des enjeux de telle ou telle élection/votation. En bref, de jouer le rôle de médiateur entre les intérêts politiques et ceux des électeurs et des électrices. Ce que devrait déjà faire nos médias actuels. Encore une fois, il faut avoir confiance en la capacité de certains à ne pas se laisser corrompre. Ce qui n'est pas une chose aisée dans le système actuel. L'information se doit d'être impartiale, à défaut d'être objective. Au moins par déontologie. Mais n'en demandons pas trop.

 

Grégoire Barbey

 

 

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21/05/2012

Une campagne lobbyiste

 

Analyse, 21.05.12 13h22

 

Si Pierre Maudet n'est l'homme d'aucun lobby, comme il le prétendait au lancement de sa campagne, il en a néanmoins l'attitude. En effet, son slogan a investi toutes les plate-formes imaginables. Des affiches à la vidéo diffusée par les télévisions se situant dans les véhicules et autres trams TPG, rien n'est laissé au hasard. Un vrai lobbyisme, ni plus ni moins. Le prix de cette mascarade ? En tout cas 300'000 francs, d'après mes sources. Et ce n'est pas encore terminé, puisqu'il reste quatre semaines avant la fin des votations. Heureusement qu'il y a derrière « l'homme de l'action responsable », un parti au porte-monnaie pour le moins rempli. Si Monsieur Maudet veut dissocier son image du PLR, il lui faudrait commencer par renoncer au financement de sa campagne par son propre parti.

 

Mais nous savons bien que cela est impossible. Pierre Maudet est donc bien l'homme du PLR, n'en déplaise à son Comité de campagne qui fait des pieds et des mains pour éviter l'amalgame.

 

Grégoire Barbey

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19/05/2012

Le 17 juin, opportunité d'un vote anti-PLR

 

Analyse, 19.05.12 16h00

 

Le 17 juin prochain, lors de l'élection pour le poste vacant au Conseil d'État, il s'agira non seulement d'un vote important, car il faut remplacer un magistrat au sein de notre gouvernement cantonal, mais aussi d'un message adressé aux instances politiques par le Peuple au travers des urnes. Il sera donc primordial de faire le meilleur choix pour Genève, tout en gardant à l'esprit les récents événements qui ont défrayé la chronique.

 

Notamment les frasques du Parti Libéral-Radical, qui a multiplié sur les terres genevoises d'innombrables erreurs qui ont eu des résultats catastrophiques pour l'ensemble de la population. Ce parti, première force politique de notre Canton, doit aujourd'hui payer l'addition, certes salée, de ces derniers mois. Entre Mark Muller, qui a perdu de par son attitude inqualifiable son poste au DCTI, et François Longchamp qui s'est empressé de mettre la main sur le département de son collègue afin, probablement, d'y faire le ménage, le constat est plutôt lugubre.

 

Tout comme nos voisins français, qui ont le 6 mai dernier fait le choix de ne pas réélire le Président sortant Nicolas Sarkozy, il va falloir donner le ton au PLR, dont l'arrogance n'a eu de cesse de s'illustrer bien tristement par des choix et des comportements indignes d'un parti de sa trempe. Rappelons qu'ils ont déjà perdu leur troisième siège au sein du Conseil national lors des votations du mois de novembre passé. Non content de cet échec cuisant, les membres du PLR ont continué la débandade. Trop, c'est trop. Et le Peuple n'est pas dupe. Dès lors, le 17 juin, il s'agira d'un vote anti-PLR, qui s'illustrera par la nomination, probable, de la candidate Anne Emery-Torracinta, favorite de cette élection. Mais ce n'est pas tout.

 

En aucun cas François Longchamp ne doit conserver le poste du DCTI, ce n'est pas acceptable. Il est, plus que jamais, l'heure des comptes. À force d'entasser des cadavres dans ses placards, le PLR a perdu sa légitimité au sein de notre gouvernement, ainsi que sa crédibilité. Je ne doute pas que le moment venu, l'arrogance et les déboires de ceux qui le composent seront justement taxés par la décision du Peuple souverain. Et tant mieux, car ça ne peut plus durer.

 

Grégoire Barbey

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12/05/2012

Pierrot le futé

 

Critique, 12.05.12 18h47

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Pierrot a lancé son pavé dans la mare cette semaine en publiant un petit opuscule de 47 pages nommé « Une certaine idée de Genève ». Sur la première et quatrième de couverture, deux dessins de son fils Guillaume Maudet, datés du mois de mai. La présentation est simple, lisible et efficace. Petit point noir néanmoins : les citations, en caractères gras, qui, même si elles aèrent le texte et améliorent donc sa lisibilité, sont vraiment inutiles voire redondantes. À défaut d'avoir de véritables idées, cet ouvrage joue la surenchère. Rajoutons, de surcroît, la stratégie désormais connue du candidat à l'élection partielle du 17 juin prochain : dissocier sa candidature des couleurs partisanes qu'il porte. Effectivement, sa « certaine idée de Genève » ne contient pas une seule phrase qui permette de lier son auteur, Pierre Maudet, au Parti Libéral-Radical, dont il représente pourtant la force politique en tant que candidat et membre de ce même parti.

 

Dès lors, Pierrot compte gommer l'aspect délicat de sa participation à cette élection en tant que représentant du même parti responsable de la perte de ce siège, en raison de la démission de son collègue Mark Muller (qui apparaît une fois dans son livre, sans qu'il relève néanmoins son appartenance ni sa proximité avec lui-même). Il veut ainsi s'extraire des casseroles qu'accumulent le PLR-GE depuis quelques mois. Depuis sa fusion, en fait. Certes, la stratégie est logique, d'autant plus que Pierrot, la manipulation, ça semble être son jeu favori ! Rappelons, à cet effet, sa tentative électoraliste d'il y a seulement quelques jours de condamner avec force et menace de plainte l'abattage de quelques arbres, avant de découvrir que c'était... son propre département qui en avait donné l'ordre ! Dommage, les écolos amoureux des arbres ne se seront pas faire prendre, cette fois.

 

Bref, j'en reviens à ce qui nous intéresse : son bouquin. Concrètement, y distille-t-il véritablement l'esquisse d'une « certaine idée de Genève » ? Mezzo. Sur près de cinquante pages, Pierrot s'enorgueillit d'un simple constat, nous faisant par exemple remarquer qu'aujourd'hui les individus sont amenés à changer plusieurs fois de profession, ce qui n'était pas le cas il y a trente ans. Chapeau l'artiste ! Mais ça, nous le savions déjà...

 

« Passer de la parole aux actes, voilà ma conception de la politique. » D'accord, nous prenons note. Toutefois, si les actes seront la suite logique des paroles énumérées dans ce livret électoral, les Genevoises et les Genevois (sic) attendront encore longtemps. À part les fonctionnaires qui « aiment leur métier et seront d'accord de fournir cet effort dans l'intérêt public », à savoir endosser des temps de travail augmentés et une retraite repoussée. C'est sûr, ils en meurent d'envie, je les entends déjà se presser à l'Hôtel-de-Ville pour s'agenouiller face à leur nouveau maître, le Maire Pierre Maudet. Congratulations ! Cependant, Pierrot a peut-être oublié une réalité dans le monde du fonctionnariat : no stress. Un État se gère comme une entreprise. Augmenter les heures de travail n'aura aucun effet sur le rendement ou la productivité des employés. Par contre, au niveau de la masse salariale, ça fera un nouveau trou budgétaire. Tout ça pour quoi ? Au final, très peu. Et selon Murat Julian Alder, son porte-parole, par principe d'égalité entre le secteur privé et public. Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d'alu ? De grâce, un peu de bon sens...

 

« Plutôt que de prendre l'argent que les gens gagnent, taxons les marchandises et les flux. » Il ne se fera pas des amis chez les libéraux, pour le coup ! Éventuellement, nous pourrions aussi lui reprocher son attitude puérile à l'égard de la gauche, qu'il attaque à au moins deux reprises dans son carnet, les affublant des lieux communs les plus répandus au sein de la politique. Sinon, parlons idées ? Je cherche, encore et toujours. Il y a du contenu, mais il n'y a pas de véritables innovations. C'est un pamphlet électoraliste, que je salue néanmoins pour le travail fourni, mais qui n'a d'intérêt que pour convaincre des crédules ou des indécis. Pierrot n'ignore pas que la lecture prolongée amenuise l'esprit critique. Il espère ainsi, par sa prose propagandiste (qui, je devais quand même le relever, manque cruellement de fluidité et de style), faire adhérer celles et ceux qui le liront. Pour cela, les dessins de Guillaume Maudet achèveront le lecteur ou la lectrice dans son hésitation. Une lecture suivie permettra malgré tout à celles et ceux qui se méfient des bonnes intentions comme de la peste de relever l'inconsistance réelle de cet opuscule. Pas une seule fois, Pierre Maudet n'expose clairement les outils qui seront à sa disposition (ou qu'il fera en sorte d'obtenir) pour appliquer les rares idées exposées par ses soins.

 

Il est futé, le Pierrot* !

 

Grégoire Barbey

 

*Le titre de l'article revient de droit à la femme que j'aime et qui me l'a inspiré.

 

 

21:21 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : pierre maudet, plr, opuscule, une certaine idée de genève |  Facebook | | | |

09/05/2012

Lettre ouverte à Charles Poncet

 

Lettre ouverte, 09.05.12 10h20

 

J'ai écouté avec attention votre débat d'hier soir sur RTS la 1ère en compagnie de Murat Julian Alder. Vous avez, semble-t-il, réitéré les mêmes invectives à l'encontre de Pierre Maudet que lors de votre passage à l'émission « Dans les cordes » sur Leman Bleu avec Pascal Décaillet. Soit, si vous n'avez rien de mieux à dire. Mais tout de même, j'en attendais davantage de la part d'un homme de votre trempe. Bien que je honnisse vos positions politiques, bien souvent opposées à mes valeurs, j'espérais mieux.

 

Lorsque vous dites, avec nonchalance, qu'il faut désormais une politique qui soit bien de droite, contrairement à un centrisme mou, je ne puis qu'esquisser un long et malicieux sourire. Peut-être aimez-vous les batailles d'un autre âge. Peut-être, comme votre honorable collègue Marc Bonnant, appréciez-vous les coutumes anciennes, les discours pompeux et les belles tournures de phrase. Moi aussi. Néanmoins, la politique, ce n'est pas uniquement l'art oratoire, n'est-ce pas ? Si oui, alors nous ne partagerons définitivement pas les mêmes points de vue. Qu'importe.

 

Il semble que vous évitiez soigneusement de vous remémorer ce qui a fait la force et la gloire de notre pays, à savoir sa Confédération. Oui, les grandes décisions, en Suisse, se sont toujours jouées au centre, ne vous en déplaise ! Monsieur Alder aurait dû le rappeler à votre bon souvenir, mais vos manières laissent aussi à désirer, incapable que vous êtes de ne point couper la parole à votre interlocuteur. Certes, vos propos, au-delà du bel emballage littéraire, sont creux. Il vous faut donc occuper le terrain, pour éviter toute remise en question de votre position.

 

Vous voterez socialiste ? Grand bien vous en fasse, cher Monsieur ! Vous aimez les paradoxes, c'est au moins un point que nous partageons. Toutefois, ne vous emportez pas : je suis persuadé que votre attitude est celle d'un homme qui veut encore faire parler de lui. La fusion, avec ses avantages et ses défauts, ne vous plaît pas. Est-ce parce que vous n'arrivez pas à assumer n'être rien d'autre qu'un « ancien libéral » ? Je vous le demande. Que vous attaquiez Pierre Maudet ne me dérange aucunement ; au contraire, je le fais aussi, quand cela est nécessaire. Mais de grâce, un peu de fond dans vos lapalissades ! Je ne crois pas avoir eu vent de vos dernières réussites politiques, peut-être voudriez-vous les énumérer ? Il me semble, aujourd'hui, que vous n'êtes sur la scène politique guère plus qu'un fantôme, et qu'en l'occurrence, l'utilisation du terme « ectoplasme » pourrait tout-à-fait convenir à votre endroit, s'il en est.

 

Les clivages ne m'ont jamais séduit. C'est tout l'inverse, même. Je respecte de facto toutes celles et ceux qui ont le courage de ne pas s'y tenir comme le fait un curé à sa Bible, parce qu'il ne faut pas songer qu'à défendre sa propre personne, ou son camp. Il faut s'ouvrir aux autres, écouter, et bâtir avec eux. Ce n'est pas en s'opposant systématiquement à la gauche, ou inversement, que la Suisse a construit sa politique fédéraliste. C'est en acceptant les compromis. En réfléchissant pour le bien commun, non pour une lutte des classes politiques. Votre appréciation de la situation, à laquelle vous semblez pourtant ne plus appartenir, tant vous êtes dépassé, me paraît inexacte. Je crois, cher Monsieur Poncet, que vous êtes le seul ectoplasme qui soit. Entre Pierre Maudet et vous-même, mon choix serait vite fait. Cessez donc d'errer au sein de votre parti, comme un fantôme en quête d'une renommée nouvelle, et prenez part à la politique actuelle. C'est tout ce que je souhaitais vous dire.

 

Grégoire Barbey