17/05/2012

Désillusion politique

 

Constat, 17.05.12 15h04

 

La politique. Ça fait trois mois seulement que j'y ai plongé les pieds. J'ai rencontré de nombreuses personnes depuis, en si peu de temps. Ces personnalités qui sont toujours présentes dans les médias locaux, qui font parler d'elles même involontairement. Celles qui représentent notre Canton, et également notre pays, mais plus important encore, nos valeurs. J'ai échangé bien des réflexions avec certaines d'entre elles. En quelques mois, j'ai vu et entendu des choses que je n'imaginais même pas, ou peut-être préférerais-je m'en préserver. Oui, je suis curieux et ai toujours les oreilles grandes ouvertes. Néanmoins, il y a des détails que j'aurais préféré ignorer...

 

Je ne désire pas prendre la position du Juge, et de dicter ce qui est bien et ce qui ne l'est pas. Cependant, je ne puis qu'avouer la profonde désillusion qui s'est emparée de moi en découvrant ce microcosme politique, où les sourires sont traîtres et les paroles toujours s'envolent. Davantage en période électorale. Ceux qui se dévouent réellement à la chose publique (res publica) sont rares. L'abnégation n'est pas une vertu excessivement répandue. Bien au contraire. J'ai le sentiment qu'il y a plus d'orgueil, d'ego et de soif de pouvoir que d'intérêt réel pour la communauté derrière l'engagement de quelques-uns. Difficile de garder une vision positive de notre politique.

 

Je lis et écoute avec attention tout ce qui a trait à notre Cité, du moins j'essaie. Les programmes, par exemple, sont instructifs. Des beaux discours, et surtout des promesses. Souvent intenables, voire totalement fantaisistes. Pour citer un politicien connu parmi d'autres : « les voix n'ont pas d'odeur ». Effectivement, je le constate avec amertume. Plus de carriérisme que de volontarisme. La gloire, les médias, les privilèges, c'est bien évidemment alléchant. Qui résisterait sans peine ? À défaut d'avoir des idées, une véritable vision d'avenir, ils ont le goût des bonnes choses. La politique de nos voisins français, régulièrement condamnée par nos concitoyen, n'est pas pire que la nôtre. Les mêmes stratégies, trahisons, conspirations, attaques et autres corruptions peuvent y être aisément comparées. Il faut faire attention où l'on met ses pieds lorsqu'on gravit les marches de la politique, les peaux de banane délibérément déposées ne manquent pas.

 

Oui, je suis désabusé. De voir qu'il faille renier bon nombre de ses valeurs pour accéder à la fonction publique. D'entendre des horreurs sans que personne ne s'en émeuve. D'écouter l'autosatisfaction de ces représentants qui devraient pourtant regarder leur bilan avec plus de recul et d'introspection. De constater que tous les moyens sont bons tant qu'ils permettent d'atteindre le but ultime : l'élection. Je ne dépeindra pas une toile joyeuse de cette triste scène. Ce ne serait pas légitime. Je ne veux pas mentir, ou me jeter de la poudre aux yeux. Ce que je constate, c'est que ceux qui hurlent au respect des institutions sont ces mêmes qui les trahissent le plus souvent. De l'hypocrisie, et rien d'autre. Des mots qui s'élèvent puis se perdent. Je parle habituellement d'éthique dans la politique. Et ça dérange, je l'ai bien compris. Parce que ça remettrait en question l'attitude de beaucoup de politiciens. Mais aussi des médias, qui jouent un rôle prépondérant dans la transmission des informations sur le sujet.

 

Avoir des valeurs et des principes, et s'y tenir, c'est sûrement ce qu'il y a de plus utopique dans notre bonne vieille République et Canton de Genève. Mais moi, je ne me tairai pas. Je ne rentrerai pas dans ce jeu mesquin. Je préfère encore n'être jamais élu en ayant dit la vérité, ma vérité, que de l'être en ayant balayé tout ce qui m'a construit, c'est-à-dire des idées et des désirs. Ceux qui me font envie de bâtir une politique nouvelle. Toutefois, certains me rappelleront, comme ils aiment à le faire, que je suis trop jeune pour comprendre. Eh bien, qu'ils comprennent à ma place. Moi, je ne veux pas de ça.

 

Grégoire Barbey

15:05 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (18) | Tags : politique, désillusion, valeurs, idées, principes |  Facebook | | | |

27/04/2012

De la spiritualité comme cohésion sociale

 

De nos jours, les confessions religieuses, en Occident, vont vers un déclin certain. C'est un fait probablement incontestable. Les raisons sont nombreuses, et les conséquences tout autant. Il est évident que notre société, aujourd'hui, se cherche de nouveaux principes fondamentaux sur lesquels s'appuyer pour garder sa force et sa légitimité. Que nous le voulions ou non – et j'ai longtemps souhaité renier cette réalité –, nous fonctionnons et coexistons selon une constellation de croyances diverses qui forment un tout, qui nous relie ou nous sépare. Ce tout est essentiel pour la formation de notre identité, qui souvent s'apparente ou se juxtapose à notre culture. D'où les crises identitaires et culturelles qui frappent nos semblables en période de fluctuations systémiques. Le tissu social est infiniment fin, et la moindre déchirure peut l'abîmer durablement. Pour vivre en harmonie avec les autres, l'être humain doit acquérir certaines connaissances, qui se présentent sous la forme de codes plus ou moins complexes. Les comportements humains, en société, sont généralement induits par la formation de ces enseignements codifiés, implicites ou explicites. Les lois juridiques en sont un excellent exemple. Ce que Rousseau, dans son Contrat Social, mettait en valeur dans tout système législatif qui se respecte, c'est l'importance des mœurs et des coutumes. Ce sont ces dernières qui donnent aux individus le sentiment de responsabilité au sein d'une communauté, et les font dès lors se soumettre, pour le bien commun, à un ensemble de règles, bien souvent intériorisées dès la plus tendre enfance à travers des jeux ou l'éducation. Les croyances en des principes fondamentaux sont donc ce qui fortifient l'adhésion aux lois, et qui forgent l'identité. Il est particulièrement instructif d'étudier les règles et coutumes de sociétés et de cultures sensiblement différentes. Il apparaît comme une évidence que celles-ci, si elles ne rendent pas nécessairement plus libres, permettent une cohésion sociale et le respect de chacun, avec bien sûr des exceptions. Mais fondamentalement, force est de constater que cela fonctionne admirablement bien, proportionnellement au nombre d'êtres humains coexistants sur notre planète. Les dérives sont régulières, certes. Néanmoins, sans ces délimitations précises, les comportements et la cohabitation entre plusieurs individus pourront être davantage conflictuels, si chacun applique aux autres son système de croyances et ses normes personnelles.

Dans l'ensemble, nous vivons donc d'après l'expression de rites et de signes distinctifs, qui s'expriment au travers de nos attitudes, solitaires ou sociales, et qui rendent nos rapports soit plus aisés, soit plus difficiles. Nous remarquerons sans peine que nos coutumes, nos traditions et nos valeurs sont intrinsèques à notre identité. De fait, les rejets liés à ces caractéristiques sont communs et ne rentrent pas dans l'ordre de l'exception. L'identité, en plus de mettre en mouvement les comportements d'un individu, crée une armure, donc une sécurité. Toute atteinte à cette cuirasse induit habituellement une réaction hostile, a priori. Nous sommes, il est essentiel de le reconnaître et de l'avoir à l'esprit, des êtres impulsifs. Toujours, même avec un exercice assidu, nos émotions prennent le pas sur la réflexion. Cela peut ne durer qu'un bref instant, mais c'est indubitablement une constante. Les préjugés en sont l'expression patente. De façon générale, nous aurons tendance à d'abord rejeter l'inconnu, pour conserver les fondations qui nous sécurisent. La personnalité, comme d'ailleurs l'exprimait si majestueusement Goethe, est une Citadelle, à laquelle nous sommes foncièrement liés. L'ouverture aux autres, usuellement nommée « l'ouverture d'esprit », est une caractéristique qui s'exerce et n'est pas spontanément acquise. D'où la propension qui règne au sein de nos semblables à discriminer, non nécessairement de façon malintentionnée, ce qu'ils ne comprennent pas. Nous sommes toutes et tous ainsi, moi le premier. Ce qui nous fait réfléchir et agir en conséquence sont nos valeurs et nos croyances. Comme nous sommes toutes et tous différents, ces fondements n'échapperont pas à la règle de la divergence. L'opposition entre des êtres humains est inévitable. Ce n'est pas négatif en soi, mais il faut faire en sorte qu'un conflit soit constructif et n'ait pas d'impacts péjoratifs sur les individus, dans la mesure du possible. Le désaccord est fécond. Il nous construit, nous affirme et nous réalise.

Ce qu'il faut, dès lors, pour protéger notre Citadelle intérieure sans nuire à celle d'autrui, est d'avoir à l'esprit que nous seuls en sommes les gardiens. Plus nous avons conscience de et confiance en notre capacité à la défendre, et plus nous pouvons nous ouvrir aux autres sans risquer une « invasion externe ».

C'est pour cette raison que j'aborde ici la thématique de la spiritualité, non dans un sens religieux, mais comme un principe qui nous guide, une réflexion, une valeur pouvant nous faire adhérer à tout un ensemble de comportements. Notre société évolue, et fluctue. Actuellement, le plus grand défi est à mon sens, en tout cas d'un point de vue philosophique et ontologique, pour les êtres humains, de palier au manque créé par le déclin des croyances religieuses. Il est nécessaire de fonder des valeurs primordiales qui nous unissent et nous font nous sentir en accord avec nous-mêmes tout en respectant les autres. Le tissu sociétal est tissé selon ce schéma. La cohérence doit être un état de fait, et une implication concrète.

Nous devons participer, à notre échelle et selon nos capacités, à la cohésion sociale. Il est impératif de garder à l'esprit qu'aucune société ne peut perdurer sans un accord tacite, un « contrat social », qui permette à chaque individu de se concrétiser et de s'épanouir.

Ce sont là des valeurs pour lesquelles le politique doit œuvrer, et la spiritualité est une réflexion à aborder en tant qu'être humain.

Je me proposerai donc de réfléchir sur ces questions.

 

Grégoire Barbey

09:47 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, principes, valeurs, fondements, goethe, rousseau, contrat social, réflexion |  Facebook | | | |