03/08/2012

Sécurité : considérer les contextes familiaux délétères

 

Chronique 02.08.12 20h42

 

Sécurité. Thématique hautement émotionnelle sur les terres de feu Calvin. Tout semble aller de mal en pis, et le nouveau Chef du département de la Sécurité, le bienheureux et ancien Maire de la ville de Genève Pierre Maudet est attendu au tournant, peut-être à juste titre puisqu'il a lui-même ardemment souhaité prendre les rennes d'un département durablement sinistré, et qui fut attribué, ces dernières années, à des personnes qui n'en voulaient pas. Isabel Rochat, Laurent Moutinot, Micheline Spoerri, autant de noms qui, d'après l'opinion publique, ont failli à leur tâche. Alors, la question qui est relayée par tous les médias depuis sa récente élection, celui qui est perçu comme un prodige de la politique arrivera-t-il à changer les choses durant les seize mois, temps imparti pour faire ses preuves, ce qui, convenons-en, est vraiment très peu, et à redorer l'image des forces de l'ordre ? Espérons-le.

 

Bref, la problématique de la sécurité mérite d'être abordée, tout un chacun en conviendra. Mais, trop souvent, elle est utilisée à des fins égoïstes, pour ne pas dire électoralistes. Et sert, au final, d'épouvantail. Parmi les idées saugrenues qui nous furent proposées à maintes reprises, la palme du ridicule et du mauvais goût revient à celle initiée par le tribun du Mouvement Citoyen Genevois. Effectivement, nonobstant l'impossibilité pratique de son programme – à savoir, pour celles et ceux qui l'auraient oublié, déposer des centaines de cages pour y détenir les multirécidivistes afin de les empêcher de nuire à la population genevoise –, il y avait un vide abyssal dans cette proposition, faisant d'ailleurs davantage appel à l'émotionnel qu'au bon sens commun. Ce néant, c'est de considérer la criminalité comme un véritable problème, alors qu'elle n'est, au fond, qu'un symptôme d'un mal plus profond. Une maladie, oserais-je dire, qui ronge notre société : la précarité.

 

Celle-ci arbore différents visages. Il y a la pauvreté, qui pousse des êtres humains à la clandestinité et au crime, car rappelons ce vieil adage, « nécessité fait loi ». Mais, et c'est trop peu débattu, il y a la misère familiale, celle qui ne se voit pas, et qui pourtant détruit des vies chaque année. Combien d'enfants naissent de parents maltraitants, ou démissionnaires ? Je n'ai pas connaissance de statistiques pertinentes à ce sujet. Et pourtant, c'est une réalité latente, qui, bien qu'elle soit souvent ignorée, a des conséquences directes sur la société. Cependant, les us et coutumes actuels poussent encore de nombreuses victimes dans un mutisme total, tant l'idée même de famille est hautement sacrée. La Justice, censée protéger les citoyennes et les citoyens, n'a pas encore, au vingt-et-unième siècle, pris la mesure du rôle qui est le sien dans l'arbitrage des relations parents-enfants.

 

Il ne s'agit pas là de spéculation, ou, pour reprendre des propos plus crus, de « masturbation intellectuelle ». Non, la violence familiale – qui se décline elle-même en agression psychique et/ou physique – est plus répandue que nous ne l'imaginons. À vrai dire, pour les mieux nantis d'entre-nous, comment envisager un problème qu'ils n'ont jamais eu à affronter durant leur vie ? Et pour les autres, le silence est de rigueur, tant il est malvenu, socialement, de s'opposer aux figures parentales. Ce n'est, dit-on, pas moral. Battre ses enfants, par contre, ça n'est pas grave. L'éducation à la dure, les insultes, c'est une façon comme une autre d'inculquer la réalité de la vie à ces bougres qui n'en fichent pas une. Foutaises. Choqués ? Je l'ai malgré tout entendu, et combien de fois ! Ces enfants le méritent, disent-ils. Une petite correction de temps à autre n'a jamais tué personne. Ou presque. Mais ces quelques-uns, qui pensent répandre la bonne parole, certains de leurs imbécillités distillées de-ci, de-là, occultent les blessures qui demeurent une vie entière, comme des griffures sur l'âme, cachées aux yeux des autres, et portées comme un fardeau silencieux, voire honteux. Qu'ai-je fait de mal ? Rien. Et malheureusement, certaines enfances brisées ne se réparent jamais, quand bien même les efforts sont titanesques.

 

Pouvons-nous, aujourd'hui, continuer à faire les sourdes oreilles face à cela ? Oh bien sûr, il existe des institutions dont le but est de prévenir ces dérapages. Mais il y a encore beaucoup à faire, notamment dans le changement des mentalités. Une prise de conscience, réelle, durable, qui veuille bien admettre qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans la tête de certains de nos concitoyennes et concitoyens. Et qu'une société qui capitalise sur des générations d'enfants désabusés ne peut pas s'attendre à la vie facile. Alors, aussi profane que je le suis dans ce domaine épineux qu'est la sécurité, j'invite celles et ceux qui s'en occupent à réfléchir à ça. Car peut-être, aussi idéaliste que je suis, pourrions-nous soulager quelques peines, et éviter à des âmes tourmentées de terminer leur existence au fond d'une cellule à ressasser le passé. Oui, ceci était l'appel d'un être qui a connu pareil traitement, et ne le souhaite à personne. Songeons que les solutions sécuritaires se situent probablement en amont, et non dans l'expression symptomatique de la criminalité. Merci de m'avoir lu.

 

Grégoire Barbey

 

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02/08/2012

« Les convictions sont des prisons »

 

Chronique, 02.08.12 15h25

 

Qu'est-ce que les convictions ? Celles-ci animent bon nombre d'êtres humains, et pourtant, il serait légitime d'en interroger la portée pratique. Par définition, une conviction repose sur une certitude qui n'est pas entièrement vérifiée, soit rigoureusement, soit empiriquement. Elle est donc susceptible d'occulter des éléments extérieurs au profit d'une grille de lecture restreinte. De surcroît, en règle générale, les convictions, sur la durée, épousent l'émotionnel. Elles peuvent être liées à diverses croyances, soit religieuses, soit philosophiques. Et bien souvent, elles ne sont pas remises en question. À ce propos, Émil Michel Cioran disait : « n'a de convictions que celui qui n'a rien approfondi ».

 

La raison est simple. Celui qui se satisfait d'une réflexion et ne désire pas en déroger ne veut pas entendre ce qui pourrait contredire sa propre perception des choses. Cela reviendrait à admettre que sa position n'est pas tenable. C'est contradictoire avec l'essence même d'une conviction. Ce qui, indubitablement, signifie qu'en se contentant de certaines certitudes, il y a relâchement intellectuel, peut-être même une forme de paresse, qui consiste à ne pas/plus s'interroger sur l'éventualité d'une possibilité autre. Et cela, c'est la mort de l'esprit.

 

« Les convictions sont des prisons » disait Nietzsche. En affirmant cela, je prends un risque, celui d'irriter celles et ceux qui nourrissent des convictions particulières. Oh, ne nous méprenons pas, nous en avons toutes et tous, c'est humain. Trop humain. Mais il ne faut pas se reposer sur des chimères, donner sa raison à des dogmes, et par-là même, perdre le goût de l'exploration, de la réflexion. Il est impératif de toujours se questionner. D'affronter la réalité, car chacun a la sienne, indéniablement, il y a cependant derrière les prismes par lesquels nous voyons le monde et les éléments/événements qui le constituent, quelque chose qui ne change pas. Si je dis que nous mourrons tous un jour, je suis sûr de recevoir une approbation générale. Néanmoins, si j'affirme que Dieu est une invention, alors je me confronterai à des oppositions, qui sont fondées justement sur des convictions.

 

Pourtant, à bien y réfléchir, pouvons-nous honnêtement affirmer quoi que ce soit de manière stricte et immuable ? Je n'y crois guère. À trop vouloir tout savoir, il nous arrive d'oublier une vérité à laquelle nous ne pouvons nous soustraire : l'Univers est trop complexe pour le réduire à une simple conviction, motivée ou non, vraisemblable ou imaginaire, qu'importe. Idéalement, il vaut mieux se résoudre à l'évidence, celle qui me dicte depuis longtemps, par chuchotement, qu'au fond, il nous est impossible de saisir la globalité d'une problématique sans en occulter une partie, qui bien souvent nous arrange. Il y a également, dans notre être, des choses que nous ne pouvons accepter. Il suffit de se remémorer la triste histoire de Galilée, qui fut condamné à l'opprobre pour avoir affirmé, suivant la thèse de son confrère Copernic, que la Terre tournait autour du Soleil, et non l'inverse. À cette époque, les preuves les plus tangibles n'auraient pu convaincre les adversaires de cette vision de l'Univers. Il y avait pourtant des preuves, mais les convictions étaient telles, les croyances si profondément intériorisées, qu'il n'y avait pas la place pour voir une réalité alternative. Une autre vérité.

 

En politique, il semble en aller de même. Certains adoptent les thèses d'une philosophie politique, et ne veulent en déroger sous aucun prétexte. Ce qui cause bien évidemment des problèmes structurels, institutionnels et surtout nuit au débat public. Ainsi, chacun campe sur ses positions, et refuse d'approuver les dires de l'autre, tant cette bataille de convictions est émotionnelle. Aujourd'hui, il est communément admis, à tort d'après moi, qu'il est plus honorable d'avoir une pensée tranchée qu'une réflexion « centriste », qui intègre à la fois des idées des uns et des autres. Et quelle tristesse ! Car oui, la réalité est bien plus complexe, et ne peut être réduite à une vision dogmatique. J'ai bien plus de respect pour celui ou celle qui défend des positions centrées, en argumentant sur des faits, en poussant la réflexion plus loin, que ceux qui se contentent de s'opposer, sans plus de discussion, ni, Ô misère, de pensée. Eh bien, contre la pensée populaire, j'ai envie de rendre un hommage particulier à celles et ceux qui, comme moi, peuvent admettre les idées de l'ensemble des interlocuteurs, pour autant qu'elles soient étayées et crédibles, et qui craignent comme la peste l'ombre des dogmes, environnant notre paysage politique... Oui, il faut savoir jouer avec le doute. C'est une question de santé – publique et mentale.

 

Grégoire Barbey

 

15:53 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : politique, philosophie, réflexion, convictions |  Facebook | | | |

23/07/2012

Tomber le masque

 

Chronique, 23.07.12 22h52

 

Ce soir, pour une fois, je n'ai pas envie de porter de masque. Je ne vous parlerai donc pas de problèmes sociaux ou politiques, ni ne ferai de grands discours sur des sujets éloquents. Je désire me dévoiler un peu, car je remarque m'en être bien caché, peut-être à raison d'ailleurs, sur ce blog. Je constate également que certain-e-s de mes lecteurs/lectrices sont fidèles et viennent régulièrement consulter mes écrits. Dès lors, je souhaite leur rendre, en retour, toute ma sympathie et mon dévouement. Je n'ai, à vrai dire, jamais fait ça jusqu'alors. Sous une apparente transparence, je ne montre pas toutes mes facettes.

 

Celles et ceux qui me lisent depuis mes débuts sur les blogs de la Tribune de Genève ont sûrement eu l'occasion de comprendre que ma jeunesse ne fut pas de tout repos. J'ai vécu des choses que je ne souhaite à personne. Je ne rentrerai pas dans les détails, ce n'est pas le but, et mon objectif n'est pas de me victimiser. Au contraire. Il me fallait cependant rappeler cette réalité, pour que vous puissiez saisir les événements qui m'ont façonné. Tout au long de mon enfance, des forces que je qualifierai de négatives ont entravé mon développement. Pourtant, je me suis toujours accroché. Peut-être avec une certaine naïveté. J'ai voulu croire en la vie, persuadé qu'elle ne pouvait être si dure. Je me suis battu, longuement, et le fais encore à l'heure où je rédige ces lignes. D'ailleurs, tout le monde se bat, chacun à sa manière.

 

Mon combat, pour ma part, fut de dépasser certains comportements qui m'ont été inculqués, en réponse à mon quotidien délétère. Ce ne fut pas une partie de plaisir, et parfois encore, me coûte de nombreux efforts. Néanmoins, je nourris des valeurs qui me guident, et c'est de cela dont je souhaite parler ici. Jeune, j'ai traversé des périodes d'intense colère, où ma haine était dirigée vers les autres, comme s'ils étaient responsable de mon calvaire. Puis, j'ai appris. J'ai beaucoup appris. Très vite. Appris qu'il me fallait non pas détester autrui, mais faire en sorte de me sentir mieux avec moi-même. C'est le nœud du problème, et probablement la solution. Selon toute vraisemblable, un Homme qui pense avoir une grande quantité d'ennemis n'en a qu'un seul : lui-même. De fait, partant de ce postulat, toute haine à l'égard des autres se nourrit de soi, de celle, inavouée, que nous nous vouons à nous-mêmes.

 

J'ai voulu comprendre mes semblables, et pour cela, rien de tel qu'apprendre à me connaître moi-même. Comprendre que je n'étais pas seulement fait de moi, mais d'un ensemble, inextricable à première vue, d'événements extérieurs qui ont suscité des réponses comportementales diverses. À force de répétition, certaines attitudes, exceptionnelles, finissent par devenir la règle. La loi du cercle vicieux. Je ne suis pas adepte de psychanalyse, si le lecteur s'interroge. Je crois toutefois qu'il est possible de travailler sur soi, et cela sans théories universalistes. Pour cela, il faut continuellement s'adonner à l'introspection. C'est un exercice difficile, a priori, qui demande de poser sur soi-même un regard critique, qui ne souffre pas la subjectivité habituellement portée sur ses propres actes. Pour cela, rien n'est plus favorable à cet entraînement que d'accepter les remarques que nous font les autres. Évidemment, cela requiert une humilité certaine. De la patience et de l'indulgence.

 

Il ne faut pas être trop dur envers soi-même. À dessein, je l'ai été. Et le suis parfois encore. Mais ce qu'il est important d'évaluer, ce sont les acquis obtenus à la sueur d'un tel effort. Pour ma part, cette lutte contre mes comportements qui, à mes yeux, me semblaient inadéquats, m'a offert une sensibilité que je n'aurais pu obtenir par d'autres biais. Sensibilité qui me permet de relativiser l'attitude des autres êtres humains, quand bien même ce sont des situations dont j'ignore tout. Mon parcours m'a permis, empiriquement, de découvrir que nous ne sommes pas seulement forgés par notre propre « nature », et que les contextes sociologiques dans lesquels nous évoluons ont un impact majeur sur notre développement. Ce qui n'est pas irréversible, avec un travail constant et de longue haleine.

 

De vieux philosophes asiatiques et même grecs l'ont dit bien avant moi : l'ennemi est en nous. Je suis convaincu qu'il est possible pour tout un chacun d'être moins dur envers les autres en apprenant à se connaître réellement, et en reconnaissant ses propres erreurs. Nous en faisons toutes et tous, c'est normal. Encore faut-il l'accepter, et en tirer une leçon pour ne pas les réitérer. Mais pour ça, il est impératif de les percevoir, car si nous nous cachons la réalité, impossible de conclure quoi que ce soit. À force d'ouvrage, nous pouvons bâtir au fond de nous-mêmes une citadelle, comme celle dont parlait Goethe, si bien que rien ne peut ébranler nos fondations. Finalement, la confiance en soi, sincère et véritable, faite de tendresse et d'humilité, s'acquiert peut-être au prix d'une bataille acharnée contre ses propres contradictions.

 

Grégoire Barbey

23:40 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : développement, psychologie, réflexion, lutte |  Facebook | | | |

09/07/2012

Pour une société plus juste

 

Chronique, 09.07.12 15h01

 

Une société, c'est la mise en commun d'une pluralité d'individus. Nous sommes la société. Tout l'art est ensuite de régir l'ensemble de la communauté en tenant compte des différences propres à celles et ceux qui la composent. Nous avons chacune et chacun nos propres référentiels, qui proviennent d'une éducation, d'une culture et d'une personnalité qui divergent inéluctablement d'un être humain à un autre. De nos jours, c'est d'autant plus frappant avec les innombrables moyens de déplacement, de communication et d'information. Que nous vivions dans le même univers ne garantit pas que nous le percevions de la même manière. C'est à la fois ce qui fonde la richesse de l'humanité, et l'extrême complexité des rapports qu'entretiennent les hommes et les femmes entre eux.

 

De fait, la société que nous construisons se doit de répondre à divers prérogatives essentielles pour le bon déroulement des interactions entre ses membres. Elle doit par exemple fixer des règles afin de prévenir les comportements qui pourraient nuire aux autres. Ce sont les Lois. L'essence d'une société n'est pas immuable. Son évolution est constante, car concomitante aux changements qui surgissent dans les mentalités de celles et ceux qui interviennent dans son fonctionnement. Aujourd'hui, nos mœurs ne sont plus celles d'il y a un millénaire, sur de nombreux aspects. Nos technologies se sont d'ailleurs perfectionnées, permettant de meilleurs moyens pour garantir des besoins fondamentaux, comme se nourrir, vivre avec un toit au-dessus de la tête, etc.

 

Pourtant, alors que nous découvrons de nouvelles méthodes pour nous faciliter la vie dans divers domaines, notamment l'alimentaire, dans une société comme la nôtre, en Suisse, et plus localement encore à Genève, des gens sont forcés d'errer de poubelle en poubelle pour tenter de récupérer quelques déchets qui leur permettraient de se sustenter un minimum. Personnellement, cela m'interroge énormément. D'autant que l'actuelle idéologie dominante tend à être libérale. Or, offrir un minimum vital pour chaque individu rentrerait clairement dans cette optique. Je ne remets pas en question la nécessité que chacun apporte sa pierre à l'édifice, notamment par l'intermédiaire d'un travail. Ce qui me dérange davantage, c'est le mythe de l'égalité des chances. Cette idée, selon laquelle nous avons toutes et tous les mêmes chances de succès et qu'il ne dépend que de nous pour réussir, est à mon sens totalement biaisée.

 

Je ne crois pas à l'égalité. Je la souhaiterais, mais d'un point de vue déterministe, elle n'est que chimère. Nous pouvons la créer, artificiellement, la feindre aussi. Mais à l'état de nature, nous sommes toutes et tous différents. Ce que j'entends par « nature », c'est l'absence d'intervention humaine. Il faut donc, dans une société égalitariste, qui désire promouvoir le bien-être et respecter la dignité des êtres humains, non pas reproduire un darwinisme social sauvage et aberrant, mais donner le nécessaire pour assurer la survie de chacune et de chacun. Tout en favorisant certains comportements, en rétribuant davantage celles et ceux qui en font plus pour l'ensemble de la communauté. Je ne désire même pas remettre ici en question l'idéal libéral, ou même le capitalisme.

 

Je suis intimement convaincu qu'une société, comprendre ici : les divers acteurs qui la composent – peut tout-à-fait entretenir un système capitaliste tout en observant un principe de protection des individus plus faibles. Dans notre pays, en tout cas, c'est un objectif réaliste. Ailleurs, dans le monde, la question est bien plus épineuse. Mais ne serait-ce qu'ici, nous pouvons déjà garantir à nos concitoyens (ici sans aucune distinction entre nationaux et immigrés) la possibilité de vivre décemment. Peut-être faudrait-il que les nantis goûtent à la misère pour être convaincus qu'il n'y a aucune morale qui justifierait l'indifférence à ce mal, mais soyons pragmatiques, cela n'arrivera pas. Il incombe donc à celles et ceux qui ont une sensibilité suffisamment développée de se battre pour garantir les droits aux minorités. Qu'à cela ne tienne !

 

Grégoire Barbey

15:02 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : société, politique, misère, réflexion, libéralisme |  Facebook | | | |

27/06/2012

Introspection

 

Chronique, 27.06.12 13h55

 

Pour vivre, il faut accepter de se battre. Dans ses lettres à Lucilius, Sénèque écrivit : « Tu trouveras jusqu'à des profès de la sagesse qui dénient le droit d'attenter à sa propre vie, tiennent pour une impiété de se faire le meurtrier de soi-même et veulent qu'on attende pour sortir de la vie l'ouverture fixée par la nature. Parler ainsi c'est ne pas comprendre que l'on ferme la route de la liberté. Un des plus grands bienfaits de l'éternelle loi, c'est que, bornant à un seul moyen l'entrée dans la vie, elle en a multiplié les issues. Attendrai-je la brutalité de la maladie ou celle de l'homme, alors que je suis en mesure de me faire jour à travers les tourments et de balayer les obstacles ? Le grand motif de ne pas nous plaindre de la vie, c'est qu'elle ne retient personne. Tout est bien dans les choses humaines dès que nul ne reste malheureux que par sa faute. Vivre t'agrée : vis donc. Il ne t'agrée pas : libre à toi de t'en retourner d'où tu es venu. »

 

Ces quelques phrases m'apparaissent remplies d'une rare sagesse. Nous avons toutes et tous nos raisons de nous lamenter sur notre sort, mais au fond, quel en est le résultat ? Rien. Sinon une perte de temps, et d'action. Si nous ne nous sentons pas bien dans notre condition, alors rien ne nous empêche d'en changer. D'y remédier. Dans le cas contraire, celui qui est dans la plainte y trouve une certaine complaisance, mais n'a guère de véritable volonté de s'en extraire. Je l'ai appris en expérimentant cela par moi-même. Combien de fois me suis-je contenté de me plaindre ? Je ne saurais le dire. Trop, c'est sûr. Beaucoup trop. Aujourd'hui, quand bien même mon entrée dans la vie fut difficile et périlleuse, je suis vivant. Un ami, dont j'écoute toujours avec la plus grande attention les conseils aiguisés qu'il me donne régulièrement, m'a dit, pas plus tard que ce matin, qu'il était possible de percevoir une situation de deux façons opposées. Premièrement, s'imaginer qu'entamer l'existence dans un climat délétère est un signe d'infortune. Deuxièmement, considérer que s'en être sorti en pleine forme est au contraire une preuve que rien n'est noir ou blanc, et que la chance peut nous sourire également.

 

Pour ma part, je perçois les choses selon la seconde manière. Mais parfois, il m'arrive d'oublier. Ou de feindre l'ignorance. De ne plus accepter le positif. Et pire, de ne plus m'en remettre à l'écriture, qui est ce que j'ai de plus cher et de plus important à mes yeux, avec la personne qui partage ma vie. Ces derniers temps, j'ai usé de mon plaisir d'écrire à des fins essentiellement politiques. Cela n'est pas un mal en soi, cependant ça ne m'a pas permis de l'utiliser autrement, pour me libérer, car oui, rédiger est un exutoire, comme pour d'autre la musique, le théâtre ou le chant sont des astuces pour se vider l'esprit et profiter de l'instant présent. Dès lors, je me suis quelque peu perdu, interrogé, et j'ai erré dans une situation inconfortable. En fait, j'ai refusé d'en faire mon usage habituel de peur d'être irrémédiablement jugé pour cela. Étrange, puisque jusqu'alors, je l'ai toujours fait sans cette crainte. Peut-être est-ce ma surexposition qui m'a conduit à vouloir me protéger. À quoi bon ? Je ne changerai pas celui que je suis, et vouloir me dissocier de ma personnalité pour mieux paraître ne m'apporte rien, sinon un mal-être que je ne peux assumer et qui ne me correspond pas. Oui, après quelques mois à cent à l'heure dans la vie de la Cité de Calvin, je réalise que j'ai mis de côté certains aspects de moi-même, et qu'à force, l'impact s'est fait ressentir. Je sais désormais que je ne veux plus me laisser détourner de mes besoins primordiaux. Écrire comme je l'ai fait en ce moment en fait partie.

 

Et finalement, qu'importe si cela déplaît. Si d'autres veulent voir en moi un être fait d'acier, insensible. Je ne le suis pas, et ne le serai absolument jamais. J'aime à croire qu'il s'agit-là d'une qualité, et je préfère la nourrir en espérant en faire quelque chose de bien pour moi et celles et ceux qui m'entourent plutôt que revêtir un masque qui ne me va pas. J'aurai au moins essayé, et n'emporterai donc aucun regret. Je me préfère dans la lecture, la réflexion, que sous les feux de la rampe. Ceci était une lubie, un désir que je voulais réaliser, mais qui ne m'a clairement rien apporté, en-dehors de quelques rencontres extraordinaires. Bien sûr, je continuerai à m'intéresser à la chose politique. Cela me passionne, comme beaucoup d'autres sujets, d'ailleurs. Mon éclectisme me pousse à toucher à tout ce qui est à ma portée. Et ce qui ne l'est pas, je m'efforce de m'en rapprocher. Ce que j'aime par-dessus tout, c'est créer. Formuler des idées. Et les confronter, intelligemment, posément, avec le goût et la passion des mots. Quoi que je fasse, cet attrait ne me quitte pas d'une semelle. Jamais. Tant mieux, car je ne pourrais espérer mieux. Je n'ai pas à désirer plus que je n'ai déjà, le reste n'est que broutille. Ce qui compte, c'est d'être en phase avec soi-même, et tout faire pour préserver, comme le disait Goethe, l'entrée de sa Citadelle intérieure. J'en retourne donc à mes aspirations premières, avec la certitude qu'il n'y a rien de plus important. Et je ne cesserai pas de cultiver cet aspect de moi-même, n'en déplaise à quelques-uns. Vivre, c'est ce qu'il y a de plus beau.

 

Grégoire Barbey

14:31 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : introspection, réflexion |  Facebook | | | |

07/06/2012

Les médias genevois, organe de propagande politique ?

 

Chronique, 07.06.12 10h24

 

L'élection partielle pour le Conseil d'État de la République et Canton de Genève est très instructive, pour plusieurs raisons. Il y a, dans cette course électorale, un facteur qui ne peut passer inaperçu plus longtemps : l'inceste entre le rôle du politique et du journaliste. En effet, ça n'aura échappé à personne, plusieurs journaux ont décidé de soutenir, au moins officieusement, un candidat précis. À cela, ma première objection sera d'ordre déontologique. Les médias ont une mission, et pas des moindres. Ils représentent le contre-pouvoir, et ne devrait en aucun cas s'allier avec quiconque dans la sphère politique. Au risque de sombrer dans un schéma politico-médiatique comme celui de nos voisins français qui, à n'en pas douter, ne plairait guère aux citoyennes et citoyens suisses qui n'ont déjà plus confiance en la fonction politique. Pourtant, nous nous rapprochons de cette fatalité à grands pas. C'est ce qui me pousse à rédiger ces lignes qui apparaîtront peut-être vitriolées à l'encontre de deux professions que je respecte et j'admire. Qu'importe.

 

Le troisième pouvoir est incarné par la communication. Le journalisme est un métier difficile, car celui qui l'exerce doit se méfier de lui-même, mais également de l'interprétation qui pourra être faite de son travail. Actuellement, celles et ceux qui assument cette tâche semblent, à l'égard du monde politique, l'avoir oublié. Et ce n'est pas faute d'avoir tenté de leur offrir le bénéfice du doute ! Quand un journal comme l'Hebdo décide ouvertement de soutenir le candidat du pouvoir en place, à savoir Pierre Maudet, je ne puis m'empêcher de soupirer. Certes, c'est un média privé. Et alors ? La déontologie est-elle soumise à une hiérarchie entre le domaine public et privé ? Non, je ne le crois pas. Anne Emery-Torracinta, lorsqu'elle a également été interviewée par un journaliste de l'Hebdo, a souhaité savoir si celui-ci avait suffisamment de matière pour rédiger six pages, comme cela avait été précédemment fait pour le candidat PLR. À cela, il a rétorqué que le journal avait officiellement décidé de soutenir Maudet et qu'elle n'aurait donc pas droit au même traitement.

 

Une telle démarche, noble ou non, ce n'est après tout qu'une question de point de vue, m'apparaît dangereuse et pis encore, malsaine. Finalement, à quoi cela sert d'exercer un métier dans l'information si c'est pour être à la solde d'un pouvoir ? Je ne vois aucune raison valable de s'en prévaloir. Et d'en être satisfait. De nombreuses études, toutes plus intéressantes les unes que les autres, ont été menées à l'égard des médias. Notamment, pour ne parler que de lui, l'éminent professeur Noam Chomsky, qui a publié un ouvrage que je recommande à tous mes lecteurs : « La fabrication du consentement ». Une analyse qui pourra sembler de prime abord indigeste, mais qui est tout simplement nécessaire pour comprendre les enjeux et le fonctionnement de l'information. Le candidat Pirate, Alexis Roussel, tente d'ailleurs d'apporter au sein du débat public la question qui, dans une ère nouvelle où règne la communication, s'impose : comment maîtriser notre avancée dans le monde de l'information et de l'internet ? Dommage qu'il ne soit pas pris au sérieux par les messieurs-dames qui organisent les débats dans divers médias que je ne citerai pas.

 

Il y a encore Bourdieu, qui a rédigé un petit ouvrage sur la télévision, mettant en exergue les différents intérêts qui s'affrontent dans le domaine, le tout sous la loupe d'une analyse sociologique. Bref, il ne manque pas d'auteurs de qualité pour s'informer de cet univers. Et pour en comprendre les nombreux aspects qui s'entrechoquent. Il suffit d'avoir l'envie et la curiosité de s'intéresser à cela. Il faut impérativement saisir l'importance de tenir les médias à l'écart des politiciens. Sinon ces derniers finissent par en user au gré de leurs besoins électoraux, et la machine ne fonctionne plus. Dès lors, nous nous retrouvons avec des articles de piètre qualité, souvent orientés. Mais il ne faut pas le dire. Sous peine d'être perçu comme un vil paranoïaque qui voit des complots partout. Ce n'est pas vrai. Il ne s'agit pas d'imaginer des théories rocambolesques. Non, seulement de percevoir les blocages, là où ils sont.

 

Enfin, il ne faut pas trop s'exaspérer face à cette tendance qui se démocratise gentiment dans divers rédactions. C'était couru d'avance. L'évidence même. Il serait peut-être temps de concevoir, pour informer les citoyennes et les citoyens, une parade. Par exemple en proposant la création d'un organe fédéral de communication, une chaîne de télévision nationale ne traitant que de politique, comme l'a très justement suggéré William K. Rappard. Bien évidemment, sans aucune partialité, pour que le jeu en vaille la chandelle. Offrir une information de qualité, qui puisse mettre à jour l'ensemble des enjeux de telle ou telle élection/votation. En bref, de jouer le rôle de médiateur entre les intérêts politiques et ceux des électeurs et des électrices. Ce que devrait déjà faire nos médias actuels. Encore une fois, il faut avoir confiance en la capacité de certains à ne pas se laisser corrompre. Ce qui n'est pas une chose aisée dans le système actuel. L'information se doit d'être impartiale, à défaut d'être objective. Au moins par déontologie. Mais n'en demandons pas trop.

 

Grégoire Barbey

 

 

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29/05/2012

L'amour des mots

 

Chronique, 29.05.12 14h54

 

Les mots. Rien que les mots. Pour comprendre et décrire le monde. Pour s'élancer dans d'habiles réflexions, dans la construction d'une pensée structurée, pour convaincre, pour dépeindre et relater des faits, pour imaginer, inventer, créer et déconstruire, pour perfectionner ou tout détruire. Pour s'aimer ou se détester. S'accomplir ou se replier sur soi. Guérir ou alourdir les maux. Les mots, disait Nietzsche, sont des préjugés. L'évidence même de cette affirmation est bouleversante. Elle interroge. Un culot démesuré. Nous sommes un univers fait de mots. Nous en mettons sur tout et rien. C'est notre lien entre le spirituel et le physique. La métaphysique des mots, voilà ce que nous sommes en réalité. Nos fondations reposent sur le langage. Sans lui, nous végéterions. Nous ne serions en aucun cas les êtres évolués que les âges ont fait de nous. Mais plus que tout, nous ne verrions pas le monde de la même façon.

 

Les mots constituent notre rapport à ce que nous nommons, à tort probablement, le réel. En vérité, ils sont biaisés, car en prétendant décrire voire étiqueter une chose ou un être, ils font abstraction de son tout. Le vocabulaire renvoie à un imaginaire, un ensemble de signes et de représentations mentales. Qui peut affirmer que nous percevons, à travers le langage, la même définition du monde qu'un autre individu ? Personne ne le peut. À mon sens, nous sommes à nous seuls des myriades d'univers, aussi riches et diversifiés les uns des autres. Pourtant, les mots nous mettent d'accord, même lorsque naissent des désaccords. Non parce qu'ils ont raison ou tort. Non parce que nous les comprenons exactement de la même manière. Tout simplement parce qu'ils décrivent un élément, le façonnent, l'imaginent. L'étude des mots, domaine qui m'est partiellement étranger, doit être Ô combien passionnante. Comprendre le langage est essentiel pour plonger dans l'intimité intellectuelle de l'humanité.

 

Combien de mots mal interprétés ont changé le cours de l'Histoire ? Je me le demande. Qui sait si nous nous faisons entendre tel que nous le voulons ? Je ne sais même pas si le lecteur qui suit ces lignes sera en mesure d'arriver au même raisonnement que moi. C'est tout l'art de l'écriture. Son plus grand défi, aussi. Se faire comprendre, n'est-ce pas l'œuvre de toute une vie ? Écrire, c'est partager une intimité unique avec le langage. Nous pouvons, à travers une constellation de règles et de limites définies, repousser l'originalité. Les mots sont autant de combinaisons possibles qu'ils ont de significations. Ils ne sont pas que mots. Ils sont une musique, qui résonne à notre oreille, et en cela, leur agencement n'en est que plus délicat. Ils permettent de transmettre des messages et de nous faire rêver. L'art des mots, et l'amour qui en découle, est pour moi ce qu'il y a de plus curieux et merveilleux dans ce monde. J'aime la communication, l'inventivité qui va de pair avec l'utilisation de la langue. Je me prends souvent à écouter les mots, lors d'une conversation, et les voir s'imprimer en toutes lettres dans mes pensées. Quand bien même ils ne sont que des préjugés, les mots me transportent et m'interrogent. Ils m'intriguent et me passionnent. De l'orthographe à la calligraphie, en passant par les sons, ils sont d'infinies questions. Pourquoi ? Comment ? Je ne cesserai jamais d'aimer les mots. Et ils me le rendent bien !

 

Grégoire Barbey

 

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24/05/2012

La politique vue par un jeune (1)

 

Chronique, 23.05.12 16h56

 

Ce matin, j'ai eu l'occasion de m'exprimer sur les ondes de One FM en compagnie d'Adrien Faure, co-président de la Jeunesse Socialiste genevoise. Le sujet abordé était « la politique vue par les jeunes ». Malheureusement, nous n'avons guère pu nous épancher véritablement sur la question. Je me propose donc de développer mon point de vue. Il va sans dire que je maîtrise mieux l'écrit que l'oral ! Mais je ne me décourage pas pour autant : je suis un battant. Cet article inaugure une série de réflexions qui permettront d'étayer au mieux, je l'espère, ma perception du domaine politique.

 

Redonner confiance aux citoyens

 

Actuellement, le microcosme politique genevois prend acte d'une réalité pourtant présente depuis fort longtemps : bon nombre de citoyens perdent confiance dans la politique. Pour autant qu'ils l'aient eue un jour. Il y a divers facteurs entraînant ce désintéressement progressif de la chose publique. Je ne tenterai pas d'en faire une énumération exhaustive. Les raisons sont multiples. Nous pouvons néanmoins relever un clivage entre les politiciens et la population : les premiers ont de la peine à s'extraire de la bulle dans laquelle ils naviguent quotidiennement en s'engageant corps et âme, tandis que les seconds ont toujours moins de temps et d'énergie pour éplucher méthodiquement toutes actualités qui ont trait à la politique. Ce constat est aisé à réaliser. Pourtant, la plupart des acteurs politiques semblent mimer l'autruche, plongeant leur tête profondément dans le sol, en refusant de voir qu'ils n'ont plus le même impact sur leur électorat. Récemment, cette notion de « perte de confiance » a souvent été relevée, interrogeant sur l'attitude à prendre pour inverser cette tendance.

 

Il n'y a pas de solution miracle, et encore moins de réponse toute faite. Évidemment, il faut faire preuve d'ouverture d'esprit, s'instruire, écouter les doléances des citoyens, s'informer sur les divers ressentis, prêter l'oreille à chaque instant pour en apprendre davantage et s'armer de patience afin de découvrir où sont cachés les nœuds qui paralysent l'action politique. Ce qui me frappe, c'est ce fossé qui sépare citoyens et politiciens. Certes, il y a ceux qui s'engagent concrètement et les autres. Mais il ne devrait pas y avoir une « classe politique ». Si tel est le cas, c'est qu'à mon sens, le serpent se mord la queue. En effet, si nous voyons celles et ceux exerçant la politique comme des individus à part, différents des citoyens lambda, c'est qu'ils et elles ne font pas bien leur travail. Ceci n'est pas une critique acerbe, mais une question de bon sens. Pour se sentir en confiance, il faut que certains prérequis soient réunis. Notamment la sensation d'avoir face à soi des interlocuteurs honnêtes et sincères, ce qui, semble-t-il, fait défaut à Genève. Je prends comme référentiel le fait que personne n'est stupide, et qu'aborder des sujets délicats avec rigueur et méthode ne posera pas de véritable problème à la compréhension de celles et ceux qui s'intéressent vraiment aux sujets traités. Cependant, le paradigme n'est pas le même en politique. Il m'a déjà été dit de faire simple, de me contenter de la forme, et de rester en surface. Je ne suis pas d'accord, bien au contraire. Je m'oppose fermement à cette vision discriminatoire des citoyennes et des citoyens.

 

Bien évidemment, ce débat peut s'éterniser. Quant à savoir s'il faut simplifier à outrance ses discours ou non, nous ne serons jamais d'accord. Pour ma part, je pense qu'il s'agit là d'un point crucial : ne pas prendre les autres pour des abrutis. Je considère qu'une bonne communication prend tous les éléments en compte et ne cachent pas des faits. C'est un principe, il faut respecter autrui, qu'ils soient ou non des électeurs potentiels. Chacun a sa propre perception du monde qui l'entoure et l'interprète à sa façon. Ne pas accepter cela, c'est nier l'individualité à laquelle nous avons droit toutes et tous. J'aime à penser que les divergences sont fécondes. Il ne faut pas pour autant minimiser l'importance de fédérer au mieux, afin de répondre aux attentes du plus grand nombre.

 

Bref, je crois qu'un autre aspect fondamental qui manque en politique, c'est ce côté « humain ». Je réalise à quel point c'est difficile de le faire ressortir, moi-même, lors d'interventions radiophoniques ou télévisées. Pourtant, je ne doute pas que nous y sommes toutes et tous sensibles, et qu'il est essentiel de ne point devenir des automates insensibles qui paraissent totalement déconnectés du quotidien de la population. Il est d'ailleurs palpable que celles et ceux arborant ce petit plus ont davantage de succès d'un point de vue électoral. Il ne faut pas sous-estimer les apparences. Et à trop les cultiver, nous nous méprenons et créons finalement rien d'autre que des épouvantails. À l'opposé du but recherché, en somme. C'est exactement la sensation qui m'a traversé lorsque j'ai lu l'opuscule d'un certain candidat à l'élection complémentaire au Conseil d'État, lorsqu'il traitait du courage et de la sincérité. L'idée ne manque pas de justesse, mais la forme – et le fond – sont absents. Le lecteur lambda, comme moi, n'est rien d'autre qu'une donnée qu'il faut convaincre. D'une écriture administrative. Je critique cet ouvrage car c'est le dernier que j'ai eu entre les mains, mais c'est également valable pour les autres. Il ne suffit pas d'inscrire des valeurs sur un bout de papier pour convaincre. Il faut les faire ressentir. Que notre aura rayonne de celles-ci. Sinon, ce n'est que du vent, et les gens ne sont pas dupes.

 

La confiance n'est pas gratuite. Elle n'est pas non plus spontanée. Elle se gagne, au travers d'une lutte acharnée. Ce n'est pas un dû. À mon sens, obtenir la confiance de ses semblables est l'œuvre de toute une vie, car le moindre écart nous sera facturé avec sévérité. Faire de la politique, ce n'est pas seulement caresser son image personnelle et se sentir important. Pour beaucoup, malheureusement, cela apparaît être la seule motivation palpable dans leur engagement. Il faut s'investir, et se battre. Accepter de recevoir des torrents de boue, et garder la tête haute. C'est, effectivement, une constante lutte de pouvoir. Mais ça ne doit pas être la finalité. Uniquement le chemin !

 

Enfin, pour conclure, s'il me fallait synthétiser ma vision d'une politique qui mérite la confiance des citoyennes et des citoyens, je me contenterais de ces quatre mots : authenticité, honnêteté, valeurs, transparence. Le reste n'est que fioriture. Alors, quand est-ce que nous commençons ?

 

Grégoire Barbey

 

 

08:24 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : chronique, politique, authenticité, confiance, jeune, vision, réflexion, sincérité, valeurs |  Facebook | | | |

08/05/2012

Aux vieux pédants

 

Chronique, 08.05.12 10h56

 

Ils fanfaronnent, avec la même rhétorique versatile et inefficiente. Ils veulent se donner des airs supérieurs parce qu'ils traînent derrière eux un capital « année » plus important. Ça devrait décourager les plus modestes à s'exprimer, comme si le chiffre au compteur était un indicateur de qualité. J'ai plutôt la sensation inverse : généralement, lorsqu'une voiture a parcouru de trop longues distances, elle rejoint la casse. Alors, ces vieux pédants qui usent et abusent de leur âge, n'hésitant pas à rétorquer à leurs interlocuteurs des phrases condescendantes agrémentées de « jeune homme/fille », n'ont vraisemblablement pas encore intégré que « la valeur n'attend pas le nombre des années », pour reprendre les mots de feu Corneille.

 

Avoir de la grisaille sur sa chevelure n'est nullement un argument d'autorité. Il semble cependant admis qu'il faille se jouer de l'âge pour terrasser son adversaire. Comme si un débat d'idées reposait sur les années et non sur la réflexion. Comme s'il y avait réellement une importance quelconque à avoir déjà mis la moitié de sa seconde jambe dans sa tombe pour pouvoir s'exercer à la pensée. Ces vieux fous oublient très certainement que pour voir fleurir leur sépulture, il leur faudrait davantage accorder de l'intérêt aux jeunes générations, qui incarnent le renouveau, et auront la lourde tâche de réparer les erreurs de leurs prédécesseurs.

 

L'expérience fait peut-être défaut aux plus jeunes d'entre-nous, c'est un fait. Toutefois, je constate avec effarement que de nombreuses personnes d'un certain âge s'enferment dans des certitudes faites d'acier trempé, qui leur est impossible de dissoudre. L'âgisme ne doit être accepté sous aucun prétexte, car c'est une forme de discrimination comme une autre. Les générations doivent cohabiter et travailler ensemble. Antoine de Saint-Exupéry a très bien résumé la vision que je partage : « On n'hérite pas la terre de nos ancêtres, on l'emprunte aux générations futures ». C'est cette façon de percevoir la réalité qui doit nous animer, et nous permettre d'accorder aux diverses catégories d'âge la même importance. Ce n'est qu'ensemble qu'une société perdure et s'améliore. Les clivages sont suffisamment nombreux sans que nous en façonnions de nouveaux pour nous battre.

 

Grégoire Barbey

 

 

10:57 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : Âge, valeur, corneille, réflexion, antoine de saint-exupéry |  Facebook | | | |

07/05/2012

Remerciements et bilan pour mon centième article

 

Bilan : centième article, 07.05.12 08h20

 

Me voici déjà arrivé au chiffre honorable de cent articles. J'ai ouvert ce blog début janvier 2012, et ai commencé à m'investir réellement dans l'élaboration d'un contenu concret au mois de février. Déjà quatre mois, donc, que je publie régulièrement des billets, traitant de sujets divers et variés.

Honnêtement, en créant ce blog, je n'avais aucune ambition spécifique, sinon de pouvoir toucher un lectorat plus local et échanger avec mes concitoyennes et concitoyens sur des sujets qui me tiennent à cœur. Aujourd'hui, c'est bien évidemment toujours le cas, mais je me réjouis de l'intérêt que connaît mon blog et mes écrits. Ce qui, à n'en pas douter, me force à réfléchir davantage au contenu que je désire partager, à mieux préparer mes réflexions et à toujours faire en sorte de proposer des textes de qualité.

 

Ce qui m'importe, ce n'est pas tant de faire l'unanimité au sein de mes lectrices et lecteurs que d'ouvrir la voie au questionnement sur une problématique précise. Je suis comme tout un chacun : ignorant. Néanmoins, je tente de peaufiner mes connaissances sur le monde qui m'entoure, pour avoir un regard le plus critique et le plus juste possible. Mes opinions sont appelées à se préciser, à fluctuer voire à changer. C'est très précisément cet aspect-là qui me plaît, lorsque j'écris. Le fait d'écrire appose un témoignage durable, auquel je pourrai me référer pour saisir l'évolution de mon parcours et de mon cheminement intellectuel.

 

J'ai conscience de déranger certaines personnes, qui, à n'en pas douter, aimeraient beaucoup me museler pour éviter que je mette le doigt sur des nœuds délicats. Ce qui me vaut, régulièrement, des prises de contact. Je m'en réjouis, car c'est la preuve indubitable que mes interrogations sont sensées et peuvent apporter des réflexions constructives. Il est effectivement probable, comme me l'a fait remarquer un interlocuteur il y a quelques jours, que je sois désabusé. Mon rôle n'est pas de déposer des paillettes sur un décor sombre. Au contraire ! Je préfère nettement éclairer les zones d'ombre que de les cacher davantage. En politique, surtout. Mais dans ma vie quotidienne, aussi. Il m'apparaît impératif d'avoir une ligne éthique, des principes et des valeurs auxquelles se rattacher.

 

Je ne sais pas quel sera, à l'avenir, l'impact de mes modestes contributions sur la scène politique, toutefois je tâcherai de conserver les mêmes fondamentaux qui me guident depuis toujours. Je conserverai le même cap, non pour les autres, mais pour moi.

 

Remerciements

 

Je tiens à remercier toutes mes lectrices et lecteurs, que ce soient des habitué-e-s ou non. C'est pour moi un honneur d'être digne d'intérêt. Pour témoigner ma gratitude, j'ai décidé d'améliorer l'impact visuel de mes publications, en utilisant au mieux les outils qui sont à ma disposition pour créer une visibilité plus agréable et attractive. Je ferai en sorte, à l'avenir, de transformer cet aspect de mon blog, pour faciliter sa lisibilité.

 

Je vous remercie toutes et tous pour votre fidélité et la reconnaissance que vous me témoignez, inconsciemment peut-être, mais cela ne m'échappe pas ! L'aventure continue donc de plus belle, et j'espère être à la hauteur de vos attentes.

 

Grégoire Barbey

 

 

08:52 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : 100 articles, réflexion, détails, avenir, suite, bilan |  Facebook | | | |