13/06/2012

Pourquoi je voterai OUI à la nouvelle Constitution genevoise !

 

Chronique, 13.06.12 17h32

 

Jeudi dernier, le 7 juin, je me suis rendu dans la commune de Collonge-Bellerive dans le cadre des débats ouvert au public concernant la nouvelle Constitution genevoise. Le Peuple sera appelé à se prononcer sur le projet le 14 octobre prochain. La discussion portait sur une thématique brûlante : les droits politiques et l'éligibilité des étrangers à l'échelle cantonale. En effet, les différents représentants de la gauche avaient obtenu un consentement de la droite pour inscrire durablement dans cette Constitution de nouveaux droits pour la communauté étrangère. Mais, coup de théâtre habituel en politique, lors de la troisième lecture, cette réforme progressiste s'est vue retirée du projet, la droite revenant alors sur sa parole, affirmant qu'un tel changement fragiliserait l'ensemble de la Constitution lors de sa présentation au suffrage universel. Un argument qui ne tient visiblement pas la route, comme nous l'a fait remarqué Murat Julian Alder, constituant de Radical ouverture, en souhaitant pourtant démontrer la viabilité de sa position, à savoir que le Peuple s'opposerait à cette révision des droits politiques. Il nous a fait l'historique des dernières initiatives qui soumettaient au Souverain une nouvelle version de l'article constitutionnel concerné. Oui, depuis 1992, les votes ont lentement mais sûrement progressé vers une acceptation populaire. Dernier en date, un timide « NON » à 51%, en 2005. Sept ans plus tard, donc, cela laissait augurer une décision favorable quant à cette volonté d'accorder davantage de droits aux étrangers. Sauf que, argumentait le jeune politicien du PLR, il était convenu de respecter la volonté du Peuple des 25 dernières années. Dommage pour un nouveau projet.

 

Bref, ce sujet a suscité une levée de boucliers de la part de multiples associations, accusant volontiers certains constituants à gauche de s'être honteusement alliés à une droite renfermée sur de vieux principes et une identité nationale érigée en religion. Cet appel à la révolte est pertinent, et je le soutiens, tout comme j'étais moi-même particulièrement attaché à cette idée d'octroyer de nouvelles possibilités dans le domaine politique aux étrangers. Cependant, je voterai « OUI » à ce projet et espère que mes concitoyennes et concitoyens en feront de même. Non par gaieté de cœur à l'égard de ce blocage effectué par une droite conservatrice, mais parce qu'il s'agit-là, sur de nombreux points, d'une avancée importante pour Genève, qui rappelons-le, conserve la même Constitution depuis sa mise en application par le Radical James Fazy en 1847. Moi qui partage avec d'autres personnes une vision centriste de la politique, je suis toujours réjouit à l'idée de favoriser des progressions, même timides, de nos valeurs, lorsque celles-ci se font du bon côté.

 

Par exemple, l'apparition d'un but auquel la République et canton de Genève est tenue d'aspirer parce qu'inscrit dans la Constitution me semble être une réforme majeure. À bien des égards, même si l'article peut paraître obscur, il pourra servir d'exemple ainsi que d'un outil pour faire pression en cas de non-respect de cet objectif, à savoir : « [protéger] les droits fondamentaux et s'[engager] en faveur de la prospérité commune, de la cohésion et de la paix sociales, de la sécurité et de la conservation durable des ressources naturelles ». C'est un engagement qui devrait être inscrit dans toutes les constitutions à l'échelle planétaire et qui devrait être respecté avec rigueur et sincérité. De fait, et parce que je trouve cela fantastique, je ne saurais m'opposer à ce projet, qui ancre des principes auxquels j'aspire depuis toujours.

 

L'article 21, aussi, mérite d'être cité :

1. L'enfant a droit au respect de ses droits fondamentaux dans les limites de

sa responsabilité et de son âge.

2. L'intérêt supérieur de l’enfant et son droit d’être entendu sont garantis

pour toute décision ou procédure le concernant.

3. L'enfant est protégé contre toute forme de maltraitance, d’exploitation, de

déplacement illicite ou de prostitution.

Il me touche personnellement, et avec une telle réforme au sein de la Constitution, j'ose espérer que les institutions censées appliquer la Loi mettront tout en œuvre pour respecter ce nouvel article constitutionnel. Un devoir qui n'a pas toujours été rempli de la part de notre Justice.

 

Enfin, pour conclure, il est impératif que chaque citoyenne et chaque citoyen se fasse sa propre idée de ce projet en le comparant avec la version précédente. À juste titre, et après une lecture attentive, cette nouvelle Constitution sera bien évidemment accueillie positivement par le Peuple, qui ne manquera pas, dans sa grande sagesse, de noter les changements effectués par nos constituantes et constituants depuis plus de trois ans. Plus que nécessaire, cette réforme marquera d'une pierre blanche l'avenir de notre canton, et pourquoi pas, de notre pays tout entier. Alors je vous invite toutes et tous à vous plonger dans cette lecture, peut-être fastidieuse mais Ô combien essentielle, afin de voter le 14 octobre prochain en pleine connaissance des enjeux à la clef et du devoir qui sera le vôtre.

 

Grégoire Barbey

18:16 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : constitution, réforme, politique, genève, république, nouveauté, changement |  Facebook | | | |

18/02/2012

Pourquoi les suisses-ses participent si peu aux votations ?

Cette question me parait être d'une importance capitale. J'avais déjà énoncé précédemment le fait, alarmant, que seuls 30% de la population suisse fait usage de son droit de vote. Nous sommes en démocratie, faut-il encore le rappeler. L'idéal de notre pays se résume ainsi : le Peuple souverain.

Peut-on encore considérer qu'il est pertinent de penser ainsi lorsque deux tiers des individus éligibles n'exercent pas leur devoir fondamental en tant que citoyen ?

Il y a malaise dans la démocratie ! Les citoyen-ne-s se sentent écarté-e-s de la chose politique. Certainement à juste titre. Je me propose d'explorer quelques pistes de réflexion qui pourraient déblayer les raisons de cet abstentionnisme généralisé.

La conscience politique à l'école

Il est de notoriété publique que l'école n'enseigne strictement rien sur le plan politique, bien qu'il existe, en tout cas à Genève, des cours d'éducation civique. L'argument évoqué pour expliquer ce refus d'apporter une conscience politique au sein de l'enseignement public est que l'école se doit de rester neutre sur les appartenances et idées politiques. C'est effectivement louable de ne point désirer influencer l'esprit des jeunes étudiants, mais gardons en tête qu'il y a bien d'autres moyens de se faire endoctriner en-dehors du domaine scolaire.

Évidemment, un individu qui acquiert la majorité – à dix-huit ans – et qui ne s'est jamais intéressé au domaine du politique aura de la peine à s'y investir concrètement. De ce fait, ceux qui reçoivent une éducation en la matière dans la sphère familiale sont bien avantagés. Pas tous les parents enseignent cela à leurs enfants.

Dès lors, il est difficile d'obtenir un taux de participation élevé aux divers exercices citoyens si la majorité des jeunes n'ont tout simplement aucune connaissance élaborée sur le fonctionnement politique de notre pays et du système qui le régit. Il y aurait pourtant de nombreuses options pour palier à ce manque et ce sans sortir du cadre de neutralité qui désire conserver l'enseignement public. Il y a tant à apprendre dans ce domaine, et cela ne relève pas nécessairement d'une idéologie politique spécifique. Avant de pouvoir s'y intéresser, il faut au préalable comprendre de quelle façon le système fonctionne. Les fascicules envoyés avec les bulletins de votation n'ont rien de neutre puisqu'un avis y est clairement formulé sous la forme de : « Le Grand Conseil vous recommande donc de voter ... ». Comment savoir pour le citoyen lambda ce qu'il doit voter au mieux de ses intérêts ? Et cette question de neutralité me dérange, quelque part. Faut-il arrêter d'enseigner des valeurs humanistes (comme l'entre-aide, la conscience de l'autre etc.) sous prétexte qu'elles s'apparentent davantage à une idéologie de gauche ? Ce terme est vague. Tant qu'un enseignant ne fait pas de propagande pour un parti, n'est-ce pas essentiel d'y intéresser les élèves, qui ne sont rien de plus que la relève de demain ? La politique, dans un système démocratique comme le nôtre, ne doit pas être élitiste, ni avoir l'image d'un élitisme quelconque. Tout un chacun est libre de s'exprimer dans ce domaine, et de faire valoir sa parole ! Je soutiens donc, personnellement, que des cours soient instaurés pour offrir aux jeunes l'ébauche d'une conscience politique, outil vital pour exercer ses droits et protéger ses intérêts. Qu'une faible proportion des enfants reçoive une éducation politique renforce l'écart et creuse les inégalités, invariablement. Personne ne devrait être écarté, même involontairement, de l'exercice civique dans une démocratie. Cela nuit à son bon fonctionnement. Idéalement, tous ceux qui peuvent participer devraient le faire. Je me contenterai déjà qu'une majorité de citoyens fasse usage de leurs droits, ce serait un sacré changement.

Je vote OUI, NON ou je m'abstiens, est-ce là mes seuls choix possibles ?

Face à la votation, il y a deux possibilités qui sont reconnues : voter OUI ou NON. L'abstentionnisme n'a aucun impact sur une votation, ce qui est aberrant. Comment ne pas s'inquiéter d'un taux d'inactivité civique aussi élevé ? Voter est un devoir, mais les gens ne veulent pas exercer un devoir sans la connaissance nécessaire qui doit aller avec. Voter n'est pas un acte anodin, il présuppose que celui qui vote sait ce que son choix aura comme implications s'il est majoritaire. Celles et ceux qui n'ont pas été initié-e-s à la politique peuvent très bien ignorer concrètement ce qu'une votation peut impliquer. Les fascicules ne sont pas toujours à la portée de toutes et tous, bien au contraire. À moins de s'y intéresser avec rigueur et méthode, exercer son droit de vote est une tâche difficile, en supposant que chacun fasse son choix pour lui et non selon les revendications d'un parti. Il faut connaître tout ce qui se cache derrière la question énoncée par la votation. L'exemple le plus illustratif que je puisse prendre est le cas de la votation au sujet des manifestations. La feuille de vote énonce plus ou moins ceci : acceptez-vous la loi contre les manifestations (manifestation à potentiel violent) ?

Or, cette tournure de phrase est clairement erronée et prend parti pour l'acceptation de la loi. Elle ne concerne pas uniquement les manifestations à « potentiel violent » mais la totalité de celles-ci, qu'elles soient pacifistes ou violentes. Le citoyen ou la citoyenne lambda qui prendra acte de ce bulletin sans s'intéresser au reste votera, à coup sûr, en faveur de cette loi, parce que rares sont les personnes qui sont pour les manifestations violentes !

Eu égard à cet exemple, il est donc primordial de se renseigner et de connaître tout ce qui concerne une loi soumise à votation pour procéder à un choix constructif.

Mais pas tout le monde n'a le temps pour s'investir autant. Entre le travail, les factures, et toutes les autres contraintes extérieures, difficile d'être libre pour exercer son devoir en tant que citoyen-ne suisse.

Je reviendrai dans un prochain billet sur les options possibles au-delà du simple OUI ou NON.

Les raisons pour lesquelles tant de citoyen-ne-s n'exercent pas leurs droits et devoirs ne manquent pas. Tant sur le plan personnel que de l'enseignement public. Il faudrait songer à revoir certaines choses inhérentes à notre système pour favoriser la rigueur des individus dans l'exercice de leurs droits et devoirs. Il est évident pour moi qu'une telle quantité d'abstentionnisme révèle un malaise, et pas des moindres !

Il est important de s'en rendre compte et de vouloir faire en sorte d'améliorer tout ça. Une vraie démocratie compte sur l'investissement du Peuple. Ce n'est actuellement pas encore chose faite...

Ce sujet m'a été suggéré par Jacqueline via mon profil Facebook.

19:18 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : politique, démocratie, droits, vote, votations, loi, réforme, enseignement public |  Facebook | | | |