07/02/2012

Les indigné-e-s en deuil, Maudet jubile à chaud, mais tombe sous l'échafaud

Aujourd'hui, la Tribune de Genève publie un article au sujet d'un décès survenu à proximité du camp des indigné-e-s. .

Il y a quelques jours, j'avais rédigé un billet à l'encontre des propos tenus par Michel Chevrolet, afin d'y répondre de façon constructive, pour défendre la cause des indigné-e-s et leur droit d'occuper le parc des Bastions. Voici une nouvelle démonstration des déboires d'une certaine portion des représentants politiques genevois.

Je précise ne pas faire partie des indigné-e-s, je suis en contact avec certain-e-s d'entre eux/elles mais n'y ai jamais pris part, à l'heure où j'écris ces lignes.

« Il s’agit là d’une véritable tragédie. Il n’est pas question aujourd’hui de pointer du doigt des responsables. Ce lieu était devenu un aimant, pour les marginaux et les sans domicile fixe. »

Ces propos, relevés par la Tribune de Genève, sont de Pierre Maudet, Maire de la ville de Genève. En somme, il ne désire pas explicitement pointer du doigt des responsables (sic) parce qu'il se considère indirectement comme étant responsable de cette tragédie. Je m'explique.

Il souligne le fait que le camp des indigné-e-s est devenu un repère à marginaux et sans domicile fixe. Les indigné-e-s ne sont pas coupables de cette réalité. J'aimerais quand même comprendre les références de monsieur Maudet, qui catégorise une proportion de la population avec des considérations péjoratives. Qu'est-ce qu'un marginal ? Faut-il considérer que toutes celles et ceux qui participent aux actions des indigné-e-s rentrent dans cette catégorie simpliste et peu représentative de la réalité ? Toute personne qui dévie, même de façon involontaire ou irrégulière, aux normes – qui sont très restrictives et inadéquates face à la pluralité des personnalités que compte l'humanité – institutionnalisées par quelques-uns doit-elle en conséquence être qualifiée de ce terme ? Je suis interloqué qu'un magistrat, Maire de la Ville de Genève, emploie des mots aussi catégoriques à l'égard la population dont il est le représentant en tant qu'élu. Eu égard aux actuelles affaires qui ont éclaboussé la sphère politique ces derniers temps en ville de Calvin, je pense qu'il faudrait inclure certains de ses collègues dans l'appellation « marginale ».

Les récentes implications dévoilées par la presse de différents représentants politiques, issus de partis très populaires, comme le Parti des Libéraux-Radicaux ou de l'Union Démocratique du Centre, dans des altercations violentes, laissent à penser qu'une certaine éthique manque désormais à nos élus. Et ceux-ci continuent d'exercer leurs fonctions visiblement sans remords.

Monsieur Maudet continue, toujours dans l'article de la Tribune de Genève : « j’en ai marre de passer pour le vilain petit canard de droite. J’étais bien conscient qu’un jour ou l’autre, il allait se passer quelque chose. C'était irresponsable de laisser ce campement en place» ».

Le Maire semble bien sûr de lui. Peut-être est-ce dû au fait que le camp des indigné-e-s accordait aux sans domicile fixe un lieu où discuter et se sentir écouté ? Et qu'il craignait que ces gens, oubliés par notre État, tentent de mettre fin à leurs jours pour y dénoncer leurs conditions de vie, tant et si bien qu'il leur faille en recourir à l'ultime sacrifice, celui de leur propre vie ?

Lisons les faits énoncés dans l'article : « la personne décédée, âgée de 31 ans, était connue pour avoir des problèmes sociaux. « il était toxicomane et avait fait plusieurs tentatives de suicide», explique Stéphane, un indigné de la première heure, qui poursuit : «Nous l’avions déjà redirigé vers les institutions. Il a fait trois mois à Belle-Idée puis est revenu au camp.» Xavier, un indigné proche de la victime précise qu’«il n’était pas intégré au campement. Il venait juste pour la nuit car il avait nulle part où aller». ».

Il apparaît comme évident que Pierre Maudet tente de reprendre ce décès et de l'instrumentaliser en la faveur d'une idéologie politique précise, celle de la droite genevoise, qui voulait démanteler ce camp (voir mon article à ce sujet : il n'est pas acceptable de s'indigner à Genève, selon certains représentants politiques). Celui-ci n'est pas survenu, malgré ce qu'il souhaite nous faire croire, à cause de la présence de ce camp des indigné-e-s. Non, la véritable source de ce drame vient de l'incapacité de nos institutions à veiller sur l'intérêt des opprimé-e-s de notre société. Trois mois à Belle-Idée ne l'ont pas aidé. Pourquoi a-t-il pu en sortir et se promener librement ? Sa toxicomanie, avérée, n'aurait pu s'être estompée en ce court laps de temps. Pourquoi Maudet se lance des fleurs en faisant remarquer qu'il savait qu'une tragédie allait survenir au camp des indigné-e-s, alors qu'en tant que Maire de la Ville de Genève, il n'a apparemment pas suffisamment axé son action sur l'aide pour les personnes opprimé-e-s par ce système ?

Comment ne pas voir, justement, la démonstration explicite de l'importance qu'a le camp des indigné-e-s dans une société comme la nôtre ? Un être humain y est mort. Ceci s'apparente étrangement à une tentative de suicide, même si le légiste affirme que le froid est la cause de sa mort ce qui est sûrement tout à fait exact. Mais il avait déjà essayé, par le passé. Il le souhaitait, sûrement désabusé par ce monde. En proie au sentiment de l'absurde, pour reprendre l'expression d'Albert Camus dans son mythe de Sisyphe. L'absurdité immanente d'un système qui laisse mourir celles et ceux qui ne lui apportent rien, matériellement. Oui, les qualités humaines ne suffisent pas, de nos jours, pour avoir un droit à la vie. Il faut accumuler, enrichir, et se conformer. Maudet nage dans son autosuffisance, mais je suis persuadé que celles et ceux qui lisent entre les lignes, comme moi et beaucoup d'autres, apercevront le hurlement sous-jacent à cet acte terrible, qui ne méritait nullement d'être bafoué par un désir avide, celui d'être repris par des personnalités qui n'y voient pas le tragique qui s'en échappe, mais un intérêt pour prêcher leurs idéologies...

Une âme s'est éteinte, tourmentée par les assauts répétés d'une élite qui ne laisse aucun répit aux affaiblis. Mais c'est le décès d'une pensée, également, en terres calvinistes, celle qui a voulu cacher les ténèbres avec d'obscurs mensonges, et la naissance d'une certitude : nous ne pouvons ignorer que des gens souffrent, et ce même face aux lapalissades de nos députés, qu'ils se nomment Michel Chevrolet, Pierre Maudet, ou Alexis Barbey. En parlant de ce dernier, j'ose une petite digression, au sujet d'une conversation émanent de Facebook sur son profil officiel, où il s'est exprimé en ces termes (je vous fais grâce des fautes, parce que les nœuds papillons ne protègent visiblement pas de l'analphabétisme) : « Si vous saviez lire et écouter: j'ai dit lors de mon intervention, qu'il fallait les évacuer pour des raisons sanitaires. (Voir le mémorial à venir). Bien sûr, il est plus facile de faire ses plénières sur Facebook. La politique est une affaire d'hommes, pas de personnes qui restent planquées derrière les réseaux sociaux. Vous êtes à l'image de cette polémique: pitoyables. »

Monsieur Barbey professe-là des pensées qui devraient en révolter plus d'un-e. Oui, il semble penser que la politique est « une affaire d'hommes ». Aucun doute, il ne parle pas des êtres humain-e-s dans leur ensemble, mais bel et bien du mâle. Au vingt-et-unième siècle, c'est difficile à croire. Et il siège pourtant au Conseil Municipal en compagnie de femmes. Qu'en pensent-elles ?

Manifestement, le beau verbiage dont se pare l'intimé n'est qu'un atour pour se donner l'allure du stéréotype de l'aristocratie, celle qui s'est vue décapitée en 1789.

Il assure également que les réseaux sociaux ne sont pas favorables à la politique. Il en fait toutefois partie. Qui polémique, en réalité ? Je laisse cette question ouverte.

Conclusion : le comportement de ces personnalités qui sont censées se soucier des intérêts de leurs concitoyen-ne-s et prochain-e-s plonge dans la gadoue. La manipulation d'un événement aussi triste à des fins politiques force à l'indignation.
Le bilan de l'actuel Maire de la ville de Genève serait-il à ce point négatif pour qu'il se compromette ainsi médiatiquement afin d'embrigader quelques esprits endoctrinés dans son idéologie intolérante ?

Le vilain petit canard de droite, à n'en pas douter, ce titre lui va comme un gant.

Laissons ce diablotin dans son coin, et rendons hommage à l'être humain qui nous a laissé-là, ce soir, avec un sentiment de profonde tristesse et de révolte. Que sa mort puisse grandir le mouvement des indigné-e-s, et lui offrir un nouveau départ. La neige recouvre encore les tentes qui partiront bientôt. Une page se tourne, un deuil est à faire, mais tout reste à bâtir.

Nous ne pourrons pardonner, nous toutes et tous, les êtres humain-e-s qui fondent cette ville, ce pays, et cette terre.

Une phrase afin de marquer un point final à ce réquisitoire, professée par une indignée.

Respect existence or expect resistance.

 

Grégoire Barbey

 

SOURCES : http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Un-homme-decede-au-camp-des-indignes/story/10216038