16/07/2012

Faut-il restreindre la publicité à des quantités décentes ?

 

Chronique, 16.07.12 13h11

 

Il y a des questions de société qui se posent continuellement. Celles et ceux qui me lisent régulièrement – et je les en remercie du fond du cœur – connaissent mon intérêt pour les interrogations sociologiques. Aujourd'hui, j'aborderai la thématique de la publicité. Concrètement, nous en subissons les effets quotidiennement. Elle est même admise communément comme faisant partie intégrante de notre existence. Or, pouvons-nous raisonnablement l'accepter sans la questionner ? À mesure que progressent nos technologies, les publicités atteignent de nouvelles plate-formes, et s'installent durablement. Nous, les consommateurs, et accessoirement récepteurs, sommes directement touchés par l'évolution progressive de ce marché qui s'attaque à notre psyché – car il s'agit bien de cela !

 

Sur nos téléphones portables, dans nos journaux, à la télévision, sur notre ordinateur, dans nos boîtes aux lettres, sur d'innombrables affiches, dans nos transports en commun, elles sont omniprésentes. Nous ne pouvons prétendre les ignorer totalement. Que nous le voulions ou non, celles-ci nous influencent et nous conditionnent. D'ailleurs, existeraient-elles si leur impact était nul ? Non, bien évidemment. S'il y a des investisseurs dans ce domaine, ce n'est pas par charité. Nous pourrions tergiverser sur les effets réels de leur efficacité, étudier les conditions qui nous rendent plus ou moins réceptifs à certaines publicités plutôt qu'à d'autres, spéculer sur leur nécessité dans une économie, etc. Mon propos ne s'étendra pas aussi loin, parce que je n'ai pas les moyens requis pour apporter des réponses aussi précises et scientifiques.

 

Cependant, je puis formuler quelques pistes de réflexion. Et c'est précisément ce que j'aime à faire ! L'économie de marché cherche à maximiser ses profits, jusqu'ici personne ne contestera mes dires. Pour y parvenir, elle peut employer diverses méthodes. La publicité en est une parmi d'autres. Chaque année, des milliards sont investis dans ce domaine, en perpétuelle croissance. L'objectif d'un annonceur (celui qui initie la campagne publicitaire) est d'atteindre une cible spécifique. Par exemple, une affiche MacDonald's aura pour but de capter l'attention d'un public à plus large échelle qu'une publicité destinée à un public d'initiés. Cela détermine entre autre le budget qui sera alloué aux diverses campagnes publicitaires d'une entreprise donnée. Tout ça doit être compris pour saisir l'utilité d'une publicité et l'impact pré-évalué qui sera sienne. En effet, si nous réagissons tous à des stimulations de notre attention, la façon dont nous intérioriserons une image ou un slogan variera d'un individu à un autre.

 

Dès lors, il n'est pas facile de considérer globalement cette problématique. Mais nous pouvons toutefois admettre qu'il y a une relation de cause à effet, sur une longue durée, dans les changements d'habitude des « consommateurs ». Ou dans l'intériorisation de certains faits. Ce qui m'intéresse ici, c'est de savoir dans quelle mesure nous ne devrions pas davantage légiférer la publicité et pourquoi pas la restreindre à des quantités décentes ? Je veux dire, comment penser l'indépendance de l'esprit lorsque celui-ci est continuellement soumis aux diverses tentatives des publicités pour capter son attention ? Pour ma part, je ne crois pas trop m'avancer en postulant qu'il y a, dans cette surexposition à la publicité, un coût social excessivement élevé qu'il serait impératif de garder à un niveau le plus bas possible.

 

Le rôle de l'État est de protéger l'intégrité des individus qui vivent sous sa juridiction. Pourquoi celui-ci ne pourrait-il pas améliorer cette protection en élargissant son champ d'action aux diverses ingérences externes qui sont imposées, bon gré mal gré, aux citoyennes et citoyens ? Ces derniers n'ont pas à pâtir d'une volonté excessive des marchés à réaliser des profits peu importe les conséquences en terme de coûts sociaux. Au contraire, il serait justifié de délimiter clairement les frontières acceptables entre l'intégrité psychique des êtres humains et la volonté d'augmenter les bénéfices de certaines entreprises. Personnellement, depuis plusieurs années, je cherche à me protéger un maximum de la présence exagérée des publicités, notamment en ne regardant plus la télévision, ou en évitant certains sites. Mais cet exercice n'est pas aisé ni nécessairement réalisable par toutes et tous. C'est pourquoi je me propose d'étendre le débat sur cette question, afin d'y réfléchir sérieusement. Est-ce souhaitable que nos esprits, divers et variés, soient constamment « pollués » par des stimulations extérieures indépendantes de notre volonté ? Qu'importe la réponse, il faut s'interroger.

 

Grégoire Barbey

 

 

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09/07/2012

Pour une société plus juste

 

Chronique, 09.07.12 15h01

 

Une société, c'est la mise en commun d'une pluralité d'individus. Nous sommes la société. Tout l'art est ensuite de régir l'ensemble de la communauté en tenant compte des différences propres à celles et ceux qui la composent. Nous avons chacune et chacun nos propres référentiels, qui proviennent d'une éducation, d'une culture et d'une personnalité qui divergent inéluctablement d'un être humain à un autre. De nos jours, c'est d'autant plus frappant avec les innombrables moyens de déplacement, de communication et d'information. Que nous vivions dans le même univers ne garantit pas que nous le percevions de la même manière. C'est à la fois ce qui fonde la richesse de l'humanité, et l'extrême complexité des rapports qu'entretiennent les hommes et les femmes entre eux.

 

De fait, la société que nous construisons se doit de répondre à divers prérogatives essentielles pour le bon déroulement des interactions entre ses membres. Elle doit par exemple fixer des règles afin de prévenir les comportements qui pourraient nuire aux autres. Ce sont les Lois. L'essence d'une société n'est pas immuable. Son évolution est constante, car concomitante aux changements qui surgissent dans les mentalités de celles et ceux qui interviennent dans son fonctionnement. Aujourd'hui, nos mœurs ne sont plus celles d'il y a un millénaire, sur de nombreux aspects. Nos technologies se sont d'ailleurs perfectionnées, permettant de meilleurs moyens pour garantir des besoins fondamentaux, comme se nourrir, vivre avec un toit au-dessus de la tête, etc.

 

Pourtant, alors que nous découvrons de nouvelles méthodes pour nous faciliter la vie dans divers domaines, notamment l'alimentaire, dans une société comme la nôtre, en Suisse, et plus localement encore à Genève, des gens sont forcés d'errer de poubelle en poubelle pour tenter de récupérer quelques déchets qui leur permettraient de se sustenter un minimum. Personnellement, cela m'interroge énormément. D'autant que l'actuelle idéologie dominante tend à être libérale. Or, offrir un minimum vital pour chaque individu rentrerait clairement dans cette optique. Je ne remets pas en question la nécessité que chacun apporte sa pierre à l'édifice, notamment par l'intermédiaire d'un travail. Ce qui me dérange davantage, c'est le mythe de l'égalité des chances. Cette idée, selon laquelle nous avons toutes et tous les mêmes chances de succès et qu'il ne dépend que de nous pour réussir, est à mon sens totalement biaisée.

 

Je ne crois pas à l'égalité. Je la souhaiterais, mais d'un point de vue déterministe, elle n'est que chimère. Nous pouvons la créer, artificiellement, la feindre aussi. Mais à l'état de nature, nous sommes toutes et tous différents. Ce que j'entends par « nature », c'est l'absence d'intervention humaine. Il faut donc, dans une société égalitariste, qui désire promouvoir le bien-être et respecter la dignité des êtres humains, non pas reproduire un darwinisme social sauvage et aberrant, mais donner le nécessaire pour assurer la survie de chacune et de chacun. Tout en favorisant certains comportements, en rétribuant davantage celles et ceux qui en font plus pour l'ensemble de la communauté. Je ne désire même pas remettre ici en question l'idéal libéral, ou même le capitalisme.

 

Je suis intimement convaincu qu'une société, comprendre ici : les divers acteurs qui la composent – peut tout-à-fait entretenir un système capitaliste tout en observant un principe de protection des individus plus faibles. Dans notre pays, en tout cas, c'est un objectif réaliste. Ailleurs, dans le monde, la question est bien plus épineuse. Mais ne serait-ce qu'ici, nous pouvons déjà garantir à nos concitoyens (ici sans aucune distinction entre nationaux et immigrés) la possibilité de vivre décemment. Peut-être faudrait-il que les nantis goûtent à la misère pour être convaincus qu'il n'y a aucune morale qui justifierait l'indifférence à ce mal, mais soyons pragmatiques, cela n'arrivera pas. Il incombe donc à celles et ceux qui ont une sensibilité suffisamment développée de se battre pour garantir les droits aux minorités. Qu'à cela ne tienne !

 

Grégoire Barbey

15:02 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : société, politique, misère, réflexion, libéralisme |  Facebook | | | |

18/02/2012

Sur la norme

 

La norme est une construction sociale fondamentale dans nos sociétés. Par construction sociale, j'entends l'élaboration de critères artificiels qui ne sont pas intrinsèquement distinguables entre les individus. Il s'agit foncièrement d'un concept. Mais pas des moindres car il constitue la base sur laquelle se fonde toute la structure sociale, tant sur le plan de la segmentation des forces de travail que de la répartition des tâches au sein des différents groupes humains.

Son fonctionnement est relativement pervers. La norme s'introduit de façon insidieuse dans les schémas comportementaux et psychiques des membres d'une société distincte. Dès l'enfance, l'individu prend connaissance des repères entre la normalité et l'anormalité. Il y a ainsi deux catégories dichotomiques où sont catalogués les différents personnalités : il y a les personnes dites « normales » et celles dites « marginales ».

Dès lors, pour se faire intégrer correctement au sein de la société, il est évidemment préférable de se situer dans la première catégorie. C'est même essentiel. Ceux qui ne s'intègrent pas totalement, voire pas du tout sont ainsi qualifiés de marginaux. Le terme en lui-même est péjoratif. Malheureusement, la norme est restreinte. Elle conditionne les individus à des comportements types, à se conformer à une pensée « unique », et à craindre ceux qui n'adoptent pas cette normalité.

De nombreuses institutions participent à façonner l'idéologie normative, ce qui contraint les acteurs humains à rentrer dans le moule par nécessité. Certaines études scientifiques (subventionnées généralement par des fonds privés) apportent des « arguments d'autorité » en institutionnalisant des découvertes qui prouvent qu'il y a bien des normes au sein de l'humanité. Ce qui rentre dans la norme, c'est, bien sûr, tout ce qui va dans l'intérêt du système. Avoir un travail, payer ses factures, mâcher, et remâcher, puis avaler toute la doctrine des médias et du pouvoir en place.

Ainsi, ceux qui sont conformés deviennent des agents répressifs face aux éléments « perturbateurs » qui sortent du cadre normatif. Ils n'hésiteront pas à faire la morale à un proche si celui-ci s'écarte du « droit chemin ». Les personnes marginalisées finissent par culpabiliser sous la pression énorme qui est effectuée par l'ensemble de la société. C'est la meilleure façon pour que le système perdure : à défaut d'avoir des yeux partout pour contrer les éventuelles rébellions, formater les individus permet d'avoir un contrôle garanti sur une grande partie de la population, qui jouera, conditionnée par ces règles strictes, le rôle de la police « citoyenne » en tentant de ramener à la raison les dissidents.

Ce qui est dommageable, c'est que la norme détruit la diversité des êtres humains. Adopter une ligne de conduite pour être intégré dans la société a des répercussions sur l'attitude des acteurs de ce système. Ils finissent par se ressembler, toute proportion gardée, comme deux gouttes d'eau.

Tout ça constitue l'une des composantes du « contrôle des esprits », qui a remplacé la matraque, comme le fait très pertinemment remarquer Noam Chomsky, utilisée dans les systèmes antérieurs à la démocratie.

Il est impératif de bien saisir l'utilité et l'extrême nécessité pour la survie du système d'employer ce mode de fonctionnement. Il permet une cohésion des individus sur les valeurs démocratiques, tout en conservant un réel contrôle sur les masses de manière totalement invisible. Sans cela, il ne pourrait survivre. Les gens seraient trop disparates, et ne rentreraient pas dans la ligne directrice qui permet à ce système de se maintenir en vie. Toute l'idéologie de celui-ci repose sur le contrôle des masses.

La norme est le premier et le principal fondement de l'édifice capitaliste. Il me faudra revenir sur cette question, car cette courte analyse ne déblaie que peu d'éléments pertinents. Mais cela offre toutefois une vision différente des habitudes consensuelles.

 

Grégoire Barbey

00:46 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : norme, réflexion, société, système, capitalisme, marginal, contrôle des esprits |  Facebook | | | |