25/05/2012

Débat ouvert : faut-il plafonner les dépenses électorales des partis ?

 

Débat, 24.05.12 16h58

 

En Suisse, nous avons une loi fédérale sur la concurrence déloyale. Je m'interroge depuis quelque temps sur cette notion, et me demande si nous ne pourrions pas imaginer d'étendre ce concept aux dépenses effectuées par les partis lors de leurs différentes campagnes. En effet, un parti qui peut débourser plusieurs millions de francs pour une même campagne (Cf. L'UDC et le PLR lors des précédentes élections à l'Assemblée fédérale, environ 7 millions de francs chacun, contre 2,4 millions pour les Verts) sera à même d'élargir la portée et l'influence de son message, ce qui, évidemment, ne manquera pas d'augmenter son électorat. Bien sûr, il faudrait démontrer ceci avec des études approfondies, mais je ne doute pas que le bon sens donnera raison à ma suspicion.

 

Il m'apparaît essentiel de légiférer à ce sujet, et plafonner sur un montant maximal autorisé lors d'une campagne. Après m'être entretenu avec des personnes ayant des connaissances en la matière, je suis parvenu à ces chiffres, qui sont sujets à débat, cela va de soi.

  • Campagne au Conseil d'État : 50'000 CHF par candidat

  • Campagne pour les élections au Grand Conseil : 100'000 CHF pour la liste

  • Votations cantonales : 30'000 CHF

Ces montants sont des exemples et ne constituent en rien une affirmation définitive. Ils peuvent cependant permettre d'ouvrir le débat sur la question et ainsi offrir une piste de réflexion quant à la pertinence de cette proposition et à sa réalisation possible.

 

Ce qu'il faut admettre, c'est qu'en l'état actuel de notre système démocratique, les partis ne concourent pas à égalité des chances. Bien que je sois favorable à diverses formes de libéralisation, celle des dépenses financières lors de campagnes électorales ne m'inspirent guère, sinon un sentiment de non-respect des valeurs que portent une démocratie. Respecter le souverainisme du Peuple, c'est lui octroyer le libre-choix. Or, lorsqu'un parti peut financer des centaines d'affiches, de clips électoraux, de messages à travers divers médias (comme par exemple dans des lieux publics, à Genève nous pourrions mentionner les écrans qui diffusent, moyennant quelques deniers, de courtes séquences vidéos dans les Transports Publics Genevois) a, comme la logique le suggère, plus d'impact sur la réflexion d'un individu lambda. Occuper le terrain, c'est une nécessité qui a très bien été intégrée par nos femmes et hommes politiques. Cela s'appelle, plus crûment, de la propagande.

 

En théorie, libéraliser les dépenses peut sembler logique, voire naturel. Actuellement, c'est le cas. Pourtant, la libre-concurrence du marché, qui est la doctrine en vigueur, ne peut s'assimiler avec la politique. Ce n'est pas la même chose de vendre des produits et de transmettre des idées. Nous, citoyennes et citoyens, avons comme devoir de faire un choix. Celui-ci n'est en rien anodin, et peut être influencé par des facteurs externes. C'est pourquoi, à travers cet article, je plaide pour un plafonnement des partis, ceci afin de permettre une juste répartition des chances aux diverses factions politiques qui fondent, ensemble, la représentation du tissu idéologique de notre société. Un parti qui peut dépenser dix fois plus qu'un autre lors d'une élection verra, mathématiquement, sa représentativité augmenter, ou du moins son influence et son mode de transmission au sein des ménages. Il fera parler de lui, ce qui est le principe de toute bonne propagande.

 

Il s'agit là, ne nous détrompons pas, d'une démarche à la fois éthique et pragmatique. Parce qu'à l'heure où les médias font partie intégrante de la vie quotidienne de millions d'êtres humains, nous ne pouvons minimiser leur impact sur la pensée. Et à ce propos, il faut créer un médiateur qui puisse régir la répartition des dépenses, en l'occurrence en les plafonnant et, logiquement, en imposant une transparence totale des financements reçus par les divers partis, pour qu'il y ait une juste égalité des chances entre les diverses factions politiques. Les partis majoritaires verront l'urticaire leur pousser sur les bras à la lecture de ces mots, mais si ceux-ci méritent légitimement la place qui est à l'heure actuelle la leur, ils ne doivent pas craindre une réforme à ce sujet. Dans le cas contraire, c'est qu'ils fondent beaucoup d'espoir sur l'impact de leurs campagnes, et qu'ils reconnaissent implicitement la portée psychologique de ces dernières. Ce qui revient à légitimer cette proposition de plafonner les dépenses.

 

Bien sûr, tout ce qui précède est un pavé jeté dans la mare : je me propose d'ouvrir un débat, non d'imposer une idée. J'aime la confrontation des points de vue, et je suis persuadé qu'il y a beaucoup à apprendre concernant la position que prendront les divers acteurs de la vie politique quant à cette proposition. Toujours dans la même veine, nous pourrions également réfléchir à la pertinence d'un financement des campagnes par l'État, dans un souci de parfaite équité. Mais ça, à n'en pas douter, sera autant sinon plus controversé encore que l'initiative de plafonner les dépenses. À vos claviers, et débattons donc !

 

Grégoire Barbey

08:02 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : débat, finances, dépenses, transparence, partis, argent, campagne électorale, montants, financement |  Facebook | | | |

11/02/2012

Décaillet sur le vif, Mark Muller est en droit de nous cacher la vérité ?

 

À vif.

Pascal Décaillet défend Mark Muller dans un article publié sur son blog, considérant qu'il ne doit en aucun céder aux pressions du Conseil d'État qui demande à connaître le montant de sa transaction avec le barman du Moulin à Danses, qui je le rappelle, avait subi des attaques physiques de la part de Muller, ce dernier l'ayant reconnu après avoir obtenu le retrait de la plainte de la partie plaignante.

J'aimerais, en toute humilité, répondre à monsieur Décaillet, qui je pense occulte quelques menus détails. Mark Muller, en tant que conseiller d'État, a des impératifs. En privé, ses actes ne regardent que lui, c'est une évidence. Mais lorsqu'un comportement litigieux filtre aux oreilles du Peuple, l'affaire ne peut plus être considérée comme relevant de la sphère privée. Elle appartient, selon moi, à la chose publique, car les électeurs ont non seulement le droit, mais la nécessité de connaître le profil de leurs représentant-e-s. Monsieur Muller, fut-il le plus agréable ami, ou le père le plus dévoué, a en cela une responsabilité envers la République et ses habitant-e-s. Que son affaire soit médiatisée à outrance, c'est une réalité, et il faut sûrement le déplorer. Moi le premier. Cependant, que le conseiller d'État agisse, face à la Justice et sous les yeux du Peuple, à l'encontre de toute éthique, ça ne peut pas être excusé, ni étouffé. La lumière n'avait pas encore été faite sur les circonstances de l'affaire que monsieur Muller offre une compensation financière (dont personne ne sait actuellement l'exacte nature, et si pot-de-vin il y a) à la victime, avouant de surcroît avoir menti dans sa version des faits, pour obtenir le retrait de la plainte.

Que pensait-il en se comportant de la sorte ? Qu'il s'échapperait discrètement, sans avoir à répondre de ses actes ?

Je m'exprime ici en tant que simple citoyen. J'espère néanmoins que d'autres que moi considèrent que la démocratie impose à nos représentant-e-s de se comporter en exemple. Je n'ai pas l'impression de divaguer lorsque je réclame une transparence sans compromis à l'égard du Peuple, qui est le seul juge lorsqu'il s'agit de prendre une décision et d'élire quelqu'un. En fait, il m'apparaît même tout à fait antidémocratique de taire de pareils agissements. Il est évident que les citoyen-ne-s fondent leur avis sur un personnage politique d'après ses actes et non ses allégations. Du moins, il devrait en être ainsi. Mark Muller peut avoir toutes les bonnes raisons du monde, mais cette attitude mérite une réaction ainsi qu'un juste châtiment, et l'opinion publique n'est jamais tendre lorsqu'il s'agit de se prononcer sur une personne qui lui a sciemment caché la vérité. L'honnêteté paie davantage, et reconnaître avoir failli à ses responsabilités est tout à l'honneur de celui ou celle qui le fait. Je sais qu'aujourd'hui, le comportement humain ne fait pas bon ménage avec la politique. Affaire de carrière, ou d'image personnelle, je ne sais que penser. Pourtant, avoir l'humilité de se remettre en question devant le regard interloqué du Peuple est probablement la plus belle démonstration d'intégrité et d'intelligence. La sincérité devrait être une qualité essentielle, sinon indispensable pour s'engager en politique. Ce n'est pas parce qu'actuellement, les règles sont différentes, que nous ne devons pas nous attendre à mieux, et à faire en sorte que cela évolue. Pour ma part, je suis scandalisé par le comportement de monsieur Muller, qui n'a clairement aucune décence ni aucun égard pour celles et ceux qu'il représente. C'est, et j'assume mes propos, honteux que nous ayons de tels personnages pour veiller sur nos intérêts.

Revenons-en à Pascal Décaillet, « amoureux de politique », oui, mais l'éthique ne devrait-elle pas être aussi sinon plus importante que la politique ? L'une peut-elle aller sans l'autre ? Doit-on faire abstraction de son respect et de son éthique lorsqu'il faut s'intéresser à la « vie de la cité » ?

Ce journaliste est-il à ce point aveuglé pour ne pas apercevoir qu'au-delà de l'affaire Muller, c'est l'image même de la politique, de la démocratie eu égard à notre Constitution suisse, qui est en jeu ?

Pour moi, il va sans dire que la politique se doit d'être transparente, sans quoi, jamais je n'adhérerai à un parti quelconque. Et je réclame la démission de Mark Muller, pour fautes graves envers son devoir de représentant du Peuple. Genève ne sortira effectivement pas grandie de cette histoire.

Navré, mes intérêts passent après celui du Peuple. Pardonnez-moi de faire passer l'éthique avant mon hypothétique carrière dans le domaine politique. Je ne me soumettrai pas à des menteurs.

 

Grégoire Barbey

 

Sources : http://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2012/02/10/politique-mais-illegale-la-pression-de-pfu.html

01:17 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (25) | Tags : politique, décaillet, muller, éthique, transparence, respect, humanité, démocratie, mensonge |  Facebook | | | |