17/04/2012

Le végétarisme, un choix éthique et politique

 

Le végétarisme, de nos jours, est de mieux en mieux accepté à l'échelle mondiale. De nombreux pays occidentaux se sont adaptés à ce régime diététique qui se répand de plus en plus, en intégrant dans la plupart des supermarchés et restaurants des produits permettant un choix plus vaste répondant davantage à la demande constante de denrées végétariennes. Bien évidemment, des améliorations demeurent nécessaires pour parfaire le bien-être de celles et ceux qui ont choisi ce régime, sans parler des végétaliens, moins présents mais tout aussi importants.

 

Pour ma part, j'ai fait ce choix il y a plus d'une année, à la suite d'une longue et intense réflexion sur la question. Je me suis documenté, tant par la lecture que par des documentaires visuels, et ce que j'ai découvert m'a conforté vers la décision que je voulais prendre – devenir végétarien. Ce choix ne fut finalement pas aussi difficile, du moins pas autant que je le pensais à première vue. N'étant plus ignorant quant à la réalité de l'élevage industriel, et de tout ce qui a trait de près ou de loin aux rapports entretenus entre les êtres humains et les animaux, souvent inégaux et violents du fait de l'utilisation de ces derniers par la main de l'Homme à des buts mercantiles et ludiques, je ne pouvais plus qu'être dégoûté par la nourriture carnée.

Apprenant par exemple que chaque année, plus de 60 milliards d'animaux étaient tués uniquement pour la consommation alimentaire, et que ce chiffre allait croissant, le vertige m'a bien évidemment saisi, et la nausée s'est emparée de mon estomac. Toute une série d'interrogation s'en est suivie, logiquement. Je me suis demandé à plusieurs reprises quelle était ma responsabilité en tant que consommateur averti et consentant, parvenant à la conclusion que j'étais directement responsable de ma nourriture lorsque le choix de ne pas consommer de viande m'était tout-à-fait accessible. Dès lors, ma décision fut prise, et appliquée.

 

Plus tard, continuant de m'intéresser au sujet, et approfondissant mes connaissances en la matière, j'ai appris que l'élevage industriel est responsable annuellement de 18% de l'émission de gaz à effets de serre, hautement toxique pour l'environnement, soit 40% de plus que le domaine des transports, et ce, à l'échelle mondiale ! Je me suis alors également interrogé sur nos mouvements écologiques, qui ne font pas souvent référence à ces statistiques, et qui pourtant les concernent puisqu'ils/elles militent pour une Terre plus saine et davantage respectée par nos semblables. Par contre, ces mêmes mouvements (ou partis) ne lésinent jamais face à la problématique des automobiles, ne cessant pas les attaques à l'encontre du domaine des transports. Pourquoi diable n'ai-je encore jamais vu en Suisse un parti écologiste mentionner lors d'une campagne sa volonté de réduire l'industrie de l'alimentation carnée ? Peut-être me suis-je mal renseigné, je puis donc me tromper. Cependant, ces derniers mois, y étant plus sensible, je n'ai recensé aucun parti y faisant référence. C'est dommage, d'autant qu'il me paraît nettement plus aisé de changer son alimentation, avec de la bonne volonté, que de transformer ses habitudes de déplacement, de surcroît lorsque l'on habite loin de son lieu de travail. Est-ce de l'hypocrisie de la part de celles et ceux qui se réclament de l'écologie, ou une totale désinformation à l'égard de cette réalité industrielle et humaine ? Je pense, à titre personnel, davantage à la seconde option, plus proche de la vérité, tant il est vrai que sont sciemment évincées toute allusion aux conditions d'élevage, de gavage, d'abattage et de conséquences sur l'environnement de la part des entreprises directement concernées par les ventes des produits issus de l'exploitation animale. Pire encore, aborder le sujet en société est tabou ! J'avais lu, il y a de cela quelques mois, l'interview d'un médecin français reconnu, qui faisait part de sa riche expérience dans le domaine. Il concluait que ses patients ont toujours été réticents à changer leurs habitudes alimentaires, même en cas de nécessité pour leur santé ! Un comble. Mais cela peut s'expliquer avec une approche sociologique.

 

9782879297095.jpgJonathan Safran Foer, grand écrivain américain, dans son ouvrage Faut-il manger les animaux s'intéresse à cette question, et tente d'y apporter quelques éléments de réponse que j'ai trouvé très pertinents. Les habitudes alimentaires sont effectivement culturellement induites et érigées en coutumes dans le cadre familial. Ainsi, il met en exergue la corrélation entre la nourriture et l'identité. Cette approche est hautement intéressante et me paraît très à propos. Cela signifie que les habitudes alimentaires sont fondées sur un système concomitant de croyances et de coutumes. C'est donc difficile d'y toucher, sans s'en prendre directement à l'identité même de la personne, ce qui en général met rapidement fin au débat.

 

Pourtant, malgré l'apparente complexité de cette problématique, il est essentiel d'apporter ce débat sur la place publique. Non pour vendre un prosélytisme idéologique, mais pour mettre le doigt sur des problèmes auxquels nous devons/devrons faire face dans les décennies à venir, sachant d'autant plus que la consommation de certains pays émergents ne fait que de croître, il est primordial de s'y intéresser et de réfléchir à des solutions pragmatiques. Si l'argument éthique ne tient pas pour tout le monde, la réalité de l'impact environnemental de l'élevage industriel et de tout ce qui a trait à l'exploitation animale, n'est pas négligeable, et doit donc impérativement être pris en considération.

Si l'on songe à tous ces écologistes qui rappellent corps et âme qu'il faut acheter des fruits et légumes locaux pour minimiser la pollution provenant des carburants des transports aériens, il serait judicieux d'en faire autant concernant l'alimentation carnée, bien plus nocive à l'égard de l'environnement, que le transport des denrées végétales.

C'est pour ces raisons que je fonde et considère mon régime alimentaire comme relevant d'un choix à la fois éthique et politique. Une fois de plus, je suis tenté de réutiliser un néologisme que j'avais déjà employé par le passé : je veux œuvrer pour une politique éthique, une « poléthique » !

 

Grégoire Barbey